vendredi 6 mars 2009

Obésité infantile : Communiqué de presse du 3 mars 2009, initié par l'UFC - Que Choisir

23 sociétés savantes et 17 associations appellent les députés à réglementer la publicité télévisée pour les produits alimentaires à destination des enfants.


Au moment où l’Assemblée nationale achève l’examen de la loi Bachelot, 23 sociétés savantes et 17 associations demandent aux députés de voter l’amendement n° 552 visant à réglementer les publicités télévisées sur les aliments destinés aux enfants.
La ministre de la Santé s’était engagée en février à mettre en place la mesure d’encadrement qui bénéficie du soutien de l’opinion publique et qui est réclamée par l’INSERM, l’AFSSA, ainsi que par un récent rapport parlementaire1. Cette mesure consistait à n’autoriser lors des programmes pour enfants, que les produits alimentaires ayant des teneurs raisonnables en matières grasses, en sucre et en sel.
Depuis, les mesures promises ont été abandonnées sans explication et le Gouvernement a signé en lieu et place une charte cousue main pour les régies publicitaires et consacrée à la seule sensibilisation. Certes, la sensibilisation à une alimentation plus équilibrée peut contribuer à une prise de conscience, mais elle restera inefficace si on ne limite pas parallèlement le marketing à destination des enfants pour les aliments les plus riches. Quelle protection apporteront en effet de trop rares spots éducatifs, diffusés de loin en loin, contre le déferlement quotidien de publicités non régulées ?
En contrepartie de cette charte, les régies publicitaires osent exiger des pouvoirs publics un engagement à ne plus réglementer ou légiférer dans le domaine de la publicité pour les 5 années à venir ! Voilà donc le véritable objectif de cette charte : faire oublier définitivement toute idée de réglementation, alors que le rapporteur de la Commission des affaires culturelles et huit députés ont déposé un amendement proposant de moraliser le marketing alimentaire à destination des enfants par la loi.
Devant les atermoiements ministériels, le Parlement constitue le meilleur recours pour mettre en œuvre les demandes de la communauté scientifique et de la société civile. En conséquence, nous scientifiques, professionnels de santé, personnes souffrant d’obésité, de surpoids ou de diabète, parents d’élèves, familles, enseignants, responsables de restauration scolaire ou collective, maîtres cuisiniers, consommateurs… demandons aux députés de voter l’amendement n°552, seul à même de protéger les enfants des dérives du marketing alimentaire.

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1 - Obésité, dépistage et prévention chez l’enfant - Une expertise collective de l’Inserm - 20 Juin 2000
- Obésité de l'enfant : impact de la publicité télévisée – Afssa – 7 juillet 2004
- Rapport d’information de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales de l’Assemblée Nationale en conclusion des travaux de la mission sur la prévention de l’obésité
- 78% des Français sont favorables à la suppression de la publicité à la télévision pour les aliments très sucrés pendant les programmes pour enfants - Enquête actualité Ipsos Sig réalisée les 11 et 12 Juillet 2008

2 Amendement n°552 présenté par M. ROLLAND, rapporteur au nom de la Commission des Affaires Culturelles, M. BUR, M. MEHAIGNERIE, Mme POLETTI, Mme GROMMERCH, M. CHOSSY, Mme LOUIS-CARABIN et M. VICTORIA.


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Sociétés savantes signataires :
Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)
Association de Langue Française pour l'Etude du Diabète et des Maladies Métaboliques (ALFEDIAM)
Association des Epidémiologistes de Terrain (EPITER)
Association des Médecins Inspecteurs de Santé Publique (AMISP)
Association Française d’Etudes et de Recherches sur l’Obésité (AFERO)
Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA)
Association française des diététiciens nutritionnistes (AFDN)
Association Française des Epidémiologistes de Langue Française (ADELF)
Association Française pour le Développement des Approches Spécialisées des Troubles du Comportement Alimentaire (AFDAS-TCA)
Association pour la Prévention de l’Obésité Pédiatrique (APOP)
Collège des Enseignants de Nutrition (CEN)
Comité Français de Lutte contre l'Hypertension Artérielle (CFLHTA)
Collège Universitaire des Enseignants en Santé Publique (CUESP)
Fédération Française de Cardiologie (FFC)
Fédération of European Nutrition Societies (FENS)
Fédération Nationale des comités d’Education pour la Santé (FNES) (155 comités régionaux et départementaux)
Société Française de Cardiologie (SFC)
Société Française de Nutrition (SFN)
Société Française de Pédiatrie (SFP)
Société Française d'Hypertension artérielle (SFHTA)
Société Francophone du Diabète (SFD)
Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme (SFNEP)
Société française de santé publique (SFSP)

