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jeudi 14 mai 2009

Européennes : le meeting du Cirque d'Hiver, ou l'appel au "vote utile"


Hier soir, se tenait au Cirque d'Hiver de Paris un meeting de soutien à la liste socialiste pour la région Ile-de-France. J'aurai l'occasion de revenir sur mon ressenti personnel dans cette campagne pour les élections européennes. Pour l'heure, n'ayant pas pu assister moi-même à ce meeting, je reproduis ci-dessous un article (mis en ligne ce matin sur le site nouvelobs.com) qui en rend compte.

Cirque d'Hiver : Aubry et Delanoë appellent à "voter utile"

"Il faut changer là-bas pour changer ici ", a déclaré la Première secrétaire du PS devant 2.000 personnes enthousiastes. Refusant tout pessimisme, le parti a appelé au "vote-sanction" contre Nicolas Sarkozy, mais aussi François Bayrou.

Meeting du PS pour mobiliser le parti pour les élections européennes (Sipa)

Meeting du PS pour mobiliser le parti pour les élections européennes (Sipa)


L
ors d'un meeting parisien mercredi 13 mai au soir au Cirque d'Hiver et à moins d'un mois du scrutin européen, la Première secrétaire du PS Martine Aubry, aux côtés du maire de Paris Bertrand Delanoë, a appelé les Français "à voter utile" aux élections européennes.
"Il faut changer là-bas pour changer ici (...) Il faut voter pour une Europe utile ! Il faut voter socialiste car c'est le seul vote utile", a lancé la patronne du PS dans un Cirque d'Hiver plein, dans une atmosphère enthousiaste. Plus de 2.000 personnes étaient réunis.


Mauvais sondages


Drapeaux rouges et blanc des Jeunes socialistes déployés, des slogans "l'Europe à gauche, c'est maintenant", "Socialistes, tous ensemble!" fusaient dans la salle alors que de nombreux participants arboraient des tee-shirts rouges frappés de la devise de campagne "Changer l'Europe maintenant!".
Les socialistes veulent afficher leur sérénité, bien que deux derniers sondages (Ifop, OpinionWay), montrent que l'UMP devance le PS avec 27% des intentions de vote. Le PS recule, lui, à 21,5%-22%, tandis que le MoDem est à 13%.
"La seule liste qui défend le président de la République ne fait que 27%, ce n'est pas terrible !", a ironisé la maire de Lille, affirmant que le 7 juin est "un rendez-vous historique".
Elle a rendu un hommage appuyé à Bertrand Delanoë qui "n'a jamais critiqué son parti" --"tu es une grande figure du socialisme!"--, aux têtes de listes franciliennes : Benoît Hamon "tellement applaudi et qui le mérite", Harlem Désir "un militant de la justice et de la fraternité" et Pervenche Bérès.
"Il reste quelques semaines pour aller voir les Français", a-t-elle rappelé pour cette "mobilisation générale", tandis que Bertrand Delanoë, reconnaissant une campagne "difficile", a exhorté : "ne ménageons rien, soyons partout". "C'est souvent dans l'épreuve que les socialistes se réveillent."

Un vote de résistance


Jean-Paul Huchon a lancé un mot d'ordre papal: "N'ayez pas peur! Il y a un vote de conviction, un vote utile, c'est le vote socialiste (...) Le 7 juin, c'est un vote de résistance, un vote de lucidité".
Mais Jean-Christophe Cambadélis, directeur de campagne, refuse tout pessimisme : "le PS est en bonne position pour réussir cette élection", a-t-il déclaré avant d'ironiser sur les commentaires selon lesquels les socialistes seraient "paniqués, affolés, tétanisés. Il suffit de regarder cette salle pour voir que ce n'est pas le cas !".
L'ancien ministre Robert Badinter a été longuement ovationné. Autre personnalité remarquée, le maire de Lisbonne Antonio Costa.
Harlem Désir, tête de liste en Ile-de-France, a ironisé sur l'UMP : "leur bilan est tellement déplorable, leur programme tellement dangereux, leur listes tellement peu convaincantes que même Bernard Kouchner vote à reculons!". "Le seul vote qui permet de faire avancer cette nouvelle Europe, cette Europe sociale, est le vote socialiste", a-t-il assuré.
Le PS appelle au "vote-sanction" contre Nicolas Sarkozy mais cible également le très médiatique président du MoDem. "Attention à ceux qui viennent piocher dans notre programme pour se faire une petite vertu à bon compte", a prévenu le porte-parole Benoît Hamon.
"Le 7 juin, je ne m'abstiens pas, le 7 juin je place la liste de droite à ma droite, au fond de la poubelle", a assuré un représentant CGT de l'usine Magnetto Automotive d'Aulnay-sous-Bois, sous-traitant de PSA.
Rendant un hommage appuyé à Harlem Désir, Benoît Hamon a affirmé, très applaudi : "à ses côtés, comme aux côtés de Martine, quand nous sommes rassemblés, unis, nous sommes i-rré-sis-tibles".
(Nouvelobs.com)

mercredi 6 mai 2009

Toulouse, l'Europe, l'Equateur... Autour du 1er mai


Quelques mots, de retour de Toulouse où j’ai passé un délicieux week-end du 1er mai. Un soleil de plus en plus radieux, les paysages vallonés du Lauragais, des retrouvailles et des rencontres avec des personnes appréciées et intéressantes... Je garde tout cela pour mon for intérieur.

Pour ce blog, le souvenir d’une marche du 1er mai à travers Toulouse - avec une certaine émotion à défiler dans la ville (une des villes) de Jaurès -, à parler politique - entre autres - avec une de mes meilleures amies et une étudiante équatorienne. (En Equateur, la dernière réforme constitutionnelle a apporté en matière de vie parlementaire des évolutions spectaculaires... et qui donnent matière à interroger pour être comprises !)
J’ai aussi pu passer saluer des camarades de la fédération de Haute-Garonne... et les féliciter pour le beau lancement de campagne qu’ils nous avaient offert quelques jours plus tôt pour les élections européennes. Un 1er mai militant donc (on ne se refait pas...), et en même temps ouvert sur l’extérieur (les choses avaient commencé dès la fin de mon voyage d’aller, par une conversation à bâton rompu avec des “visiteuses” venues de Malaisie).


