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dimanche 20 septembre 2009

Jeunes: l'inquiétant bricolage de l’exécutif


Le 26 août dernier dernier, j’exprimais une “satisfaction de principe” quant au projet de loi, présenté en conseil des ministres, portant notamment ouverture du Conseil économique et social à des représentants des jeunes et des étudiants (voir “Ouverture aux jeunes” du Conseil économique et social : essai “marqué”... mais à transformer ).
De cet apparent souci de prendre mieux en considération les réalités vécues par les jeunes, on pourrait presque voir une confirmation dans la possible extension du revenu de solidarité active (RSA) aux jeunes actifs âgés de 18 à 25 ans ayant travaillé au moins deux ans dans les trois dernières années.
Problème : en cette période de rentrée, plus nombreux sont les signes qui démentent la réalité d'un tel état d'esprit.

En août déjà, je remarquais le nombre très réduit des futurs représentants des jeunes et des étudiants au sein du nouveau "Conseil économique, social et environnemental" (4 sur... 233 membres). Je pointais aussi plusieurs indices d'un manque de détermination de l'actuelle majorité (du Président de la république à notre député Patrick Beaudouin) à prendre en considération réellement les difficultés, les besoins et les aspirations de tous les jeunes.

À présent, c’est la suppression de la Défenseure des enfants que l’on annonce. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de saluer le travail effectué par celle-ci pour réduire les trappes d’invisibilité et de vulnérabilité qui menace nombre de jeunes français. J'avais en effet pu personnellement apprécier l’ouverture et la réelle capacité de dialogue de madame Dominique Versini, à l’occasion d’une matinée de travail au Conseil économique et social (voir mon post du 19 juin dernier “La parole partagée, outil politique privilégié et source de plaisir”). Son courage et son intégrité aussi lorsqu'à la fin du mois d'août elle n’avait pas hésité, bien qu’issue des rangs de la droite, à dénoncer la situation faite aux enfants dans les Centres de rétention administrative (voir mon post du 21 août, Voeux de rentrée... pour une fin de “vacance”).
Est-ce la récompense de ce courage et de cette intégrité ? ou de cette ouverture au dialogue ? Cette interlocutrice facilement identifiable pour les enfants (ne serait-ce que par l'intitulé de sa fonction) et à eux entièrement consacrée, semble aujourd’hui appelée à disparaître. D’après un projet de loi organique révélé ces derniers jours, sa fonction se trouverait fondue parmi les différentes attributions d’un “défenseur des droits”, auquel reviendraient en outre les attributions hier prises en charge par le médiateur de la République, mais aussi par l'actuelle Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). Bon courage à ce “défenseur” pour trouver le temps et la disponibilité nécessaire pour égaler le travail accompli jour après jour par la Défenseure des enfants... et aux jeunes français pour trouver leur chemin jusqu’à ce nouvel interlocuteur !

Une absence d’interlocuteur auquel l’exécutif prend soin, rendons-lui cette justice, d’habituer certains jeunes Français par ailleurs. En particulier les collégiens et collégiennes des quartiers "sensibles".
On sait que le rectorat de Créteil a mis en place une cellule d’assistance aux chefs d’établissements, pour les aider à faire face aux difficultés de cette rentrée (cas de grippe A, postes d’enseignants non pourvus...). Dans ce dernier cas, il s’agit de pallier aux problèmes nés de la réduction continue du recrutement d’enseignants sur concours.
Dans un collège par exemple, un professeur “titulaire” absent de manière prolongée (arrêt maladie, etc.) est normalement remplacés par un “tzr” (enseignant recruté par le même concours, à disposition permanente de l’Education nationale, mais pas encore affecté dans un établissement de façon “définitive”, et ayant donc vocation à faire des remplacements). Comme l’Education nationale n’a plus assez de “titulaires” ni de “tzr”, elle fait appel à des “contractuels” ou à des “vacataires” (n’ayant pas passé de concours de l’Education nationale, mais moins coûteux, notamment parce qu’ils n’ont pas de congés payés).
Problème : ceux-ci ne postulent que s’ils en ont envie. Or là où les conditions de travail laissent à désirer (par exemple, en Seine Saint-Denis), ils sont moins nombreux à postuler. Si bien qu’en ce moment, le rectorat (qui s’assure tout de même que les “candidats” réunissent un certain nombre de compétences avant de les embaucher) n’arrive plus, même ainsi, à répondre aux besoins ! Traduction dans la salle de classe : des élèves sans professeur.