Associations et Fédérations signataires :
ACEHF (Association Culinaire des Etablissements Hospitaliers de France)
AFD (Association Française des Diabétiques)
AJD (Association des Jeunes Diabétiques)
AJI (Association des Journées de l’Intendance)
ANDRM (Association Nationale des Directeurs de la Restauration Municipale)
CCC (Comité de Coordination des Collectivités de France)
CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie)
Cofrade (Conseil Français des Associations pour les Droits de l'Enfant)
Familles rurales
Familles de France
FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves)
MAITRES CUISINIERS DE FRANCE
PEEP : (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public)
UDIHR : (Union des Ingénieurs Hospitaliers en Restauration)
UFAL (Union des Familles Laïques)
UFC-Que Choisir
UPRT (Union des Personnels de la Restauration Territoriale

mercredi 4 mars 2009

Mal-logement : les associations dénoncent le bilan gouvernemental

(Source : Laetitia Van Eeckhout, Le Monde)

A la veille de la fin de la trêve hivernale, le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement a présenté, mercredi 4 mars, son troisième "baromètre" des engagements du gouvernement en faveur des personnes sans abri et mal logées.

En janvier 2008, le premier ministre annonçait 100 mesures faisant de la lutte contre le mal-logement un "chantier national prioritaire". Seules 45 ont été engagées. Et encore s'agit-il souvent de mesures techniques, dont très peu sont pleinement appliquées.

"Il n'y a toujours pas de véritable mobilisation reposant, sur chaque territoire, sur un diagnostic partagé des priorités à donner", déplore Nicole Maestracci, présidente de la FNARS.

Nombre de personnes continuent de retourner à la rue, faute de prise en charge adaptée dans la durée. Les associations s'alarment aussi de l' "explosion des expulsions", et dénoncent le choix fait de ramener dans la loi le délai d'expulsion de 3 ans à 1 an.

Le plan de relance, qui prévoit la construction de 100 000 logements supplémentaires, ne fait selon elles que rattraper la restriction qui affecte le budget de la Ville et du logement pour 2009.

Ce plan comportera "moins de 50 % de véritables logement sociaux, faisant une nouvelle fois la part belle aux logements intermédiaires", déplore le Collectif.

lundi 2 mars 2009

Outre-mers : quelques éléments pour mettre en perspective le mouvement des dernières semaines


Après plus d'un mois de forte mobilisation, les DOM se préparent à une sortie de crise qui sera peut-être rude. De quelle ampleur l’impact de la crise des dernières semaines sera-t-il ? Encore difficile de le dire, d’autant plus qu’à cette heure on ignore dans quelle mesure les différents partenaires vont se comporter à moyen terme. (En Guadeloupe par exemple, les syndicats patronaux non-signataires affirment qu’ils n’appliqueront pas l'accord intervenu pour une hausse de 200 euros des bas salaires.)
Pour autant, le mouvement des dernières semaines a d’ores et déjà mis en lumière un certain nombre de réalités, et fait émerger des enjeux d’importance.
Sur ces réalités et ces enjeux, en marge des analyses beaucoup plus expertes et moins schématiques qui ne manqueront pas de paraître dans les prochains jours, je me risque à un premier point "fait maison" ! Au moins pour "ramasser" les informations recueillies au fil des dernières semaines, et en m’appuyant, en complément de discussions et des témoignages diffusés dans les différents médias, sur les analyses de plusieurs observateurs (notamment le chercheur Dominique Wolton, l’historienne Françoise Vergès, et Axel Urgin, ex-secrétaire national du PS à l’Outre-mer).