Le vendredi précédent, c’est déjà à Toulouse qu’avait été lancée notre campagne européenne, lors d’un meeting à la Halle aux grains qui réunissait plus de 1500 personnes et les leaders et têtes de liste (socialistes et sociaux-démocrates) des 27 pays de l’UE. Martine Aubry a souligné toute l’actualité de l’aspiration, exprimée jadis par Jean Jaurès, à “une Europe nouvelle, un peu moins sauvage”. Avant de résumer ainsi “le message de Toulouse”, du PS et du PSE : “à nous de la construire [cette Europe]”.
L’objectif : un double changement. Changement de majorité en Europe : le PSE doit être le groupe le plus nombreux au Parlement européen, imposer une majorité de gauche au sein de celui-ci, et faire appliquer le “Manifesto” (programme commun des socialistes et des sociaux-démocrates européens). Changement en France : une défaite du Parti populaire européen (et de l’UMP) serait un signal clair qui obligerait Nicolas Sarkozy à changer de politique.
Un peu abstrait sans doute. Aussi Martine Aubry a-t-elle souhaité une campagne “concrète”. Le PSE devrait décliner son programme commun (le fameux “Manifesto”) en 7 grandes mesures qui formeront la colone vertébrale des 100 premiers jours d’un Parlement européen à majorité de gauche. Exemple : un plan de relance européen. Ou encore, de nouvelles règles de moralisation du fonctionnement de l’économie.

Lors de notre réunion “tri-sections” il y a quelques semaines, j’avais exprimé un sentiment personnel : pour être moins dans le "flou" aux yeux de nos concitoyens, nous avons, nous socialistes européens, à proposer un horizon clair - qui ramasse l’ensemble de nos “grandes mesures” et leur donne sens. Etre capables de proposer ainsi un cap, c’était se doter d’une rampe de lancement efficace pour le nécessaire dialogue avec nos concitoyens, et accroître nos chances de les mobiliser pour cette élection et autour de la démarche du PSE.
Je crains que cette occasion n’ait été en partie manquée. Pas seulement par nous - mais cela pourrait nous coûter la première place dans le scrutin européen en France, même si je reste convaincu que nous avons les moyens de conjurer le sort que nous prédisent aujourd'hui les sondages.

Lors de la même réunion, j’avais aussi exprimé une “intuition raisonnée” : en période de crise, notre projet européen doit lui aussi prendre à bras le corps la question de la sécurité. Mais une sécurité entendue dans son sens global. J’avais notamment attiré l’attention sur le fait que, en période de restriction budgétaire, les dépenses liées à la sécurité sanitaire sont parmi les premières rognées par les gouvernements. Une attitude qui favorise le développement - ou la résurgence - d’épizooties et de pandémies. Cette analyse a trouvé son illustration ces derniers jours avec le virus H1N1 (la "grippe A"). Scénario le plus probable selon la plupart des observateurs : une pandémie maîtrisable durant les semaines à venir, mais un risque élevé de résurgence virulente à l'automne.
Dans ce contexte, montrer en quoi notre projet porte un rapport à l’environnement durable et plus sûr est incontournable. Ce serait, à l’évidence, un axe concret et "parlant" pour faire de la pédagogie sur l'UE et les services qu'elle peut rendre concrètement aux citoyens européens. Un levier efficace, aussi, pour mobiliser nos concitoyens autour de l'enjeu européen - à l'heure où la seule approche des élections peine à le faire. D'autres leviers existent, je tâcherai d'y revenir... en espérant être devancé par beaucoup d'autres!

lundi 23 mars 2009

Un “Printemps” timide qui invite à “changer de braquet”


Au lendemain du “Printemps des libertés” organisé hier au
Zénith par Martine Aubry, on aura presque plus "entendu" (médias aidant !) Manuel Valls que la Première secrétaire du PS! Au risque de susciter la critique (doublement, car il anticipait sur la tenue de l’événement), le député-maire d’Evry a mis en garde samedi (sur son blog) contre les risques d’un “antisarkosisme obsessionnel”. Une disposition d’esprit dont il voit se dessiner en filigrane le spectre dans la manière dont l’actuelle direction du PS commence d’attaquer l’exécutif sous l’angle des atteintes qu’il porte aux libertés publiques.


J’ai dit combien, pour ma part, je trouve sain que le PS s’efforce de se réapproprier le combat pour les valeurs républicaines (voir mon post du vendredi 13 mars). Qu'il refuse de “sous-traiter” ce pan essentiel du débat - et de l’action - politique. Moins heureuse, à l’évidence, la façon qu’a eu la direction socialiste de préparer (ou plutôt, reconnaissons-le, de ne pas préparer) une mobilisation large et profonde autour de cette initiative.
Sous ce relatif échec, je vois en partie les mêmes ressorts que sous l'accueil tiède du “Contre-plan de relance”. En particulier : le manque d’une “passion du projet” - et de l’élan qu’elle sait susciter ; l'insuffisance actuelle de lien humain et d'esprit participatif au sein du PS - qu’il reste certes du temps pour combler, comme il faut bien reconnaître que Ségolène Royal avait su le faire, témoin l’affluence massive suscitée par le rassemblement de la Fraternité qu’elle avait organisé au même Zénith il y a quelques mois.

Martine Aubry et ses proches incarnant une autre approche, il n’est pas anormal que les choses se fassent d'une manière et sur un rythme différents. Manuel Valls, avec nos camarades du pôle “L’Espoir à Gauche”, aspire à une revitalisation radicale du PS dans sa pensée comme dans sa force militante. Si l’on ajoute à cela un goût certain pour la provocation (parfois utile pour se faire entendre), on comprend facilement la “vigueur” de sa mise en garde - comme d’ailleurs les grincements de dents qu’elle a suscités.

Quoi qu’il en soit, sur un point important je partage totalement l’analyse de Manuel Valls : pour être fécond, le combat pour les libertés ne doit pas se réduire à une mise en accusation de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. Je l’ai écrit dans mon post du 21 janvier : le triptyque liberté-indépendance-autonomie doit fait l’objet d’une réflexion athentiquement créatrice de notre part. C’est ce qui me fait y voir une “nouvelle frontière” pour le PS.
Partir à la conquête de cette frontière avec de réelles chances de succès, cela exige un “changement de braquet”. Un effort pour se doter des outils (techniques, intellectuels, pratiques) nécessaires pour penser ces notions, et leur donner tout leur contenu, dans le contexte offert par le XXIe siècle commençant. Un contexte marqué - depuis presque une décennie déjà - par des évolutions profondes et rapides dans de nombreux domaines qui finissent par travailler notre vécu quotidien. Un contexte dans lequel nous ne devons plus craindre (nous n’en avons plus le temps !) d’enraciner notre réflexion, et pas seulement en y affichant notre présence.

Une suggestion pour commencer : n’opposons pas combat pour les libertés et politique de sécurité (Manuel Valls ne le fait d'ailleurs pas). Car la sécurité des personnes, c’est celle dont ils bénéficient dans l’espace public, comme personnes physiques, ou encore comme agents économiques (propriétaires de biens, force de travail et porteurs de savoir-faire...), aussi bien que comme citoyens membres d’une communauté (la République) au nom de laquelle leurs droits doivent être respectés, leurs devoirs honorés.
De même les libertés, c’est une réalité qui revêt plusieurs dimensions concrètes. Un territoire vaste, composé de plusieurs régions. Chacune d’elles appelant, pour être garantie, des moyens spécifiques. Perdre de vue une partie de ce territoire, c’est déjà s’exposer à le voir s’étrécir.

