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samedi 5 septembre 2009

Grippe A - surpoids : cruelles «leçons d’outre-mer»


En même temps que l’année scolaire
(j'aurai l'occasion d'y revenir), la France métropolitaine s’efforce préparer sa confrontation avec la possible diffusion massive du virus H1N1 sur son territoire. Actuellement, on compte environ 3000 nouveaux cas par semaine sur l'ensemble du territoire français. Dans le Val-de-Marne, où le virus est « apparu » le 24 juin, la Préfecture a annoncé ce matin huit cas avérés de grippe H1N1 dans une classe de première du lycée d'Arsonval à Saint-Maur.
L’inversion des saisons entre hémisphères nord et sud fait que certains territoires d’Outre-mer, où c’est actuellement l’hiver, sont depuis un moment en première ligne. Outre les Réunionnais, les Néo-calédoniens, massivement touchés par le virus depuis déjà plusieurs semaines, en savent quelque chose.
D’un point de vue strictement quantitatif, l’épidémie tend à s’estomper en Nouvelle-Calédonie (consultations et absentéisme scolaire en net recul). Mais l’inquiétude des professionnels de santé ne suit pas - loin s’en faut - le même mouvement. En effet, plusieurs décès ont été enregistrés à l’hôpital de Nouméa, dont ceux de deux patients jeunes ne présentant aucun antécédent de pathologie (une femme de 46 ans, et un jeune homme).

Dans ce dernier cas, c’est bien l’effet aggravant du surpoids qui semble confirmée. Clairement formulé par la communauté médicale, cet impact du surpoids - et à plus forte raison de l’obésité - sur la vulnérabilité de l’organisme face au virus H1N1 trouve un écho dans les observations faites sur le continent américain.
Dès le 7 juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé relevait ainsi qu’une « forte prévalence de l’obésité [indice de masse corporelle supérieur à 30] a été rapportée au début chez les cas très graves ou mortels par les cliniciens mexicains » L’OMS mettait aussi en avant les résultats édifiants d’un rapport récent : sur 10 patients ventilés dans des services de soins intensifs du Michigan (États-Unis), 9 avaient un indice de masse corporelle supérieur à 30 et 7 un IMC supérieur à 40 ; sur les 50 cas mortels recensés en Californie, 30 avaient un IMC dépassant 30 (dont 11 ne présentant pas de facteurs de risque connus de complications).
Si les mécanismes par lesquels surpoids et obésité interviennent dans l’action du virus sur l’organisme restent à mettre au jour, leur effet aggravant sur cette évolution apparaît avérée.

Dans cette funeste « synergie », et indépendamment même du nombre de cas, force est de voir un nouvel – et cruel – avertissement. Avertissement quant aux dangers du manque de rigueur des politiques publiques, et de ceux qui les font, face à certaines réalités - redoutables par leur caractère peu spectaculaire même, tant leur portée peut ne se révéler qu’une fois installée la situation de crise.
Deux exemples.
Le 25 février dernier (un mois avant l’apparition de l’épidémie au Mexique), dans un « post » intitulé : « Environnement et sécurité sanitaire : malgré la crise, ne pas « laisser filer » ! », je relayais une inquiétude quant aux conséquences déjà palpables de la crise (et de sa gestion par les Etats) sur la surveillance et la prévention des maladies transmissibles à l’homme par les animaux (sauvages ou d’élevage). Un peu partout à travers le monde - tant dans les pays en développement que dans les pays développés -, on constatait déjà une décroissance des budgets publics pour les postes budgétaires correspondants, considérés en quelque sorte comme “dormants”.
Le 7 mars dernier, dans un autre « post » intitulé : « Obésité infantile : pour plus d’efficacité, osons franchir un cap ! », j’appelais à prendre la mesure du problème de santé publique que représente l’obésité. Le raisonnement : cette réalité touche ou menace une part non négligeable de la population - en particulier les jeunes - ; désormais, elle frappe avec une inégalité croissante en fonction de l’origine sociale ; il faut donc dès maintenant faire l’effort de se hisser, en matière d’action des pouvoirs publics, au niveau de rigueur et d’efficacité qu’exigent l’impact de ce phénomène sur les organismes, et son évolution au sein de la population française.
J’annonçais avoir écrit le même jour à M. Patrick Beaudouin, député de notre circonscription, pour lui demander de voter pour l’adoption de l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital – alors en discussion à l’Assemblée nationale -, porteur d’un tel effort.
Dans une réponse qui avait le mérite – réel – d’exister, M. Beaudouin m’expliquait que, n’ayant pas assisté à la séance au cours de laquelle a été débattu cet amendement, il était toutefois satisfait de la position de la ministre de la santé qui avait conduit à le rejeter. Une position qu’il s’efforçait de justifier (voir mon post du lundi 20 avril, « L’ « absence attentive » de Patrick Beaudouin… »). J’avais dit la faute que constituait à mes yeux une attitude qui, manquant au principe de solidarité inter-générationnelle, « ne pren[ait] pas la mesure d’une véritable urgence ».