Les ressorts de la crise

Le mouvement de protestation et de revendications qui a travaillé les Outre-mers ces dernières semaines trouve ses causes sur plusieurs plans : histoire, éloignement géographique et rapports avec la métropole, état du foncier, situation économique en place dans ces territoires... Ne pouvant toutes les évoquer, je m’en tiens ici à deux dimensions.

1.1. La dimension économique et sociale

- En termes de pouvoir d’achat, la situation est incontestablement très difficile. En Guadeloupe, comme dans les trois autres DOM, les revenus sont de 30 % inférieurs à ceux de la métropole, alors que le panier de la ménagère y est 40 % plus cher. Cela étant accentué par les monopoles dans la grande distribution, l’import-export. À cela s’ajoute la spécificité du monopole de l’essence, avec un prix administré (à propos duquel le ministre a lui-même parlé d’enrichissement sans cause et de graves irrégularités). À La Réunion, la crise du logement social est encore plus forte qu’en Guadeloupe, alors que le niveau de vie est plus faible.

- En matière de possession des richesses, la situation n’est certes pas identique à ce qu’elle était à l’époque coloniale. Mais l’empreinte laissée par celle-ci est forte et persistante, sous forme d'inégalités spectaculaires durement ressentie dès lors que s’y ajoutent d’autres causes de mécontentement. Beaucoup de petites et moyennes entreprises sont tenues par des descendants d'esclaves. Pour autant, toute une part de l'économie reste dans les mains des descendants des grands propriétaires d'esclaves. Par exemple le commerce d’importation, ou la propriété foncière.

1.2. La dimension historique et politique

- A l'abolition de l'esclavage, les anciens propriétaires d'esclaves ont été indemnisés pour leurs "pertes". Ils sont donc partis avec un capital tandis que les affranchis n'ont rien reçu.

- L'Outre-mer reste, en France métropolitaine, un “continent” oublié, une sorte d’angle mort. Exemple : Dans les statistiques nationales, l'outre-mer est rarement comptabilisé. Autre exemple : le projet de loi pour le développement économique de l’Outre-Mer, adopté en juillet 2008 par le Conseil des ministres, n’est toujours pas passé au Parlement. Troisième exemple : les inégalités ont longtemps persisté, il afallu attendre la fin des années 1990 pour que l'égalité soit “effective”.



Au total, ainsi que le formule l’historienne Françoise Vergès, “il n'y a pas de sentiment d'appropriation ou de maîtrise de sa propre vie”. Et le sentiment structurel des Français des DOM est de ne pas être traités comme les autres (ce que Césaire avait exprimé dans la phrase : «Ils se sentent Français entièrement à part, et pas Français à part entière.»).






Quelle place pour les Outre-mers dans la France du 21e siècle, pour quel projet politique ?

Les Outre-mers sont des territoires qui se trouvent - et qui nous placent - aux avant-postes d’enjeux majeurs du XXIe siècle. Il y a donc tout à gagner, à redécouvrir les spécificités des Outre-mers et les atouts qu’ils recèlent pour notre pays. Et à le faire à la lumière de deux problématiques clé : comment assumer l’autonomie et le lien avec la "métropole" ? comment valoriser les identités culturelles tout en évitant le repli communautaire ?

2.1. “Un” espace clé dans la construction du projet politique de la France du 21e siècle

- En France, les Outre-mers sont une ouverture exceptionnelle sur le monde à travers trois aires géographiques et culturelles : l’océan Atlantique avec les Antilles, la Guyane, Saint Pierre et Miquelon ; l’océan Indien avec la Réunion et Mayotte ; l’océan Pacifique avec la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie Française.

- Dès lors, les Outre-mers inscrivent au coeur de notre pays la capacité de sortir de l’ “européocentrisme” dominant dans la seconde partie du 20e siècle, et de s’approprier le défi nouveau du “multiculturalisme”. Autrement dit, la capacité d’être en pointe dans l’ “autre” mondialisation. Celle qui, à côté de la mondialisation économique dont l’horizon est un marché de 7 milliards de consommateurs, consiste à construire une nouvelle communauté internationale où dialoguent Etats, nations, cultures et sociétés. Les Outre-mers sont, potentiellement, autant de passerelles vers une France prenant toute sa part dans cette tâche.