Autre espèce d'interlocuteurs “en voie de disparition” : les éducateurs de la Protection judiciaire pour la jeunesse.
Ces éducateurs, fonctionnaires du ministère de la Justice, suivent les mineurs en difficulté (délinquants mineurs ou jeunes en danger) de manière à leur permettre de devenir autonomes (notamment en construisant avec eux un projet d’orientation). Où les trouve-t-on ? Dans les centres d’action éducative en milieu ouvert (CAEMO), où ils prennent en charge des mineurs maintenus dans leur famille (ils les aident à résoudre leurs problèmes familiaux, les guident dans leur scolarité en les rencontrant régulièrement, les soutiennent en période de crise). Ou bien dans les foyers d’hébergement (psycho-éducatifs, scolaires ou professionnels) qui accueillent des mineurs en danger ou délinquants placés par le juge.
Problème : les travailleurs de la PJJ connaissent actuellement une situation peu propice à cette mission, au point que certains font le parallèle avec ce que connaissent depuis quelque temps les salariés de Renault et de France Télécom.
La PJJ a en effet engagé une vaste réorganisation administrative, dans un contexte de durcissement de la législation pour les mineurs (depuis 2007). Concrètement, les éducateurs doivent concentrer leur travail sur les mineurs délinquants et ne plus s'occuper des mineurs victimes, qui relèvent de l'aide sociale dans les départements. En outre, la PJJ souffre d'un déficit d'hébergements en région parisienne.
Résultat : une grande souffrance chez les personnes travaillant pour la PJJ. Au point que mardi dernier, une directrice départementale s’est jetée par la fenêtre de son lieu de travail - une chute à laquelle elle a heureusement survécu. D’après les premiers témoignages, cette fonctionnaire n’est pas une personne fragile. En revanche, elle a attribué son geste à une véritable “maltraitance institutionnelle”, se plaignant de devoir “appliquer tout très vite”, “faire et défaire en permanence”. À un vrai “conflit de loyauté” aussi : ancienne éducatrice, elle se demandait comment les éducateurs feraient désormais pour s’occuper des mineurs avec toutes leurs nouvelles tâches.

Ce grand mouvement de passage à la moulinette (ou d’enfouissement) d’interlocuteurs compétents et disponibles pour les enfants et les jeunes pose gravement problème, pour au moins deux raisons.
Dans un contexte d’explosion du chômage des jeunes (et de montée du chômage en général), nombre d’enfants et d’adolescents se trouvent - ou risquent de se trouver - pris dans des situations familiales difficiles, ou dans une crise de confiance déstabilisante vis-à-vis de l’école, de la collectivité en général, et de l’avenir.
Face à cette situation, mettre en crise la Protection judiciaire de la jeunesse, casser la continuité éducative dans les établissements les plus sensibles, camoufler au point de probablement la rendre invisible la Défenseure des enfants, sont de la part de l'exécutif des choix qui laissent perplexe.
Par ailleurs, au niveau local, la France manque d’espaces permettant aux jeunes de se faire réellement entendre de ceux qui font leur quotidien (au travers de décisions politiques ou de votes au Parlement), et d’échanger avec ceux qui le partagent.
Me revient ici la remarque d’une habitante de Fontenay-sous-Bois, entendue jeudi dernier. Ce soir-là se réunissait, dans la salle du Conseil municipal à l’Hôtel de ville, la commission municipale démocratie locale - ville numérique. On faisait le bilan d’un an d’expérimentation de la mise en place de nouvelles pratiques de démocratie locale à Fontenay. Au détour de la discussion, un habitant du quartier de Bois Cadet s’est fait l’écho du scepticisme des adolescents de son quartier vis-à-vis des Conseils de quartier (où ils pensent que leur parole ne sera pas prise en compte).