Or, c’est bien à cette forme risquée de diversion que nous exposent certaines approches de la question des sécurités. Un exemple : l’utilisation quelquefois irrationnelle des caméras. En matière de présence de ces équipements sur notre territoire, un cap est actuellement en train d’être franchi. Rappelons qu’en juillet dernier, un courrier préfectoral invitait les maires du Val-de-Marne à réfléchir à la question. Cela en cohérence avec l’objectif, annoncé en 2007 par Michèle Alliot-Marie, de tripler en deux ans le nombre de caméras installées sur notre territoire. À cela s’est ajoutée, il y a quelques semaines, la demande de Nicolas Sarkozy au Ministre de l’Intérieur d’établir un plan contre les violences de bandes. Parmi les premières pistes évoquées : équiper les établissements scolaires de caméras de surveillance.

Une limite évidente : comme le souligne William Geib, élu PS à Nogent-sur-Marne, filmer un endroit précis - en l’occurrence une sortie de collège - risque surtout de déplacer les actes de délinquance un peu plus loin. Or on ne peut installer des caméras de surveillance à l’infini, parce que cela poserait des problèmes éthiques (quid de la liberté individuelle ?), techniques et économiques (les caméras coûtent cher, et les images filmées dans le cadre de la vidéosurveillance doivent être conservées dans des conditions très strictes). Cela n’empêche cependant pas certains “exploits” : la commune de France la “mieux” (en tout cas la plus) équipée à cejour est le village de Baudinard-sur-Verdon (dans le Var), avec 12 caméras pour... 156 habitants !

Un risque : sacrifier une sécurité à une autre. Dans les quartiers sensibles, équiper les établissements scolaires d’outils de surveillance (a priori tournés vers l’extérieur) au moment même où les conditions de travail des élèves (et dans bien des cas, leur environnement quotidien) ne cessent de se dégrader, c’est s’enfoncer un peu plus dans un processus qui est en grande partie à la source des violences dans les quartiers sensibles. Un processus sur lequel on commence à mettre un nom : “ghettoisation” (voir mon post du 29 décembre).
Renforcer la surveillance “mécanique” sans que cela aille pair avec une politique (de la ville notamment) réellement désenclavante et une politique (notamment scolaire) qui redonne aux jeunes concernés toutes leurs chances de mobilité professionnelle et sociale, c’est habiller le renoncement d’une armure ! Il serait à l’évidence malsain - et dommageable pour notre pays ! - qu’une “bunkerisation” des établissements scolaires en zone sensible prenne le pas sur l’ambition d’en faire un espace où l’on acquiert un socle irréductible de liberté et de sécurité face aux exigences de la vie (capacité à penser par soi-même, à se former, à découvrir et affirmer ses propres goûts et talents...).

Une politique authentiquement républicaine ne consisterait-elle pas, plutôt, à garantir la sécurité des citoyens sans jamais oublier de l’articuler avec les principes fondamentaux de notre république ? Traduction : que vaut de sécuriser les environs d’un collège ou d’un lycée, si une fois les grilles franchies les élèves se sentent mis en danger sur le plan scolaire, et sentent menacée leur liberté de développer assez leurs capacités pour se frayer un chemin dans la vie ?
Insécurité, effets d’entraînement, effets de contexte... c’est ensemble, que ces obstacles à leur liberté doivent être pris à bras le corps. Sinon, les logiques de “marketing politique” (affichage d’un nombre croissant de caméras) l’emportent sur le service réel des citoyens. Ces derniers perdent alors une partie de leurs chances, en même temps que l’action publique une partie de son sens.


En un mot : pour être efficaces sur la question des libertés et des sécurités, bien sûr ne cédons pas à l’angélisme, refusons tout autant la monomanie... mais surtout autorisons-nous à penser ! Et dans ce travail, dès lors que cela s’impose, osons "changer de braquet"!

dimanche 15 mars 2009

Un sondage qui doit "booster" le PS !


Il y a trois jours, était rendu public un sondage IFOP pour le Journal du dimanche. Ce sondage - en particulier à quelques mois des élections européennes - sonne pour le PS comme un avertissement, mais aussi comme un encouragement vigoureux à agir concrètement!


D’après cette enquête :
- 76 % des Français jugent que le PS n'a pas de réponses à la crise économique ;
- 69 % des personnes interrogées estiment qu'il ne ferait pas mieux que le gouvernement actuel s'il était au pouvoir ;
- 39 % considèrent qu'il a "des dirigeants de qualité" ;
- 53 % estiment que le PS ne s'oppose pas suffisamment ;
- pour 74% des personnes interrogées, la situation du PS "n'a pas changé" depuis l'arrivée à sa tête de Martine Aubry ;
- 55 % considèrent qu'il est "en phase avec les mouvements sociaux" ;
- 52% (contre 48%) le voient "proche des préoccupations des Français".


Passée la première réaction de déception, et mettant de côté l’inquiétude que ces résultats ne peuvent que nous inspirer, quelques éléments d’appréciation personnels.

Sur l’ “absence” de réponse à la crise économique, on peut y voir un contre-coup du relatif échec qu’avait été la publication du “Contre-plan de relance”. Cela confirme la nécessité d’une ligne claire et homogène, qui pour être perçue comme pertinente doit s’élaborer à partir d’une réflexion au plus près des réalités. Pour cela, il serait aberrant de ne pas mettre notamment à profit les ressources de la démarche participative, mise en avant aussi bien par Ségolène Royal que par Pierre Moscovici.

Sur le doute quant à notre capacité à faire mieux que l’actuel gouvernement. J’y lis l’appel à une opposition “par la preuve”. C’est-à-dire consistant à montrer par des initiatives concrètes et des actions durables notre capacité à aider nos concitoyens face aux difficultés nées de la crise (ou accentuées par elle).

Le jugement sur la qualité des dirigeants socialistes me paraît, en toute franchise, d’une sévérité excessive. Pour autant, fort de mon (mes) expérience(s) locale(s), comme militant socialiste et associatif, j’y vois le rappel de cette réalité : désormais, nos concitoyens sont beaucoup plus exigeants sur la qualité d’écoute et la qualité de présence dans l’espace public des acteurs politiques.
Sont en cause, la capacité à tisser dans la durée un lien avec nos concitoyens, la capacité à susciter et à nourrir - y compris au-delà des “frontières” du PS - une réflexion et une action collectives, en particulier dans la période actuelle des actions collectives contribuant tant soit peu à amortir concrètement les effets de la crise sur les Français... Argument supplémentaire, à mes yeux, pour une pratique plus stricte du non-cumul des mandats.