Les opposants à la politique plus rigoureuse des pouvoirs publics en matière de prévention de l’obésité (dont relevait l’amendement 552), avaient alors tiré argument de la crise économique. On ne pouvait, selon eux, prendre le risque d'un manque à gagner pour les annonceurs. Autrement dit : un curieux avatar du principe de précaution (au bénéfice financier de ces derniers) devait primer sur l'effort de protection (des jeunes contre surpoids et obésité).
Le vécu personnel sans doute, dont on n’est certes pas seul maître, la confrontation à certaines réalités au travers de ses activités quotidiennes, aussi, font la plus ou moins grande lucidité de chacun face à ces problématiques et à leurs enjeux.
J’aurais malgré tout souhaité que les inquiétudes et les avertissements exprimés sur ce blog – et probablement ailleurs - ne trouvent pas a posteriori une telle illustration.
Souhaitons que ceux qui ont aujourd’hui charge de nous représenter, comme de garantir les conditions de notre quotidien et de notre avenir, apprendront à entendre la part d’intérêt général dont elles sont porteuses – d’où qu’elles viennent. Et fassent leur, en matière de santé, cette exigence : « malgré la crise, ne pas « laisser filer»! »

lundi 20 avril 2009

L' 'absence attentive' de Patrick Beaudouin...


Début mars, 40 associations avaient signé un appel demandant aux députés de voter pour l'amendement 552 à la loi Bachelot
(par ailleurs si controversée aujourd'hui voir mon post de samedi). Concrètement, de quoi s'agissait-il ? De supprimer, au cours et autour des “émissions dont une partie importante du public est constituée d’enfants et d’adolescents”, des publicités portant sur “des boissons et des produits alimentaires manufacturés avec ajout de sucres, matières grasses, ou édulcorants de synthèse”.

Pourquoi cette initiative ?
- D’après les études médicales, 18 % des enfants de 3 à 17 ans, soit près d’un sur cinq, sont en surcharge pondérale (avec 3,5 % considérés comme obèses). Coïncidence ? 60% des enfants en rentrant de l’école regardent la télévision - où les publicités pour les aliments vecteurs de surpoids atteignent alors un "pic" en terme de fréquence.
- En février, la ministre de la Santé s'était engagée à mettre en place une mesure d'encadrement réclamée par l'INSERM, l'AFSSA, ainsi que par un récent rapport parlementaire. À savoir : lors des programmes destinés au jeune public, n'autoriser la publicité que pour les produits alimentaires ayant des teneurs raisonnables en matières grasses, sucre et sel.
Option entretemps abandonnée sans explication. Et remplacée par une charte dans laquelle les régies publicitaires s'engagent uniquement à faire de la "sensibilisation".
Utile, mais clairement insuffisant de l'avis général. En outre, en contrepartie de cette charte, il semble que les régies publicitaires aient exigé que les pouvoirs publics s'engagent à ne plus réglementer ou légiférer dans le domaine de la publicité pour les 5 années à venir.

Concerné par ce sujet (notamment pour des raisons professionnelles, et aussi en raison du rôle capital que la solidarité intergénérationnelle me paraît jouer dans le bon fonctionnement de notre société), j’avais alors, comme citoyen, adressé un courrier à M. Beaudouin, maire de Saint-Mandé et député de notre circonscription.
J’y exposais les réalités et les arguments qui plaident pour une action plus efficace en matière de prévention de l’obésité - et pour la mesure portée par l'amendement 552. Je lui demandais aussi, dans l’hypothèse où il prendrait connaissance de mon courrier trop tard, de m’indiquer s'il en était d'accord les raisons de son vote.