Entre “jeu de bonneteau” et “politique de l’autruche”, l’exécutif semble bel et bien se jouer de nos jeunes concitoyens, et s’occupe à des bricolages dont on ne peut que craindre l’effet destructeur pour la collectivité. Conjurer les effets de ce bricolage, c’est aussi la responsabilité des municipalités (le premier espace de vie des jeunes étant... la ville où ils résident).
À l’heure où le maire de Vincennes appelle ses administrés à participer à l'élaboration d'un “Agenda 21”, j'invite toutes les Vincennoises et tous les Vincennois qui se sentent concernés par cet enjeu se mobiliser, pour faire entendre à la majorité municipale cette réalité : le développement durable, c’est aussi celui d’une collectivité solidaire où tous se sentent réellement pris en compte - même les jeunes !

samedi 5 septembre 2009

Grippe A - surpoids : cruelles «leçons d’outre-mer»


En même temps que l’année scolaire
(j'aurai l'occasion d'y revenir), la France métropolitaine s’efforce préparer sa confrontation avec la possible diffusion massive du virus H1N1 sur son territoire. Actuellement, on compte environ 3000 nouveaux cas par semaine sur l'ensemble du territoire français. Dans le Val-de-Marne, où le virus est « apparu » le 24 juin, la Préfecture a annoncé ce matin huit cas avérés de grippe H1N1 dans une classe de première du lycée d'Arsonval à Saint-Maur.
L’inversion des saisons entre hémisphères nord et sud fait que certains territoires d’Outre-mer, où c’est actuellement l’hiver, sont depuis un moment en première ligne. Outre les Réunionnais, les Néo-calédoniens, massivement touchés par le virus depuis déjà plusieurs semaines, en savent quelque chose.
D’un point de vue strictement quantitatif, l’épidémie tend à s’estomper en Nouvelle-Calédonie (consultations et absentéisme scolaire en net recul). Mais l’inquiétude des professionnels de santé ne suit pas - loin s’en faut - le même mouvement. En effet, plusieurs décès ont été enregistrés à l’hôpital de Nouméa, dont ceux de deux patients jeunes ne présentant aucun antécédent de pathologie (une femme de 46 ans, et un jeune homme).

Dans ce dernier cas, c’est bien l’effet aggravant du surpoids qui semble confirmée. Clairement formulé par la communauté médicale, cet impact du surpoids - et à plus forte raison de l’obésité - sur la vulnérabilité de l’organisme face au virus H1N1 trouve un écho dans les observations faites sur le continent américain.
Dès le 7 juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé relevait ainsi qu’une « forte prévalence de l’obésité [indice de masse corporelle supérieur à 30] a été rapportée au début chez les cas très graves ou mortels par les cliniciens mexicains » L’OMS mettait aussi en avant les résultats édifiants d’un rapport récent : sur 10 patients ventilés dans des services de soins intensifs du Michigan (États-Unis), 9 avaient un indice de masse corporelle supérieur à 30 et 7 un IMC supérieur à 40 ; sur les 50 cas mortels recensés en Californie, 30 avaient un IMC dépassant 30 (dont 11 ne présentant pas de facteurs de risque connus de complications).
Si les mécanismes par lesquels surpoids et obésité interviennent dans l’action du virus sur l’organisme restent à mettre au jour, leur effet aggravant sur cette évolution apparaît avérée.