Cette nouvelle réalité explique aussi sans aucun doute le sentiment majoritaire que le PS “ne s’oppose pas suffisamment”. La présence accrue des socialistes au côté ou à l’intérieur des mouvements sociaux ne suffit visiblement pas à convaincre sur ce plan.
Le sentiment de nos concitoyens devrait en partie s’améliorer avec le retour (enfin !) du PS à une saine combativité dans la défense des valeurs républicaines et en particulier des libertés publiques (voir mon post du vendredi 13 mars).
Mais aussi, on peut penser que ce qu’on met aujourd’hui dans le mot “s’opposer” a changé, là aussi dans le sens d’une exigence plus forte. S’opposer, c’est non seulement dénoncer les erreurs et les limites de la majorité, mais aussi proposer une politique alternative clairement identifiée (un "cap", en quelque sorte) ; et surtout, au-delà, lui donner un début de traduction en actes - sans attendre d’être “aux manettes” ! À nous - y compris “militants de base” - d’en inventer les moyens.

Enfin, le constat fait par 74% des personnes interrogées que la situation du PS “n’a pas changé” depuis l’arrivée de Martine Aubry à sa tête. J’y vois trois explications.
Le travail pour moderniser le PS se met à peine en marche - des efforts sont d’ailleurs faits pour le mettre en lumière -, il est donc trop tôt pour qu’il commence à porter ses fruits.
D’autant plus que la majorité constituée à l’occasion du Congrès de Reims réunit des conceptions parfois très différentes dans ce domaine, et que Martine Aubry elle-même n’abordait ce travail qu’avec un enthousiasme et une audace modérés (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’avais décidé de soutenir la motion E). À cet égard, on peut espérer que l’arrivée au sein de la direction de représentants du pôle “l'Espoir à Gauche” muscle l'effort collectif dans ce sens.
Deuxième explication : les “bisbilles” à répétition, qui ont pu donner le sentiment que le PS continuait à être davantage tourné vers lui-même, que vers les Français.
Autre explication : l’héritage de l’ “ère Chirac” et, déjà, de la “méthode Sarkozy”. Autrement dit, une défiance de nos concitoyens vis-à-vis de tout ce qui ressemble à un marketing politique fait d’effets d’annonce et de “slogans”. L’intuition qu'en matière de “changement” ou de “renouvellement”, comme dans d'autres domaines, plus on en parle et... moins les choses avancent concrètement ! À nous de démontrer le contraire avec des résultats concrets, et vite !


Voyons le bon côté des choses : nos concitoyens attendent beaucoup de nous. On peut donc penser que, si nous savons être à la hauteur des défis concrets qui aujourd'hui se présentent à nous dans l’espace public - et sur lesquels nous sommes attendus - ce travail ne restera pas vain!


samedi 21 février 2009

"République sociale" et "république démocratique" : deux combats à mener de front !


Cela fait maintenant plus d’un an que j’exprime mon inquiétude quant au sort fait aux libertés publiques fondamentales sur notre propre territoire. Et que j’appelle à faire à cette question la place centrale (pas exclusive certes, mais centrale) qui doit impérativement lui revenir aujourd’hui, dans le débat public
. Nécessité d’une vigilance permanente et d’une exigence sans faille quant au respect de ces libertés : cette réalité, aujourd’hui criante, je me suis souvent efforcé de la mettre en lumière auprès d’interlocuteurs divers, comme citoyen ou comme militant socialiste. Sans malheureusement être toujours entendu.
Je l’ai entre autres fait, il y a maintenant plus d’un an, comme animateur du groupe de réflexion que j’ai animé pour préparer les dernières élections municipales à Vincennes. À l'issue de ce travail collectif, nous étions un certain nombre à avoir tiré l'enseignement suivant : même au niveau local, la promotion des libertés et des droits de chacun et la vigilance quant au respect réel de ceux-ci est un axe d’action et de réflexion prioritaire. (Quelques mois plus tard en juin 2008, souvenons-nous, la Haute Autorité à la Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité rappelait à l'ordre Laurent Lafon et sa majorité.)
Je l’ai fait, au printemps 2008, lors d’une journée de travail organisée au CNAM par le “Pôle des reconstructeurs” en vue du Congrès socialiste de Reims. Dans un échange chaleureux par micros interposés, j’avais alors exprimé devant celle qui est depuis devenue Première secrétaire du PS, Martine Aubry, le sentiment suivant : malgré la crise économique et sociale qui se profilait (ou peut-être, justement, en raison de sa brutalité annoncée) il y avait urgence à ce que notre famille politique réinvestisse le champ des valeurs et des pratiques républicaines - combat qui fait en partie le coeur de notre engagement commun, à nous socialistes.
Ou encore, à la fin du mois d’octobre 2008, dans un courrier adressé à Laurent Lafon - et demeuré à ce jour sans réponse. Dans une lettre ouverte au Président de la République, des élus locaux de toutes sensibilités (y compris des élus UMP et Modem aux parlements français et européen) venaient de s’élever contre la politique du gouvernement dans les Centres de rétention administrative (dont le CRA de Vincennes), en particulier contre le fait qu’il serait de plus en plus difficile de contrôler réellement les conditions de vie faites aux personnes qui s’y trouvent retenues. Je lui demandais donc de m’indiquer clairement quelle était sa propre position sur ce sujet intéressant tous les élus de la République française, ainsi que la position de sa majorité municipale. (Voir mes posts du samedi 6 décembre 2008, et du mercredi 10 décembre 2008.)



Aujourd’hui, cet engagement personnel - quelquefois malicieusement moqué par quelques amis ou camarades qui, de façon d'un certain point de vue compréhensible, pensaient raisonnable de le passer par "pertes et profits" au profit d’autres sujets - apparaît plus que jamais d’actualité. Ce diagnostic et cet appel à la vigilance, et à une exigence sans faille en matière de respect des droits et des libertés publiques, s’avèrent à l’évidence gravement fondés.
Est-ce la connaissance raisonnée de l’histoire du 20e siècle ? Est-ce le résultat de l’accumulation de mesures et d’actions gouvernementales, qui en rend plus visibles les défauts? La question des libertés retrouve une place majeure dans le débat public, sur fond de vive inquiétude. Quelques éléments d’un état des lieux permettent de le comprendre !

Garde à vue : personne ne semble plus à l’abri, tant la procédure se banalise.
En huit ans, le nombre de personnes gardées à vue a explosé : en 2008, un Français sur cent (577 816 personnes, contre 336 718 en 2001) a subi ce régime de contrainte, dans des conditions souvent déplorable. En huit ans, le nombre de personnes placées en garde à vue a progressé de plus de 50 % ! Parce qu'ils ont simplement participé à une manifestation, qu'ils ont eu des mots envers des policiers ou le chef de l'Etat, des citoyens ordinaires sont poursuivis.

Lieux d’enfermement : remplissage jusqu’à saturation (et même au-delà). Tous les lieux d'enfermement se sont, en quelques années, remplis de façon spectaculaire. On le savait pour les prisons, dont le Parlement français, les instances européennes ou l'ONU ont dénoncé la situation scandaleuse. On le constate également pour les centres de rétention pour étrangers en situation irrégulière ou pour les hospitalisations sans consentement dans des services psychiatriques.