2.2. Des pistes pour concrétiser cette chance

1) Créer les conditions d’une autonomie économique aujourd’hui largement insuffisante. Dans bien des cas, l'économie des Outre-mers est longtemps restée centrée sur des productions agricoles (sucre, banane, ananas) qui souffrent de la mondialisation et sont de moins en moins viables. De plus, l'emploi s’y concentre dans le secteur marchand et la fonction publique. Il faut repenser cette économie, de façon viable et en fonction de l'environnement, et réfléchir aux conditions du travail, du salariat, du syndicalisme, de la protection sociale, de la formation... en vue de créer les conditions d’une autonomie économique accrue.

2) Inventer une “identité relationnelle”. Avec ses Outre-mers, la France doit aujourd’hui apporter sa propre réponse à la question : comment échapper au double piège de la dilution des identités dans la mondialisation, et de leur affirmation au prix d’un repli communautaire ? Sans projet politique commun, on échouera à relever ce défi interculturel. En même temps, l'avenir des Outre-mers ne peut pas se penser dans une relation exclusive avec la "métropole", mais doit s'inscrire aussi dans leur région, leur environnement propre, ce qui suppose une part d’autonomie. Conditions du succès : une réelle décentralisation, combinée à la construction d’un cadre politique commun non seulement entre la "métropole" et les Outre-mers, mais aussi entre ces derniers. Entre la "métropole" et les Outre-mers, plus précisément, il s’agit de tisser des liens de solidarité mutuels, basés sur le plein respect des identités culturelles mais accompagnés de droits et de devoirs réciproques.

3) Pour cela, construire un espace public et une communication politique adéquats, donc renouvelés. Pour un pacte républicain revitalisé. Le caractère métissé de la société française est aujourd’hui un état de fait. Il doit devenir un des éléments structurants d’un projet politique national qui l’intègre pleinement. D’autant plus que la diversité historique des métissages au sein des Outre-mers est une ressource politique et culturelle considérable pour penser collectivement les nouveaux rapports entre identité, communauté et citoyenneté à l’heure de la mondialisation. Et un “ingrédient” majeur pour une mondialisation richement vécue.
En même temps, il est clair que si le développement autonome des identités culturelles devient le coeur de la politique, le risque est l’exacerbation des conflits culturels (d’autant plus violents dans des espaces fortement multiculturels où les risques d’ “ethnicisation” et de “communautarisation” existent comme on le voit dans les territoires voisins de ces collectivités). Il s’agit donc de construire une culture politique commune “plurielle”, où chacun sera réellement reconnu dans sa diversité et dans la participation à un projet politique commun, dépassant les localismes et capable de prendre en charge efficacement les tensions sociales.
Cela suppose un effort collectif pour comprendre dans leur diversité les espaces publics où cela se joue, et les différentes formes de communication politique qui s’y déploient. Les nouvelles technologies (internet) permettent une communication plus rapide avec les Outre-mers. Mais une communication pleine et efficace suppose, en "métropole", d’être capable de comprendre des systèmes de relations humaines et sociales marquées par des traditions, des codes et des savoir-faire spécifiques. Au programme donc : un effort pour s’approprier la pluralité des systèmes de fonctionnement des espaces publics, et des modalités de la communication politique en leur sein.
Cela suppose aussi, en métropole, d’intégrer plus et réellement dans le débat politique les Outre-mers et l’ensemble des questions qui leur sont liées. Ce sera une première preuve de l’importance pour la France des racines culturelles et politiques qu’elle plonge dans trois aires culturelles (Atlantique, océan Indien, Pacifique).
Ou encore, d’intégrer plus et réellement l’Outre-mer dans le paysage historique et culturel français, tel qu’il commence à se constituer dès l’école. Dans des sociétés marquées par le passé de l’esclavage et de la colonisation, pour que ce passé soit “intégré”, la France doit réellement reconnaître et célébrer la contribution des femmes et des hommes de l’outre-mer à son histoire et à la construction de sa culture. Pas seulement dans le sport ou la musique, mais aussi dans les combats pour la liberté : Louis Delgrès (figure historique de l'opposition à l'esclavage en Guadeloupe) est aussi important que les autres héros de la Révolution française.