Dans sa réponse (en date du 30 mars), M. Beaudouin m’explique que, “retenu par d’autres obligations”, il regrette de n’avoir pu assister à la séance au cours de laquelle l’amendement a été voté. Il se dit toutefois satisfait de la position de Madame Roselyne Bachelot qui a conduit à rejeter l’amendement.
1er argument : “Un accord négocié peut en effet, parfois, se révéler plus efficace que la contrainte législative.”
2e argument, un engagement à être “très attentif à ce que les engagements pris sont tenus” (sic) : “Si ce n’est pas le cas, ou s’ils se révèlent insuffisant (sic), il sera alors temps de recourir à la loi. Telle est, d’ailleurs, la position de Roselyne Bachelot qui, après avoir rappelé que le respect de la charte [“visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision”, initiative des ...] feraient (sic) l’objet d’un suivi par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et un comité de suivi, s’est engagé à prendre des mesures plus coercitives le cas échéant”.

On ne peut qu'être d'accord avec le premier argument... sur le principe. Malheureusement, remis en contexte, le tout accuse de graves faiblesses.
Le contexte :
- l’impartialité du CSA vis-à-vis de l’exécutif fait aujourd'hui l'objet d'interrogations (mercredi 8 avril dernier, le Conseil d’Etat a annulé la décision du CSA de ne pas prendre en compte les interventions du Président de la république dans le calcul du temps de parole du pouvoir exécutif) ;
- au Royaume-Uni - où le gouvernement est pourtant réputé peu directif et “coercitif” - il y a déjà 1 an et demi que l’interdiction a été jugée nécessaire ;
- la “charte” en question ne traduit pas une volonté de "partenariat salutaire" de la part des régies publicitaires ; au contraire : elle repose sur le refus de toute limitation des publicités pour des produits alimentaires favorisant l’obésité (demandée par un nombre impressionnant d’associations, de la Société française de santé publique à l’Association nationale des Directeurs de la Restauration municipale, en passant par la FCPE, la PEEP ou encore UFC-Que choisir ).


La réponse de M. Beaudouin a le mérite - réel - d'exister. Mais sur le fond, elle ne prend pas la mesure d'une véritable urgence - tout aussi réelle -. Face aux réalités en cause, ménager les logiques mercantiles n’a aucun sens. J'y vois notamment un manquement au principe de solidarité intergénérationnelle - dimension pourtant essentielle de toute décision politique aujourd'hui.


samedi 7 mars 2009

Obésité infantile : pour plus d'efficacité, osons franchir un cap !


Si en France, l’obésité touche de nombreux adultes, l’obésité infantile constitue elle aussi un problème de santé publique à part entière!
Certes, on peut se rassurer en observant une relative stabilité depuis 2000 en termes de part de la population touchée. (Chez les enfants de 7 à 9 ans, une étude récente conclut au maintien à 3,5% pour l’obésité et 14,3% pour le surpoids.) Et se dire que, au sein de l’Union européenne, la France garde une prévalence de l’obésité et du surpoids chez les enfants parmi les plus faibles.
Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, dans notre pays, près d’1 enfant sur 6 est obèse (soit 3 à 4 fois plus que dans les années 1970). Autre évolution inquiétante : face à l’obésité et aux risques d’en être frappé, l’écart se creuse entre les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux sociaux moins favorisés ou défavorisés.
Dans ce contexte, 40 associations de médecins, pédiatres, cardiologues, spécialistes de la nutrition, restaurateurs, parents d'élèves, malades et consommateurs ont lancé mardi un appel aux députés pour réglementer fermement la publicité télévisée pour certains produits alimentaires durant les programmes télévisés destinés aux enfants et aux adolescents. (Voir mon post d’hier.)
Concerné à plusieurs titres (notamment pour des raisons professionnelles), j'ai éprouvé le besoin de faire un « point » rapide sur cette question de santé publique : quels enjeux et quels ressorts sont en cause? quels types d’action invitent-ils à privilégier?