Vers un espace public saturé de systèmes de surveillance - eux-mêmes mal contrôlés.
Dans le même temps, les fichiers (rappelons-nous l’épisode du “fichier Edvige”) et les équipements de surveillance (vidéosurveillance) se sont multipliés - tandis que les organismes censés en contrôler l’utilisation voyaient leurs moyens progresser beaucoup moins vite. Une prolifération qui se fait dès lors dans des conditions souvent opaques et discutables, et dictée beaucoup plus par une logique de “marketing politique” que par une volonté d’efficacité. Prolifération aussi de l'arsenal législatif. Depuis 2001, dix-sept lois ont, d'une manière ou d'une autre, renforcé les moyens de la police et de la justice pénale. C’est dire le soin apporté à la conception et à l’application de chacune. Et quatre nouveaux textes sont en préparation !

Tout cela au service d’une action finalement inefficace, voire dangereuse.
Les chiffres officiels témoignent que, en réalité, l'insécurité la plus traumatisante (les atteintes aux personnes) a continué à progresser. Quant aux risques de dérapage qu’une telle politique multiplie - d’autant plus qu’une situation économique et sociale cruelle polarise les attentions -... n’insistons pas. On a déjà vu que le principe même de liberté, le sentiment de sa réalité sur le territoire de la République française pour nos concitoyens, se trouve bel et bien fragilisé (voir mon post du lundi 5 janvier 2009). Non seulement inefficace, la politique actuellement menée par le gouvernement apparaît donc dangereuse.



Dans ce contexte, j’aperçois avec soulagement au sein du Parti socialiste des indices d’un sursaut salutaire... et nécessaire !

Ainsi, lors de la réunion de lancement de “L’Espoir à gauche” (le 31 janvier dernier), Vincent Peillon a rappelé la place essentielle du combat pour les libertés publiques dans l’engagement commun des socialistes. Réaffirmant - comme le montre l’histoire de notre famille politique - que la question de la démocratie a toujours été, pour la gauche, un combat absolument central, il a rappelé que “ce qu’a fait Jaurès fut de réconcilier la république démocratique et la république sociale. Un gain que l’on serait, à l’évidence, bien mal inspiré de “liquider” ! Cela accompagné d’un appel vigoureux et sans équivoque à la vigilance et à la combativité sur le terrain des libertés : "Quand les libertés sont en cause, nous devons nous lever !”
Etre en pointe dans la défense et la promotion de ces libertés n’est pas une option parmi d’autres, que l’on pourrait choisir en fonction de considération tactiques : c’est tout simplement une obligation dès lors que l’on est socialiste. Ne pas se résigner à sous-traiter ce combat à telle ou telle autre formation politique (comme revenait en quelque sorte à le faire, le fait d’ériger en enjeu majeur du Congrès de Reims la question d’éventuels accords futurs avec l’appareil politique du Modem, avant tout travail approfondi sur la base de nos propres valeurs), assumer pleinement notre histoire en étant en première ligne sur un enjeu aussi actuel que celui-ci : c’est aussi cela, être socialistes !

Est-ce cette voix forte qui a été entendue ? ou le degré d’exigence d’un nombre croissant de militants socialistes - et tout simplement de concitoyens ? En tout cas, le PS semble s’être décidé à reprendre, face à cette question, toute sa place dans l’espace public. En effet, devrait paraître dans quelques semaines un “Livre noir” sur les libertés publiques, fruit d’un travail coordonné par Marie-Pierre de La Gontrie (secrétaire nationale chargée des libertés publiques et de l’audiovisuel). Ce document passera au crible la politique en matière de reconduites à la frontière, de sécurité et de médias, ainsi que la réforme de la justice et la question de l’équilibre des pouvoirs. Cette initiative – qui pourrait se prolonger, fin mars, par un rassemblement de l’ensemble de la gauche sur le thème des libertés publiques – vise à mettre au coeur du débat une problématique sur laquelle Nicolas Sarkozy et ses proches apparaissent de plus en plus contestés. Elle procède aussi de la conviction, réaffirmée par Marie-Pierre de La Gontrie à son tour, que « la défense des libertés publiques ne doit pas être considérée par les socialistes comme un supplément d’âme».

Comme militant, j’y vois aussi un appel à amorcer une réflexion collective et courageuse sur des questions comme : les conditions de régularisation des sans-papiers ; les moyens efficaces et raisonnables d’assurer réellement la sécurité de nos concitoyens (quid de l’installation de caméras de surveillance dans les lieux publics ? comment mettre un terme à certains comportements policiers – et gendarmesques - inacceptables ?) ; quel contenu donner au secret de l’instruction ; comment assurer réellement la protection des sources des journalistes ?... Autant de questions que, pour les socialistes que nous sommes, il ne s’agit certainement plus d’esquiver ! Plaçant la mise en oeuvre des principes républicains, et notamment de la liberté, au coeur de mon engagement (voir mon post du mercredi 21 janvier) et de la nécessaire “revitalisation” du PS, on comprendra que je m’en réjouisse !


mercredi 7 janvier 2009

Reims... et après ? Mise en perspective du Congrès de Reims par regards croisés (et stimulants)


L’article ci-dessous a paru dans le journal Le Monde il y a quelques jours. Malicieusement (!) intitulé “PS, digérer le vinaigre de Reims”, il est le fruit d’un entretien entre Gérard Grunberg (politologue, spécialiste du Parti socialiste) et Alain Bergounioux (historien, membre du PS et ex-secrétaire national aux études, soutien de Bertrand Delanoë lors du Congrès de Reims).
Ces deux observateurs avisés du Parti socialiste mettent en perspective le Congrès de Reims et ses enseignements... L’occasion d’esquisser l’état des lieux d’un Parti socialiste qui apparaît, à bien des égards, à la croisée des chemins. Sont notamment abordées les questions suivantes : qu’a montré le Congrès de Reims sur les modes de fonctionnement actuels du PS, quels nouveaux défis a-t-il fait surgir dans ce domaine ? comment interpréter politiquement l’ “affrontement” Martine Aubry-Ségolène Royal, et l’échec de Bertrand Delanoë ? quelles perspectives d’avenir ? comment la “dramatisation” de la question des rapports avec le Modem s’explique-t-elle, et dans quelle mesure cette dramatisation apparaît-elle pertinente ? quel rapport le PS entretient-il avec l’élection présidentielle, et quels défis doit-il relever pour se mettre en situation de la gagner ?
(Les passages mis en gras l’ont été par moi, pour une lecture plus rapide.)