La réflexion et les efforts des esprits, aujourd’hui souvent polarisés autour de questions - importantes - comme le bien-fondé de la discrimination positive, ou les manières de montrer notre diversité, gagneraient sans doute trouver des développements dans ces directions - parmi d’autres naturellement.

dimanche 1 mars 2009

Pierre Moscovici prend ses distances avec la "motion A"... Ou pour que "motion" ne rime pas avec "cloison" !


Lors de notre dernier Congrès cet hiver, j’avais été à la fois surpris et touché par la confidence d’une camarade, que j’apprécie, et dont je me sentais objectivement proche à beaucoup d’égards en termes de projet politique (moins sans doute en matière de conception de la vie du PS).
À la veille du vote, elle m’avait avoué que, tout en reconnaissant ma pleine légitimité pour assurer la fonction à laquelle j’étais candidat dans ma section, elle ne voterait pas pour moi parce qu’à ses yeux j’avais “trahi” mon camp. Traduction : ayant longtemps été proche des amis de Dominique Strauss-Kahn (en particulier Pierre Moscovici), et ayant soutenu son investiture pour les dernières élections présidentielles, mon ralliement à la “motion E” (Gérard Collomb, Ségolène Royal, Vincent Peillon, Najat Belkacem, Julien Dray, Manuel Valls...) était impardonnable.


Ces paroles m’avaient sincèrement peiné. Et m'ont fait réfléchir - d’ailleurs bien après le Congrès de Reims.
Pourquoi, malgré cette proximité d’idées et les combats menés ensemble ces dernières années, nos routes s’écartaient-elles - au moins provisoirement mais au moment d’un choix important? Avais-je vraiment été, par mon choix, un “mauvais militant”?
J’ai fini par arriver aux deux conclusions suivantes.

1. La fidélité à une personnalité ne joue pas le même rôle pour tous les militants socialistes, au moment de faire un choix politique. Pour moi, et pour beaucoup de nos camarades qui ont pris part aux votes l’hiver dernier, on peut résumer les choses comme cela: le projet d’abord (projet pour le PS et ses militants, projet pour nos concitoyens, l’élan propre à ces projets) !
2. Soutenir une “motion” n’a peut-être pas la même signification pour tous les militants socialistes. Pour moi, c’est clair : soutenir une motion, c’est avant tout affirmer sa confiance dans la justesse et la force du projet spécifique dont elle est porteuse. Sûrement pas rejeter les aspirations ou les préférences d’autres socialistes - encore moins rejeter tel ou telle autre socialiste. Tous sont mes camarades.


Je ne crois pas que cet état d’esprit soit une question de “génération”... et encore moins une question de “motion” ! Je ne crois pas que la souplesse et l'ouverture d'esprit soient l'apanage de ceux qui ont fait le même choix que moi cet hiver. Pour preuve, ce que j’avais entendu lors de la réunion de lancement de “Besoin de gauche”, le pôle de travail animé par Pierre Moscovici (voir mon post du 25 janvier 2009). Mise à part l’étrange remarque d’une jeune camarade (“Que fais-tu là ? Tu ne sais plus où tu habites ?”), à mettre espérons-le sur le compte de l’humour (!), j’avais surtout perçu une aspiration à ne plus raisonner avant tout en termes de “motion”. Pierre Moscovici lui-même, d’ailleurs, m’avait paru privilégier avant tout, au sein du PS, le rassemblement des réformistes et des “pro-européens”. Impression aujourd’hui confirmée. Pierre Moscovici a en effet décidé de prendre ses distances avec la motion créée autour de Bertrand Delanoë pour le Congrès de Reims.