Dans cette funeste « synergie », et indépendamment même du nombre de cas, force est de voir un nouvel – et cruel – avertissement. Avertissement quant aux dangers du manque de rigueur des politiques publiques, et de ceux qui les font, face à certaines réalités - redoutables par leur caractère peu spectaculaire même, tant leur portée peut ne se révéler qu’une fois installée la situation de crise.
Deux exemples.
Le 25 février dernier (un mois avant l’apparition de l’épidémie au Mexique), dans un « post » intitulé : « Environnement et sécurité sanitaire : malgré la crise, ne pas « laisser filer » ! », je relayais une inquiétude quant aux conséquences déjà palpables de la crise (et de sa gestion par les Etats) sur la surveillance et la prévention des maladies transmissibles à l’homme par les animaux (sauvages ou d’élevage). Un peu partout à travers le monde - tant dans les pays en développement que dans les pays développés -, on constatait déjà une décroissance des budgets publics pour les postes budgétaires correspondants, considérés en quelque sorte comme “dormants”.
Le 7 mars dernier, dans un autre « post » intitulé : « Obésité infantile : pour plus d’efficacité, osons franchir un cap ! », j’appelais à prendre la mesure du problème de santé publique que représente l’obésité. Le raisonnement : cette réalité touche ou menace une part non négligeable de la population - en particulier les jeunes - ; désormais, elle frappe avec une inégalité croissante en fonction de l’origine sociale ; il faut donc dès maintenant faire l’effort de se hisser, en matière d’action des pouvoirs publics, au niveau de rigueur et d’efficacité qu’exigent l’impact de ce phénomène sur les organismes, et son évolution au sein de la population française.
J’annonçais avoir écrit le même jour à M. Patrick Beaudouin, député de notre circonscription, pour lui demander de voter pour l’adoption de l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital – alors en discussion à l’Assemblée nationale -, porteur d’un tel effort.
Dans une réponse qui avait le mérite – réel – d’exister, M. Beaudouin m’expliquait que, n’ayant pas assisté à la séance au cours de laquelle a été débattu cet amendement, il était toutefois satisfait de la position de la ministre de la santé qui avait conduit à le rejeter. Une position qu’il s’efforçait de justifier (voir mon post du lundi 20 avril, « L’ « absence attentive » de Patrick Beaudouin… »). J’avais dit la faute que constituait à mes yeux une attitude qui, manquant au principe de solidarité inter-générationnelle, « ne pren[ait] pas la mesure d’une véritable urgence ».

Les opposants à la politique plus rigoureuse des pouvoirs publics en matière de prévention de l’obésité (dont relevait l’amendement 552), avaient alors tiré argument de la crise économique. On ne pouvait, selon eux, prendre le risque d'un manque à gagner pour les annonceurs. Autrement dit : un curieux avatar du principe de précaution (au bénéfice financier de ces derniers) devait primer sur l'effort de protection (des jeunes contre surpoids et obésité).
Le vécu personnel sans doute, dont on n’est certes pas seul maître, la confrontation à certaines réalités au travers de ses activités quotidiennes, aussi, font la plus ou moins grande lucidité de chacun face à ces problématiques et à leurs enjeux.
J’aurais malgré tout souhaité que les inquiétudes et les avertissements exprimés sur ce blog – et probablement ailleurs - ne trouvent pas a posteriori une telle illustration.
Souhaitons que ceux qui ont aujourd’hui charge de nous représenter, comme de garantir les conditions de notre quotidien et de notre avenir, apprendront à entendre la part d’intérêt général dont elles sont porteuses – d’où qu’elles viennent. Et fassent leur, en matière de santé, cette exigence : « malgré la crise, ne pas « laisser filer»! »

mercredi 15 juillet 2009

« Les femmes et les enfants aussi! » ou le danger des « trapes » de vulnérabilité et d’invisibilité