CitationPS, digérer le vinaigre de
Reims

Le Parti socialiste a terminé l'année 2008 avec une nouvelle direction, mais sans avoir surmonté ses divisions. Peut-il, malgré tout, se rénover ?
Alain Bergounioux. L'enjeu majeur des prochains mois est de le stabiliser. Si on reste dans des stratégies d'empêchement, la rénovation ne se fera pas. Or elle est indispensable. Le PS a connu ces dernières années une période de "dépolitisation" qui l'a rendu vulnérable par rapport à la droite et par rapport à l'extrême gauche. Il doit refaire de la stratégie, échapper à la contradiction qui le fait osciller entre des postures idéologiques et une gestion pragmatique. Je reconnais que c'était plus simple du temps de François Mitterrand : il y avait des rapports de force établis, des motions homogènes, des militants plutôt légitimistes. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus compliqué. C'est pour cela qu'il faut refaire avant tout de la politique...
Gérard Grunberg. La situation du PS me paraît grave et son avenir incertain. Le "duel des dames" qui se joue entre Martine Aubry et Ségolène Royal peut conduire, s'il n'est pas maîtrisé, à un affaiblissement réel de ce parti, voire, à terme, à son implosion. C'est l'élection présidentielle qui mine le PS. S'il refuse de résoudre sereinement la question de la présidentialisation, de sa logique et de ses contraintes, il peut décliner. Il doit se donner toutes les chances d'être présent au second tour de la prochaine élection présidentielle. S'il n'en fait pas son objectif premier, c'est sa survie même comme grand parti de gouvernement qui sera menacée.

Quelles leçons tirez-vous du congrès de Reims qui s'est tenu en novembre 2008 ?
A. B. Historiquement, ce congrès n'a pas vraiment d'équivalent. Comme à Rennes en 1990, aucune motion n'était majoritaire. Mais la grande différence c'est que, depuis 1995, le premier secrétaire est élu par l'ensemble des militants : si aucune majorité ne se dégage au congrès, c'est son élection qui devient le vote-clé. La logique de la présidentialisation a modifié les pratiques et les représentations du parti.
G. G. Ce congrès a fait éclater la contradiction entre les deux logiques à l'oeuvre dans le parti depuis sa création à Epinay en juin 1971. D'un côté, le principe de la représentation proportionnelle des motions dans les instances dirigeantes et de la délibération collective pour définir la ligne politique. De l'autre, le principe de l'élection directe du leader par l'ensemble des adhérents dans une logique majoritaire empruntée au mode de scrutin présidentiel français. C'est ce système qui, s'appliquant pour la première fois dans toute son ampleur, a explosé à Reims. Compte tenu de la personnalisation croissante de la politique, il n'est plus possible de traiter de la question du leadership une fois seulement que les questions de fond sont résolues. Le congrès a échoué à définir une ligne politique puis à désigner un leader dont la légitimité puisse s'imposer à tous. Cet échec marque la fin du parti d'Epinay. Le PS est écartelé entre deux logiques contradictoires qui ont empêché un nouvel Epinay.

Le problème fondamental du PS, c'est son rapport aux institutions de la Ve République ?
G. G. C'est évident. Plus les socialistes sont absorbés par la logique de la présidentialisation et plus ils la condamnent. Ils continuent à ne pas assumer d'être un grand parti présidentiel et à refuser les institutions de la Ve République. A Reims, beaucoup voulaient empêcher que le nouveau leader soit un(e) présidentiable. A l'arrivée, ils en ont deux, dont l'opposition va structurer la vie interne du parti dans les années à venir.
A. B. La question de la personnalisation ne se pose pas qu'en France. Aucun parti n'échappe à ce phénomène. Aucun ne peut vraiment disjoindre la désignation de son leader de ses orientations de fond. Dans son fonctionnement interne, le PS touche du doigt la contradiction qu'il dénonce dans les institutions de la Ve République. La façon la plus simple de la surmonter serait qu'il désigne, comme le font les grands partis sociaux-démocrates, un leader en début de législature ou de mandat présidentiel et qu'il fasse en sorte que ce leader se présente aux élections. Quitte à en tirer les conséquences s'il échoue.

C'est le premier secrétaire qui devrait être, selon vous, le candidat naturel à l'élection présidentielle ?
A. B. La théorie selon laquelle il ne faut pas de "présidentiable" à la tête du PS est erronée. La seule question qui vaille est : la désignation de ce leader doit-elle être l'affaire exclusive des militants ou être confiée à un électorat plus large ? C'est une question difficile. La "primaire ouverte" aux sympathisants n'offre pas une garantie de succès, comme on l'a vu en Italie. En outre, elle contribue à diluer le parti alors que dans un régime parlementaire on a besoin de partis forts. Toute la difficulté est d'ouvrir le PS mais de préserver sa force et sa cohésion.
G. G. Il y a cependant de fortes raisons de confier à l'ensemble des sympathisants la désignation du candidat à l'élection présidentielle. D'abord et surtout, cette désignation est devenue pour le parti lui-même un enjeu trop lourd à gérer et comporte un risque trop élevé d'implosion de l'organisation. Il a intérêt à la déléguer à un corps électoral beaucoup plus large. En outre, une telle modification faciliterait la mobilisation derrière le candidat désigné et augmenterait sa légitimité. Enfin, comme l'ont montré les primaires américaines, elle peut favoriser l'ouverture du parti et le renouvellement de son cercle dirigeant. Cependant, il faut reconnaître les difficultés et les problèmes posés par une telle modification. Elle heurterait de plein fouet un parti dont la culture et le fonctionnement demeurent parlementaires au sein d'un régime qui lui aussi, malgré les apparences, demeure un régime largement parlementaire.

Idéologiquement, la bataille Aubry/Royal est-elle le prolongement de l'opposition, somme toute classique entre la première et la deuxième gauche ?
A. B. C'est plus compliqué que cela. Comme à chaque fois que son identité paraît en jeu, le PS se déporte sur sa gauche et renforce sa critique du capitalisme. C'est un réflexe génétique mais, sous l'effet de la crise économique, cette évolution est aussi perceptible dans les autres partis sociaux-démocrates européens. En outre, on ne peut pas dire qu'il y a d'un côté une ligne plus sociale-libérale incarnée par Ségolène Royal et une autre plus à gauche conduite par Martine Aubry. Mme Royal a mélangé les registres, elle a peu repris les thèmes de sa campagne présidentielle, elle a mené une critique radicale du comportement des banques. Mme Aubry et ses alliés ont davantage insisté sur les valeurs de la gauche. Mais les principales motions du congrès de Reims ne sont pas si incompatibles quand on examine les propositions concrètes. C'est la raison pour laquelle il n'est pas sorti de ce congrès l'impression d'un grand affrontement idéologique. On avait plutôt affaire à un choc de cultures politiques et de personnalités.
G. G. Reims me fait cependant penser au congrès de Metz, en 1979. Certes, le clivage central n'est pas cette fois-ci de nature économique. Mais dans l'un et l'autre cas, la majorité du parti, pour battre politiquement sa minorité - hier rocardienne, aujourd'hui royaliste, hier sur l'économie de marché, aujourd'hui sur l'évolution du parti et les alliances -, a adopté des positions très clivantes qui peuvent gêner soit la conquête du pouvoir, soit son exercice.