Face à l’obésité infantile : la situation actuelle (action et écueils)

1.1. La politique de santé publique actuellement mise en œuvre. À l’heure actuelle, la lutte contre l’obésité infantile prend la forme d’une « démarche globale de prévention et d’éducation », recommandée par le Programme National Nutrition-Santé (PNNS).
Moyens mis en œuvre pour cela : de nombreux documents largement diffusés auprès des professionnels de santé comme du grand public ; pour les professionnels de santé des outils facilitant un dépistage et une prise en charge précoces du risque d’obésité, et un logiciel mis à leur disposition pour faciliter le diagnostic et le lien avec les autres professionnels et les familles.
Également, une implication accrue des collectivités territoriales (au travers de chartes spécifiques), un engagement des industriels sur la composition de leurs produits (au travers de chartes de qualité).
Décret et arrêté du 27 février 2007 (sur les messages publicitaires et promotionnels en faveur de certains aliments devant être accompagnés d’informations à caractère sanitaire). Pour les enfants, compte tenu de leurs possibles difficultés de lecture, les messages sont délivrés oralement en « encadrement » des pages publicitaires concernées. Dans un document émanant du Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports (publié dans le JO Sénat du 06/03/2008, p. 449), on peut lire que « plusieurs études réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) montrent une très grande acceptabilité d’une information sanitaire dans les messages publicitaires en faveur des boissons avec ajouts de sucre, de sel ou d’édulcorant de synthèse », et que « chez les jeunes, les résultats en termes de mémorisation, compréhension et agrément sont très largement positifs ». Résultats « bruts », en quelque sorte, j’y reviendrai. Pourtant, l’obésité infantile ne recule pas. Pourquoi?

1.2. Les limites pratiques de la prévention. Entre sa naissance et 6 ans, un enfant bénéficie de 20 consultations médicales, prises en charge à 100%. (Tous les mois de 0 à 6 mois, puis à 9 mois et à 12 mois, puis tous les 4 mois dans sa 2e année, enfin entre 2 et 6 ans une tous les 6 mois.) Mais à partir de 6 ans, on observe un relâchement. Notamment parce que la prévention et ses moyens ne sont pas, en réalité, toujours bien compris.

1.3. Les disparités territoriales en termes de moyens et des chances d’éviter l’obésité. Si les pédiatres sont nombreux dans les villes universitaires (et donc dans des régions comme PACA ou l’Ile-de-France), leur présence diminue à mesure qu’on s’en éloigne. En outre, l’évolution démographique conduit les pédiatres à déserter certaines zones ou villes, où prédominent nettement les personnes proches de la retraite ou au-delà. (Par exemple, depuis le 31 décembre 2008 il risque de ne plus y avoir de pédiatre à Montluçon.) Comment réduire l’effet de ces écueils ?

1.4. Recourir à l'interdiction est parfois nécessaire pour être efficace... Et la puissance publique, à l'occasion, sait en tenir compte. Depuis la rentrée 2005, les distributeurs automatiques de produits alimentaires ont ainsi été supprimés dans les établissements scolaires.


Les dangers, pour les personnes atteintes et dans la façon de prendre en charge l'obésité infantile

2.1. Un mal qui « ne lâche pas prise » facilement une fois qu’il a « mordu ». Pour 80% des enfants de plus de 10 ans qu’elle atteint, l’obésité persiste à l’âge adulte. En effet, l’organisme en pleine croissance des enfants reste marqué à vie par les premières habitudes alimentaires.

2.2. Un impact lourd sur la santé. Des complications métaboliques : diabète de type 2, à long terme athérosclérose (dégradation des artères), complications orthopédiques (notamment problèmes au niveau des genoux)… Des complication psychologiques peuvent s’y ajouter (perte de l’estime d soi…).

2.3. Le danger d’une approche réductrice ou « unidimensionnelle » de l’obésité. L’obésité est un phénomène complexe : difficile de dire une fois pour toute dans quelle mesure on « naît obèse » et dans quelle mesure on le devient. Plusieurs facteurs se conjuguent : alimentation (alimentation trop riche), prédisposition génétique, dans certains cas causes psychologiques (deuils par exemple, vulnérabilité particulière au marketing alimentaire et à ses dérives…). À quoi s’ajoutent, on l’a vu, des facteurs environnementaux (qualité de la présence médicale dans la zone géographique où l’on vit) et sociaux.