Lors d’un débat interne sur la précarité il y a quelques mois, j’avais attiré l’attention sur l’existence de véritables « trapes » de vulnérabilité et de précarité, apparues dans notre société au fil des trois dernières décennies.
Des situations dans lesquelles certains de nos concitoyens en viennent à se retrouver piégés, durablement, dans des conditions de précarité ou de désavantage très incomplètement prises en compte – et amputés de tout ou partie de leurs chances de mobilité sociale ou professionnelle.
Sur une partie de cette réalité, deux diagnostics rendus publics ces derniers jours jettent un double éclairage. D’une part, le Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (remis au gouvernement par Brigitte GRESY, inspectrice générale des affaires sociales). D’autre part, le 4e rapport du Comité des droits de l’enfant de l’ONU (évaluant l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant ratifiée par la France en 1990).
En quoi les femmes et les enfants apparaissent-ils, dans notre pays, victimes de telles « trappes » de vulnérabilité et d’invisibilité ? Quelles pistes d’action ces constats mettent-ils à l’ordre du jour ?


Femmes et enfants, victimes de « trapes » de vulnérabilité et de précarité

• Prise en compte par la puissance publique, situation dans l’espace public ou le monde du travail : des « angles morts » faute de relais suffisants.
Lors de ses dernières auditions devant le Comité des droits de l’enfant de l’ONU (en 2004 et 2007), le gouvernement français avait fait le « black-out » sur l’événement, et la sourde oreille face aux remontrances que cette instance lui avait faites.
Il apparaît ainsi que les autorités françaises font une lecture restrictive de la Convention internationale des droits de l’enfant : seuls 11 articles d’application directe (sur les 54 que compte ce texte) sont actuellement reconnus dans la législation française.
En outre à ce jour, certains textes comme la loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection de l’enfance – qui constitue une avancée réelle – attendent toujours les textes d’application et les financements sans lesquels ils ne peuvent être mis en œuvre.
Ainsi, une bonne part de ce qui détermine la condition faite aux enfants dans la société française apparaît prise dans une sorte d’angle mort pour ceux qui siègent dans les instances décisionnelles compétentes – faute de relais suffisants au sein de celles-ci.
Il en va de même pour la condition faite aux femmes dans le monde du travail. Dans les entreprises par exemple, les femmes sont sous-représentées là où se trouve concentré le pouvoir organisationnel. Sur les 500 premières sociétés françaises, on compte en moyenne 8% de femmes dans les conseils d’administration et conseils de surveillance (58% ne comptant aucune femme dans leur conseil d’administration), et 13,5% dans les comités directeurs et comités exécutifs. C’est alors le fameux « plafond de verre » qui clôt la trappe.

• Enjeu de taille et révélateur significatif : la santé.
Révélateur significatif de ces « trappes » et des menaces qu’elles recèlent : la santé. Dans un système où, pour évaluer la pénibilité du travail, on continue à prendre principalement en compte la pénibilité physique et la fréquence des accidents du travail, nombre de femmes se trouvent prises dans un véritable angle mort.
En effet, les emplois majoritairement occupés par des femmes donnent moins souvent lieu à des accidents du travail. Mais ils sont aussi, globalement, plus astreignants (contrôle plus important, tâches plus répétitives, autonomie moindre…). Avec un impact significatif pour la santé de celles qui les exercent : 58% des troubles musculo-squelettiques touchent des femmes, et le risque de développer de tels troubles est supérieur de 22% pour ces dernières ; la mesure du stress est, quant à elle, supérieur de 40% en moyenne pour les femmes à ce qu’elle est pour les hommes. Des chiffres qui révèlent bel et bien l’existence d’une véritable « trape » de vulnérabilité.
Une situation qui, en termes de santé, guette également nombre d’enfants et de jeunes. En France, la pauvreté frappe plus de 2 millions d’enfants. Avec des conséquences graves en termes d’accès à la santé, mais aussi d’exposition à certaines pathologies, comme celles liées à la malnutrition et au surpoids (voir mon post du samedi 7 mars 2009).
À l’heure où déjà 1 enfant français sur 6 est obèse, et alors que l’écart se creuse entre les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux sociaux moins favorisés, la complaisance des députés de la majorité à l’égard des diffuseurs publicitaires lors de l’élaboration de la loi sur l’hôpital (s’agissant de la diffusion de publicités pour les produits à haute teneur en sucre et en graisse pendant les programmes télévisés largement regardés par un jeune public) révèle une incapacité à voir l’ampleur du danger pour nos jeunes concitoyens.