Que traduit l'échec de Bertrand Delanoë ?
G. G. Il a été pris à contre-pied par la crise. Les mêmes qui, au PS, s'étaient ralliés au réformisme contenu dans la déclaration de principes du parti ont radicalisé leur discours. Lorsque Martine Aubry dit "il faut changer le système", on sent bien que ce parti a toujours un problème pour définir son rapport au capitalisme. Il a du mal à redéfinir son projet européen. Il ne parvient pas à penser la mondialisation de manière équilibrée. Il privilégie trop souvent les distinctions manichéennes.
A. B. Il est vrai que l'anti-libéralisme sert souvent de pensée facile au PS. C'est regrettable, car cela lui interdit de penser une réalité plus complexe. Contrairement à ce qu'il dit souvent, la droite française n'est pas que libérale.

S'unir ou non avec le centre, la querelle entre Royal et Aubry sur les alliances est-elle réelle ou montée de toutes pièces ?
A. B. C'est une question identitaire : le PS, à Epinay, s'est fondé sur l'idée du rassemblement de la gauche contre la droite. En même temps, le sujet prend des contours nouveaux, car les alliés traditionnels des socialistes sont affaiblis. Ils ne suffisent plus à faire une majorité. C'est cette question que le parti ne parvient pas à aborder de façon rationnelle. Il est tiraillé entre son "hyper-idéologie" au niveau national et son "hyper-pragmatisme" sur le terrain.
G. G. Paradoxalement, ce parti qui se veut parlementariste ne s'est jamais posé la question des alliances dans une optique parlementaire. Pour lui, la conception des alliances est idéologique plus que politique : il s'agit de réunifier la gauche plutôt que de trouver une majorité au Parlement. Ainsi, le rapport au PCF n'a jamais été conçu par les socialistes - à l'exception de François Mitterrand... - d'abord comme une alliance. C'était avant tout le moyen de réunifier la classe ouvrière, comme disait Léon Blum, d'effacer le congrès de Tours de 1920 qui avait vu la scission du Parti socialiste. Aujourd'hui encore, lorsque le PS appelle au rassemblement de toute la gauche et au rejet de l'alliance avec le MoDem, il agit au nom d'une vision plus idéologique que politique.
(Propos recueillis par Françoise Fressoz et Jean-Michel Normand.)Citation

dimanche 21 décembre 2008

Pierre Moscovici veut organiser au sein du PS un pôle dynamisant pour construire "un socialisme du 21e siècle"

Le 7 décembre dernier, je m’inquiétais des conditions dans lesquelles le Parti socialiste et sa nouvelle direction allaient savoir relever les défis de la diversité dans les mois et les années à venir. En commençant, naturellement, par faire vivre dans nos propres instances (nationales et locales) les diverses sensibilités que le PS rassemble en son sein, de manière à ne se priver d'aucune force de proposition pour "revitaliser" son projet. Un travail indispensable pour faire pleinement entrer notre famille politique dans le 21e siècle, et lui donner tous les moyens d’être à la hauteur des exigences rigoureuses dont celui-ci est d’ores et déjà porteur.
En tout état de cause, ce ne sont pas les ressources de bonne qualité ni les volontés, si une démarche résolument collective sait leur faire une juste place, qui feront défaut dans ce travail. Témoin la ligne et les objectifs que se fixe clairement sur son blog Pierre Moscovici, résumés dans un article mis en ligne sur nouvelobs.com le 19 décembre et que je reproduis ci-dessous.


<< "Loyauté" à la direction de Martine Aubry et "liberté", écrit le député socialiste sur son blog, définissant ainsi la ligne de conduite de son mouvement "Besoin de gauche".

Dans une "Lettre aux amis de 'Besoin de gauche'", postée jeudi 18 décembre sur son blog, l'ancien ministre des Affaires Européennes, Pierre Moscovici définit sa ligne de conduite : "loyauté" à la direction de Martine Aubry et "liberté". Nullement "un retrait, moins encore une retraite", écrit-il. Il invite fin janvier à une "réunion nationale" de "Besoin de gauche". Pierre Moscovici indique qu'il veut faire grandir" son mouvement "Besoin de gauche" pour construire, au sein du PS, une "force de réflexion, de proposition et d'action majeure".

Un groupe de poids
"Besoin de gauche", du nom de la contribution dont il était le premier signataire avant de rallier Bertrand Delanoë, "existe et pèse", assure ce proche de Dominique Strauss-Kahn. Le groupe compte "une trentaine de membres dans les instances nationales du PS, plusieurs premiers secrétaires fédéraux, 5 membres du Bureau national, 2 secrétaires nationales". Il s'agit de "construire et nous construire". Pierre Moscovici, qui avait été candidat à la tête du Parti, veut "faire grandir Besoin de gauche", "en faire une force de réflexion, de proposition et d'action majeure, au service du socialisme du XXIe siècle".

Une base "un peu étroite" pour Aubry
Pour lui, la direction de Martine Aubry s'est installée sur une base "un peu étroite", "coalise des forces hétérogènes". Pierre Moscovici préconise un "travail de fond" et une "organisation rigoureuse": avec un "collectif politique d'animation", "des experts" qui "travailleront de façon ouverte", des "camarades" qui "réfléchiront à la vie du Parti", des "correspondants" dans chaque Fédération, une lettre hebdomadaire dès janvier 2009.

Objectif : les futures "électorales"
Il s'agit de "préparer les conventions et textes du Parti" et de prendre toute (sa) place dans les échéances futures" "électorales" ou "internes" au PS. "Nous pourrons jouer un rôle central dans la rénovation, incontournable de la gauche et dans la préparation de l'alternance, indispensable à la politique de liquidation de Nicolas Sarkozy", écrit encore le député du Doubs. >>

dimanche 7 décembre 2008

Vous avez dit "diversité" ?...


Parcourant ce matin les informations mises en ligne sur le site internet lemonde.fr, un étrange écho a retenu mon attention. Echo entre les résultats de deux sondages réalisés à quelques jours d’intervalle, et qui voient nos concitoyens exprimer dans des proportions similaires deux sentiments a priori sans rapport entre eux.
D’après un sondage réalisé du 21 au 27 novembre, 78% des Français se sentent menacés par la réduction de la biodiversité (84% considérant la réduction de cette dernière comme un enjeu majeur du 21e siècle, et 56% déclarant n'être "pas d'accord" avec l'affirmation selon laquelle "on ne peut pas faire grand chose en tant que citoyen en faveur de la biodiversité [et que] c'est aux pouvoirs publics de prendre les décisions").
D’après un sondage réalisé les 4 et 5 décembre, “pour 71% des Français, le PS n’a pas de projet” (65% mettant en cause la qualité des dirigeants du parti).
Coïncidence anecdotique... ou au-delà et pour qui veut bien l'entendre, rappel à la lucidité et à la responsabilité dans nos pratiques internes ?