2.4. Le risque de l’assoupissement sous l’effet de textes rassurants à peu de frais et à l’efficacité pratique incertaine. L’existence de « chartes » ou de documents écrits ne porte, en soi, aucune garantie quant à la réalisation de leur contenu. Elle ne saurait donc exonérer de mesures concrètes, trouvant immédiatement une traduction pratique. Sous peine de laisser les modalités d’action les plus efficaces se perdre et se diluer, entre écrans de fumée et de déclarations de bonnes intentions.
Par exemple, la charte signée le 18 février dernier par les publicitaires et professionnels de l’audiovisuel, prévoyant notamment la diffusion d’émissions sur la nutrition – mais pas de suppression des publicités en cause. Les associations (…) posent avec bon sens la question suivante : contre le déferlement quotidien de publicités non régulées, quelle protection apporteront de trop rares spots éducatifs, diffusés de loin en loin (j’ajoute : et dont rien ne garantit que les téléspectateurs les regarderont et ne « zapperont » pas) ?
Au-delà, on peut craindre qu’une charte de cette nature ait aussi – surtout ? – pour objectif d’éloigner toute idée de réglementation des publicités alimentaires. Menacé, peut-être : l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital, dont la discussion à l’Assemblée devrait intervenir la semaine prochaine, et qui vise à interdire pendant les programmes jeunesse la diffusion de publicités pour les produits trop gras ou trop sucrés. Une mesure d’encadrement largement soutenue par l’opinion publique, ainsi que par l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), et par un récent rapport parlementaire (rapport de la mission parlementaire d’information sur la prévention de l’obésité, présenté le 30 septembre 2008 par Valérie Boyer devant la Commission des affaires familiales et sociales de l’Assemblée nationale).


Des pistes pour aller plus loin, plus efficacement


3.1. Renforcer la prévention de manière à ce que toutes les familles y aient davantage recours. Si l’on n’a pas de bon pédiatre près de chez soi, on peut très bien s’adresser à son médecin généraliste. Les actes de base du suivi médical sont simples : peser, mesurer, faire les courbes. Cela permet de définir l’indice de masse corporelle (IMC) de l’enfant. (Entre 2 et 6 ans, la masse corporelle doit rester stable. Si la courbe de corpulence s’écarte trop en hauteur, alors on a un risque de passage à l’embonpoint, puis à l’obésité.) Dans le carnet de santé, à chacun des grands âges de la vie de l’enfant, tous les repères sur le plan nutritionnel sont marqués. Faire connaître (ou rappeler) ces outils de base de la prévention, à la portée de tous, doit être une priorité – en liaison avec l’information sur les risques.

3.2. Coupler information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue nutritionnel, et information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue du budget familial. J’ai déjà eu l’occasion d’insister pour que l’on associe ces deux aspects des choses, lors d’une réunion à laquelle je participais cet automne dans l’établissement scolaire où je travaille (situé en Zone d’éducation prioritaire).
Les documents édités par le Programme Nutrition Santé (PNS) proposent 9 repères en matière de comportement alimentaire : au moins 5 fruits et légumes par jour ; de la viande, du poisson et des œufs, 1 à 2 fois par jour ; des féculents à chaque repas ; 3 ou 4 produits laitiers par jour ; de l’eau ; consommer sucre, matières grasses et sel en quantité limitée ; une heure d’activité physique pour les enfants.
Or, avec l’augmentation du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages (accentuée par la crise économique actuelle), il peut paraître de plus en plus difficile de respecter les conseils de nutrition élémentaires (composition, voire fréquence des repas).
Cependant, il existe des moyens de limiter le coût de l’alimentation tout en veillant à la qualité de celle-ci sur le plan nutritionnel. Par exemple en misant sur des fruits et légumes de saison, ou encore en conserves ou en surgelés (aussi valables sur le plan nutritionnels, et en général moins cher). Ou, autre exemple, en « redécouvrant » des féculents comme les lentilles. L’information, la mutualisation des savoirs (y compris entre des générations aux cultures alimentaires différentes) dans ce domaine apparaissent aujourd’hui comme des priorités pour faire reculer l’obésité y compris dans les milieux sociaux défavorisés. Dans les établissements scolaires, des « forums santé » organisés par exemple dans les endroits où les parents d’élèves attendent d’être reçus par les enseignants le jour de la remise des bulletins, y contribuent avec succès.