• Un enjeu malmené : la mobilité personnelle et professionnelle.
Outre la santé, ces trappes mettent en cause la mobilité de ceux qui en sont victimes – ou susceptibles de le devenir.
Ainsi le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’est-il inquiété des risques que fait peser sur les jeunes l’évolution de la législation française dans un sens toujours plus répressif. Sont montrées du doigt la répression des groupements de jeunes sur la voie publique, la mise en place des tests ADN dans le cadre du regroupement familial, les nouvelles lois sur l’immigration. Plus largement, le fait que les enfants d’outre-mer, des « banlieues », ceux issus de l’immigration, ceux des familles sans papiers, des demandeurs d’asile ou encore des gens du voyage seraient gravement pénalisés du fait de leur seule origine.
Sachant que la pauvreté a des conséquences catastrophiques en termes de conditions de scolarité, d’accès au logement, d’accès à l’emploi, quelle politique d’ampleur comparable à celle évoquée à l’instant le gouvernement met-il en œuvre pour aider les jeunes à (re)conquérir leurs chances de mobilité et de promotion sociale ?
Victimes de l’ombre portée de quelques-uns sur qui se concentre – à juste titre – et se crispe – au redoutable prix d’une moindre lucidité et d’un oubli des autres - la politique du gouvernement, des pans entiers de notre jeunesse apparaissent en outre enfermés dans une image et dans des conditions de formation qui empêchent leurs talents de se manifester pleinement – et fragilisent les fondations de leur parcours à venir.
Invisibles aux yeux de la puissance publique, certaines femmes voient de même leur trajectoire professionnelle fragilisée. Pâtissant d’un accès et d’un maintien dans l’emploi plus difficiles (au 4e trimestre 2008, le taux de chômage moyen en France métropolitaine est 8,3% pour les femmes, contre 7,3% pour les hommes) ; souffrant d’un accès plus difficile à la formation professionnelle quand elles ont des enfants (le congé parental, qui est à 98% le fait des femmes, est le plus souvent un sas vers l’inactivité ou marque une rupture dans la progression professionnelle des femmes) ; les femmes sont en outre, pour un très grand nombre d’entre elles, cantonnées dans des emplois précaires (1 sur 3 travaille à temps partiel, et 83% des salariés à temps partiel sont des femmes).
Une « trappe » dont la mise en place du RSA (se substituant au RMI et à l’Allocation Parent Isolé) pourrait verrouiller le couvercle, en « normalisant » les emplois précaires. Le RSA marque aussi un certain recul par rapport aux efforts d’individualisation des prestations sociales, dans la mesure où ce dispositif, « familialisé », risque d’encourager des femmes vivant en couple et exerçant un emploi précaire à cesser de travailler sous peine de faire perdre à leur famille l’éligibilité au RSA.


Pour déjouer le piège de ces « trapes », comment agir ?

• Cibler les moments discriminants dans un parcours personnel ou professionnel.
Par exemple, c’est entre 30 et 39 ans (moment où la charge familiale, supportée massivement par les femmes, est la plus lourde) que se joue l’essentiel d’une carrière, y compris en termes de formation. Dans ces conditions, la façon dont se fait le recours au congé parental est un facteur déterminant pour la mobilité et la progression professionnelles des femmes. C’est pourquoi Brigitte GRESY propose de réformer le congé parental dans la droite ligne de ce que prévoit l’accord européen du 18 juin 2009 : au moins 1 mois sur les 4 préconisés deviendrait non transférable à la mère.
S’agissant des enfants, j’ai déjà eu l’occasion de souligner qu’en matière de développement et de constitution de la personnalité (capital essentiel dans un parcours de formation), beaucoup voire l’essentiel se joue dès les premiers mois et années de la vie (voir mon post du 26 décembre 2008).
Cela appelle une politique globale - et active - de l’enfance. Une politique qui supposerait d’assurer le recueil de données précises (à ce jour inexistantes), d’impliquer dans une même ambition les différents échelons institutionnels, et de mettre en œuvre des moyens à la mesure de cette ambition – par exemple en ne laissant pas dormir « inactivés » les textes constituant une avancée comme la loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection de l’enfance.