Que la préservation de la biodiversité apparaisse largement comme un enjeu majeur du 21e siècle, cela n’a plus rien d’étonnant. Notamment en raison de la place d’ores-et-déjà prise dans le débat public par la notion de diversité - sur les différents plans où elle se décline. Je partage naturellement cette conviction - et c’est sans grande originalité que j’ai mis cet objectif au coeur de ma réflexion sur le pouvoir-vivre, en esquissant les contours de ce que pourrait être une politique du pouvoir-vivre en matière environnementale. Ce qui retient l’attention, c’est qu’une majorité de nos concitoyens estime devoir - et pouvoir - jouer un rôle actif et direct dans préservation de la biodiversité. Et considère désormais ce combat pour faire vivre la diversité comme un enjeu incontournable de l’engagement politique et citoyen au 21e siècle.
Bonne nouvelle pour le débat politique, dont les acteurs vont devoir faire les efforts de lucidité et de rigueur nécessaires pour prendre à bras le corps cet enjeu, sans le faire de manière rhétorique ou superficielle. Bonne nouvelle aussi, a priori, pour le militant socialiste que je suis. Ma famille politique ne s’efforce-t-elle pas, au moment où elle amorce un renouvellement de son oganisation et sa remise en ordre de bataille, de relever le défi de la diversité dans ses différentes dimensions ?
Dès hier samedi, Martine Aubry a en effet annoncé que la nouvelle équipe de direction (secrétariat national) du PS serait une équipe parfaitement mixte avec 19 femmes et 19 hommes, soulignant que “c’est la première fois que cela arrive dans notre parti”. Le même secrétariat national comportera 20% de responsables issus des “minorités visibles” (c’est ce que Martine Aubry appelle, dans des termes effectivement plus heureux que cette formule, une direction “aux couleurs de la France”). Enfin, cette direction comportera “60% de nouveaux visages et 40% de moins de 40 ans”. Sont également annoncés, entre autres, deux outils susceptibles de garantir la diversité des idées dans le débat : "un forum des territoires" présidé par un grand élu PS, pour "que les élus retrouvent leur place au coeur du parti" avec pour missions notamment "d'échanger nos pratiques", "défendre nos collectivités" ; "un laboratoire des idées", pour "ouvrir les portes et les fenêtres" du PS "aux intellectuels, chercheurs, artistes, syndicalistes"... (Aubry: équipe de direction du PS de 38 membres, à parité hommes-femmes - dépêche AFP du 6 décembre, 14h20)
Ayant présenté la contribution de Martine Aubry parce que j’y trouvais un écho de mon engagement pour une politique du pouvoir-vivre, je ne suis pas étonné par ces idées prometteuses. Comme de celle de lancer des "assises de la rénovation" pour porter cet important chantier. Et pourtant, ce soir, j’ai des inquiétudes. Pas sur la bonne foi et la détermination de notre nouvelle Première secrétaire. Ni sur la capacité de nos valeurs, portées collectivement, à faire vivre ces transformations. Alors sur quoi ?
Poursuivant ma lecture, je découvre la dépêche AFP suivante : “Le Conseil national du PS a approuvé samedi par 146 voix pour et 72 abstentions le texte d'orientation politique proposé par la direction de Martine Aubry” (6 décembre 14h48).
Puis je tombe sur ce titre : “Le début de l'ère Aubry plombé par les divisions”, suivi des lignes suivantes en date du 6 décembre : “Nouvelle première secrétaire, nouvelle direction, nouveau texte d'orientation... Le Conseil national du Parti socialiste a marqué, samedi 7 décembre, le début de l'ère Aubry au PS. Mais ce Conseil qui devait être celui du renouvellement aura surtout été plombé par les divisions.”
Avant de rencontrer cette analyse de Vincent Peillon, disposé il y a peu à mettre ses qualités au service de la nouvelle direction du Parti socialiste, et déplorant aujourd’hui le “faux départ” de celle-ci : "tout a été fait pour mettre Ségolène Royal dehors" (faisant allusion à la ligne représentée par cette dernière, qui a recueilli face à Martine Aubry les suffrages d’environ 50% des militants) ; "le parti ce matin n'est pas en ordre de marche et j'ai regardé la direction telle quelle est composée. Cela ne permet pas de rassembler les socialistes, de s'opposer comme nous le devons à Nicolas Sarkozy" ; “Aujourd'hui, un Conseil national de plus de 300 membres a approuvé cette ligne à moins de 150 membres” autrement dit "Une semaine après le Congrès, il n'y a pas de majorité pour voter cette orientation politique [ce qui n’était] jamais arrivé". Espérant que “ce faux départ de la direction sera corrigé”, il réaffirme "Nous ferons tout ce que nous pourrons pour aider, mais en même temps nous ne pouvons être l'otage de quelque chose qui dénaturerait le vote des militants et l'attente des Français".
Résumons : faute de relever en profondeur le défi que constitue la diversité des lignes et des cultures politiques qui coexistent aujourd’hui au sein du PS, la nouvelle direction risque de le priver d’une partie de ses forces vives. Y compris, donc, dans l’exigeant travail d’élaboration de son projet.
Complétons, en revenant aux enseignements du sondage sur la biodiversité : renonçant à faire vivre à l’intérieur même de notre famille politique la diversité qui la caractérise, la nouvelle direction du PS, et avec elle notre parti, ne risque-t-elle pas d’apparaître inapte à prendre véritablement à bras le corps le combat pour faire vivre la diversité - ce combat qu’une majorité de nos concitoyens considère désormais comme un enjeu incontournable de l’engagement politique au 21e siècle?
Dans cette hypothèse, une réaction salutaire reste possible. Celle des militants qui se sentiraient “abandonnés” - et des autres, qui pourraient ne pas souhaiter cette situation. Comme les 56% de Français qui pensent désormais devoir - et pouvoir - prendre toute leur part dans préservation de la biodiversité sans attendre tout des pouvoirs publics, ces militants tendront-ils à jouer un rôle actif et direct dans la vie du PS sans attendre que l’impulsion soit donnée par ses instances dirigeantes ?
La possibilité et la portée de cette réaction salutaire - vecteur du “nouveau départ” souhaité par Vincent Peillon - dépendra alors très largement d’une chose : quel accueil et quel espace ces instances lui accorderont-elles ? Il reviendra aussi aux militants concernés, le cas échéant, de prendre leurs responsabilités pour faire entendre leurs aspirations et faire connaître ce qu’ils sont en mesure d’apporter au Parti socialiste.
Si cela se fait, et si les dirigeants socialistes - depuis le secrétariat national jusque dans nos fédérations et nos sections - font preuve de la réceptivité et de la souplesse nécessaires, alors nous pourrons réellement faire vivre le “tournant militant” ainsi nommé par Jean-Christophe Cambadélis, souhaité par Martine Aubry, et fortement appelé de leurs voeux par les militants socialistes lors du Congrès de Reims. Alors aussi, nous serons réellement rassemblés, et nous pourrons jouer pleinement notre rôle - en nous opposant et en nous imposant comme une alternative crédible aux yeux des Français.