3.3. Pour mieux « neutraliser » les disparités sociales et géographiques, et les vulnérabilités spécifiques des enfants et des adolescents, oser recourir aux mesures fortes que cela exige.

Trois exemples.
Pour les entreprises vendeuses de produits avec ajout de sucre, le rapport propose d’augmenter la taxe sur ces publicités (en la portant de 1,5% à 5%) et de supprimer l’exonération dont ces produits peuvent profiter.
Autre exemple : supprimer les confiseries disposées au niveau des caisses dans les supermarchés, et qui exercent sur les enfants une tentation très forte quand celles-ci sont surchargées.
Enfin, comme le propose le rapport, la publicité pour les produits de « grignotage » et les boissons sucrées devrait être interdite dans les programmes télévisés largement regardés par les enfants et par les adolescents. En effet, 60 % des enfants regardent le petit écran tous les jours en rentrant de l’école, et 3⁄4% d’entre eux avouent préférer les produits promus à la télévision plutôt que ceux ne bénéficiant d’aucune pub. Les parents sont plus de 80 % à acheter les produits vus à la télévision et réclamés par les enfants. Comme le souligne la Société française de nutrition, la publicité pour les boissons et produits alimentaires trop gras, trop sucrés ou trop salés contribue ainsi à l’obésité infantile.
C’est le sens de l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital : renforcer la protection des enfants et des adolescents par l’encadrement strict de la publicité en faveur des produits à forte teneur en sucres ou en matière grasse et d’édulcorants de synthèse et en donnant au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le soin de définir les émissions qui seront concernées. En Angleterre par exemple, cela se fait depuis déjà un an et demi.


Agir pour faire reculer l'obésité infantile, c'est prendre à bras le corps des enjeux aujourd'hui au coeur de l'action politique. La solidarité entre les générations, la santé des générations « montantes » et à venir, la qualité de leur environnement (y compris, en l'occurrence, télévisuel) et du rapport qu’ils entretiennent avec lui (accepte-t-on que cet environnement mette en danger leur santé ? ou même, à terme, les ampute d'une partie de leur capacité à s'y déplacer ?)… Autant d'enjeux qui relèvent du combat pour le pouvoir-vivre !
C’est pourquoi, les députés étant appelés à discuter l'amendement 552 la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, j’ai écrit aujourd’hui au député de notre circonscription, M. Patrick Beaudouin, pour lui demander quelle est sa position sur cette importante question de santé publique. Et en particulier, pour m'associer à l'appel des 40 associations signataires et lui demander de voter pour la suppression, au cours et autour des « émissions dont une partie importante du public est constituée d’enfants et d’adolescents », des publicités portant sur « des boissons et des produits alimentaires manufacturés avec ajout de sucres, matières grasses, ou édulcorants de synthèse ».
Sur des questions de cette nature, qui doivent échapper aux clivages partisans, nos concitoyens doivent plus que jamais pouvoir trouver chez leurs élus réceptivité et fermeté!

vendredi 6 mars 2009

Obésité infantile : Communiqué de presse du 3 mars 2009, initié par l'UFC - Que Choisir

23 sociétés savantes et 17 associations appellent les députés à réglementer la publicité télévisée pour les produits alimentaires à destination des enfants.