Je reproduis ci-dessous quelques déclarations et arguments exprimés par Pierre Moscovici pour expliquer son choix et son état d’esprit (rapportés notamment dans un article du journal Le Monde, et également exprimés sur le blog de l'intéressé sous le titre "L'audace d'espérer") :

- "Sans rompre avec Bertrand Delanoë, en pensant que nous avons toujours beaucoup de points communs (...), j'éprouve le besoin de construire quelque chose d'un peu différent".
- Le courant hérité de la “motion A” souffre d'un "positionnement incertain" et ne défend pas "suffisamment fort les idées social-démocrates réformistes européennes" que lui et ses amis désirent faire avancer.
- Tout en assurant que ce n’est pas une prise de distance par rapport à Martine Aubry, Pierre Moscovici s’est abstenu lors du vote sur les listes pour les élections européennes. Il a notamment déploré que celles-ci aient été élaborées à la proportionnelle des courants ("une scorie de ce Congrès" qui "a montré dramatiquement ses limites en aboutissant à un certain nombre d'incohérences").


Pour conclure, deux réactions personnelles à cette prise de position de l’ancien ministre des affaires européennes. 1. J’espère que ce choix de Pierre Moscovici contribuera à ce que, pour de plus en plus de socialistes, “motion” rime de moins en moins avec “cloison” !
2. Je souhaite que Pierre, dont les talents m’ont paru insuffisamment mis à profit lors de notre dernier Congrès (en partie par manque d’audace de sa part, en hésitant puis en renonçant à rejoindre ceux qui poussaient vers un renouvellement clair et profond du PS), trouve les moyens de faire bénéficier les socialistes de tout ce qu’il peut leur apporter. Notamment dans notre réflexion collective sur la politique à mettre en oeuvre face à la crise, ou sur le projet européen.

samedi 28 février 2009

Chômage : le défi du “pouvoir-vivre”, c’est maintenant !


Le mois de janvier 2009 aura vu 90 200 actifs de plus être mis au chômage. Après deux années de relative amélioration, le marché du travail en France s’était fortement retourné en 2008, avec 217.000 personnes supplémentaires inscrites ou réinscrites à l’ANPE à la fin décembre. Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie 1 (personnes sans emploi, immédiatement disponibles, à la recherche d’un emploi à durée indéterminée à temps plein) a explosé en janvier, progressant de 90.200 par rapport à décembre (+4,3%) et de 15,4% depuis 1 an, pour s’établir à 2,204 millions.
Quelques éléments d’analyse plus précis : explosion des licenciements économiques (+ 23,5% en un mois) ; dégradation spectaculaire pour les emplois précaires (- 32% de contrats en janvier) ; chute de l’offre d’emploi (-14% par rapport au mois de décembre) ; une hausse du nombre de chômeurs qui sur l’année (+ 15,4%) frappe plus encore les hommes (+21,8%) que les femmes (+8,7%), et surtout les moins de 25 ans (+23%).

Cette accélération de la hausse du chômage, entraînée par une crise dont la dureté s’affirme un peu plus de mois en mois, apporte un argument supplémentaire à l’appel que, avec mon camarade Akli Mellouli (maire adjoint de Bonneuil-sur-Marne), nous avions voulu lancer l’été dernier (Pour un PS retrouvé : cap sur le pouvoir-vivre, tribune reproduite dans mon post du 19 novembre 2008).
Alors que le gouvernement Fillon venait de relever le plafond du nombre de jour travaillés dans une année pour les “travailleurs autonomes” (autrement dit, les cadres), je lui avais en effet proposé de co-signer une tribune adressée au journal Le Monde. Celle-ci dénonçait une politique aberrante en matière de temps de travail. C’est-à-dire une politique allant à rebours des mouvements et des aspirations à l’oeuvre dans notre société, en particulier l’aspiration à pouvoir trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et familiale - élément crucial de ce que j’appelle le “pouvoir-vivre”.
À cette réalité, que nous observons dans notre entourage proche ou moins proche, s’en ajoute désormais une autre : la hausse accélérée du chômage rattrape aussi les cadres. Pour les titulaires d’emplois moins qualifiés (plus souvent concernés par les CDD et l’intérim), le marché de l’emploi a commencé de se retourner déjà il y a 6 mois. Les cadres sont toujours touchés avec un décalage, mais désormais ils sont de plus en plus nombreux à chercher un emploi (sur les 50 000 emplois supprimés depuis septembre dans le cadre de plans sociaux dans les grandes entreprises, 8500 sont des emplois de cadres). Et pour ceux qui perdent leur emploi et pour les jeunes diplômés arrivant sur le marché du travail, la durée du chômage ne cesse de s’allonger.

Ce qui accentue encore le caractère aberrant de la politique alors dénoncée, allant dans le sens d’une augmentation du temps de travail. Plus encore aujourd’hui qu’au moment où j’ai écrit cette tribune, les entreprises doivent réfléchir à réduire le temps de travail. C’était d’ailleurs le titre d’un entretien accordé par Xavier Lacoste (directeur général du cabinet Altedia) au journal Les Echos (édition du 26 février).
Soulignant que le gouvernement pensait déjà avoir atteint un sommet en novembre (avec 64000 chômeurs de plus), on pourrait bien “aller de record en record s’il n’incite pas les entreprises à modifier leurs pratiques”, en faisant fonctionner les dispositifs d’amortissement interne qui permettraient de limiter les licenciements. À ce stade en effet, malgré le changement de conjoncture, et sauf dans quelques secteurs (hôtellerie, verrerie, chimie), les entreprises n’ont quasiment pas recours à ces dispositifs.
Pour limiter les licenciements économiques, les entreprises pourraient par exemple réduire leur temps de travail ; avoir recours aux accords de RTT défensifs (largement utilisés à la fin des années 1990 pour amortir le ralentissement de l’emploi).
Le gouvernement, pour sa part, pourrait renoncer aux heures supplémentaires défiscalisées (mises en oeuvre en 2007 dans un contexte d’expansion économique) au profit d’exonérations de charges liées à la réduction du temps de travail.
Si le chômage partiel permettrait dans une certaine mesure de “limiter la casse”, beaucoup d’entreprises ignorent qu’elles y ont droit. De sorte que beaucoup de secteurs multiplient les licenciements économiques sous la pression notamment de leurs actionnaires. Il faudrait donc que l’administration du travail comme le Pôle Emploi fassent un gros effort de pédagogie et d’information pour changer les réflexes en la matière.
Autre piste : réactiver les contrats aidés (beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’à la fin des années 1990) pour maintenir les compétences des salariés mis au chômage et leur permettre d’accéder à de nouvelles qualifications.

Deux certitudes en revanche, également mises en avant par Xavier Lacoste. Premièrement, les mesures annoncées la semaine dernière par Nicolas Sarkozy ne sont pas de nature à freiner l'arrivée de dizaines de milliers de chômeurs tous les mois.
Deuxièmement, la nouvelle convention d'assurance-chômage n'est pas non plus adaptée à la situation, et fait peser de lourdes menaces sur l'avenir. La durée d'indemnisation des chômeurs de longue durée va se réduire, et dans un an c'est autant de personnes qui seront assistées par l'Etat, par le biais de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et du revenu de solidarité active (RSA). Les entreprises sont donc en train de perdre des compétences considérables, ce qui, à long terme, peut leur coûter extrêmement cher.

En août dernier, soucieux d’éviter un congrès de déchirements, nous appelions à ce que le PS se retrouve pour imaginer une politique du pouvoir-vivre. Aujourd’hui, les conditions semblent émerger pour que, toutes sensibilités confondues, les socialistes se retrouvent.
Marqué par les réactions entendues à la suite du Congrès de Reims. Marqué aussi par les réactions entendues au “Contre-plan de relance” (dont l’honnêteté nous oblige à reconnaître que, outre ses qualités, il avait le défaut majeur d’être trop “classique” et foisonnant pour ouvrir des perspectives claires et nouvelles), je forme un voeu. Que les socialistes, s’étant retrouvés, approfondissent ce rassemblement dans l’élaboration audacieuse d’une politique du pouvoir-vivre. Cet effort me paraît être un passage obligé pour que, au-delà des retrouvailles internes, nos concitoyens à leur tour se retrouvent vraiment dans les propositions de notre famille politique !