Au moment où l’Assemblée nationale achève l’examen de la loi Bachelot, 23 sociétés savantes et 17 associations demandent aux députés de voter l’amendement n° 552 visant à réglementer les publicités télévisées sur les aliments destinés aux enfants.
La ministre de la Santé s’était engagée en février à mettre en place la mesure d’encadrement qui bénéficie du soutien de l’opinion publique et qui est réclamée par l’INSERM, l’AFSSA, ainsi que par un récent rapport parlementaire1. Cette mesure consistait à n’autoriser lors des programmes pour enfants, que les produits alimentaires ayant des teneurs raisonnables en matières grasses, en sucre et en sel.
Depuis, les mesures promises ont été abandonnées sans explication et le Gouvernement a signé en lieu et place une charte cousue main pour les régies publicitaires et consacrée à la seule sensibilisation. Certes, la sensibilisation à une alimentation plus équilibrée peut contribuer à une prise de conscience, mais elle restera inefficace si on ne limite pas parallèlement le marketing à destination des enfants pour les aliments les plus riches. Quelle protection apporteront en effet de trop rares spots éducatifs, diffusés de loin en loin, contre le déferlement quotidien de publicités non régulées ?
En contrepartie de cette charte, les régies publicitaires osent exiger des pouvoirs publics un engagement à ne plus réglementer ou légiférer dans le domaine de la publicité pour les 5 années à venir ! Voilà donc le véritable objectif de cette charte : faire oublier définitivement toute idée de réglementation, alors que le rapporteur de la Commission des affaires culturelles et huit députés ont déposé un amendement proposant de moraliser le marketing alimentaire à destination des enfants par la loi.
Devant les atermoiements ministériels, le Parlement constitue le meilleur recours pour mettre en œuvre les demandes de la communauté scientifique et de la société civile. En conséquence, nous scientifiques, professionnels de santé, personnes souffrant d’obésité, de surpoids ou de diabète, parents d’élèves, familles, enseignants, responsables de restauration scolaire ou collective, maîtres cuisiniers, consommateurs… demandons aux députés de voter l’amendement n°552, seul à même de protéger les enfants des dérives du marketing alimentaire.

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1 - Obésité, dépistage et prévention chez l’enfant - Une expertise collective de l’Inserm - 20 Juin 2000
- Obésité de l'enfant : impact de la publicité télévisée – Afssa – 7 juillet 2004
- Rapport d’information de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales de l’Assemblée Nationale en conclusion des travaux de la mission sur la prévention de l’obésité
- 78% des Français sont favorables à la suppression de la publicité à la télévision pour les aliments très sucrés pendant les programmes pour enfants - Enquête actualité Ipsos Sig réalisée les 11 et 12 Juillet 2008

2 Amendement n°552 présenté par M. ROLLAND, rapporteur au nom de la Commission des Affaires Culturelles, M. BUR, M. MEHAIGNERIE, Mme POLETTI, Mme GROMMERCH, M. CHOSSY, Mme LOUIS-CARABIN et M. VICTORIA.


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Sociétés savantes signataires :
Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA)
Association de Langue Française pour l'Etude du Diabète et des Maladies Métaboliques (ALFEDIAM)
Association des Epidémiologistes de Terrain (EPITER)
Association des Médecins Inspecteurs de Santé Publique (AMISP)
Association Française d’Etudes et de Recherches sur l’Obésité (AFERO)
Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA)
Association française des diététiciens nutritionnistes (AFDN)
Association Française des Epidémiologistes de Langue Française (ADELF)
Association Française pour le Développement des Approches Spécialisées des Troubles du Comportement Alimentaire (AFDAS-TCA)
Association pour la Prévention de l’Obésité Pédiatrique (APOP)
Collège des Enseignants de Nutrition (CEN)
Comité Français de Lutte contre l'Hypertension Artérielle (CFLHTA)
Collège Universitaire des Enseignants en Santé Publique (CUESP)
Fédération Française de Cardiologie (FFC)
Fédération of European Nutrition Societies (FENS)
Fédération Nationale des comités d’Education pour la Santé (FNES) (155 comités régionaux et départementaux)
Société Française de Cardiologie (SFC)
Société Française de Nutrition (SFN)
Société Française de Pédiatrie (SFP)
Société Française d'Hypertension artérielle (SFHTA)
Société Francophone du Diabète (SFD)
Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme (SFNEP)
Société française de santé publique (SFSP)

Associations et Fédérations signataires :
ACEHF (Association Culinaire des Etablissements Hospitaliers de France)
AFD (Association Française des Diabétiques)
AJD (Association des Jeunes Diabétiques)
AJI (Association des Journées de l’Intendance)
ANDRM (Association Nationale des Directeurs de la Restauration Municipale)
CCC (Comité de Coordination des Collectivités de France)
CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie)
Cofrade (Conseil Français des Associations pour les Droits de l'Enfant)
Familles rurales
Familles de France
FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves)
MAITRES CUISINIERS DE FRANCE
PEEP : (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public)
UDIHR : (Union des Ingénieurs Hospitaliers en Restauration)
UFAL (Union des Familles Laïques)
UFC-Que Choisir
UPRT (Union des Personnels de la Restauration Territoriale