• Pour réduire les « angles morts » : réaliser la « mixité active » dans les instances stratégiques.
Dans les conseils d’administration et de surveillance des entreprises par exemple, Brigitte GRESY préconise d’instaurer un objectif obligatoire de 40% d’administrateurs du sexe sous-représenté dans un délai de 6 ans – avec obligation d’atteindre un palier intermédiaire de 20% au bout de 2 ans. Cette mesure concernerait les entreprises publiques et les sociétés dont les titres financiers sont admis aux négociations sur un marché réglementé (à partir de 1000 salariés).
La mixité, ce doit être aussi une présence suffisante des jeunes dans l’espace public – y compris dans des instances dotées d’une réelle capacité d’initiative ou d’influence. Pour être active, cette mixité générationnelle doit naturellement éviter un écueil : celui d’une « sectorisation générationnelle » de l’espace public, chaque génération parlant ou agissant de son côté et non pas dans l’échange avec les autres.

• Agir global… et fort !
S’agissant de l’obésité infantile, j’écrivais il y a quelques mois : « Pour plus d’efficacité, osons franchir un cap ! ». Plus largement, franchir un cap s’impose sans aucun doute, dans le sens d’une approche résolument globale (par opposition à des initiatives ponctuelles vouées à s’enliser dans un contexte défavorable), et forte (en termes de fermeté ou de résonance). Quelques exemples.
S’agissant des enfants, et de leur droit à être protégé de certaines tentations propices à l’obésité infantile, j’ai eu l’occasion de dire en quoi, à mes yeux, l’attitude des députés de la majorité (et de Patrick Beaudouin) lors du vote sur l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital n’a pas été à la hauteur. Et même, a constitué un manquement au devoir de solidarité intergénérationnelle (voir mon post du lundi 20 avril 2009). Pour avoir une chance d’être efficace, l’interdiction des distributeurs automatiques dans les établissements scolaires devrait – entre autres – s’accompagner de celle des publicités pour des produits à forte teneur en graisses ou sucres durant les « programmes de jeunesse ».
S’agissant de l’amélioration de la condition des femmes au travail, agir global et fort, cela passe par l’affichage public d’objectifs ambitieux et des actions menées (entreprises, Etat, collectivités…). Sur quels fronts ?
Par exemple, prendre en compte les besoins des femmes anciennement bénéficiaires de l’Allocation Parent Isolé pour la prise en charge de leurs enfants. Si l’on ne veut pas les laisser « piéger » dans une sorte d’antichambre – oubliette du RSA (car elles ne pourront plus travailler), un effort s’impose en la matière.
Autres exemples : prendre en compte les besoins des parents qui travaillent en horaires décalés pour l’accueil de leurs enfants, ou encore ceux des familles – de plus en plus nombreuses – en situation de monoparentalité et / ou de précarité, en matière d’accueil des enfants préadolescents. Malgré la palette de prestations et de services existant en matière d’accueil des enfants, les besoins restent non couverts sur ce plan – et largement assumés par les femmes.

jeudi 23 avril 2009

Laurent Lafon ou la "proximité à éclipses"


Il y a quelques jours (post du lundi 20 avril), j'évoquais la posture d' "absence attentive" de Patrick Beaudouin, député de notre circonscription, résumant par cette expression l'attitude de celui-ci à l'occasion du vote sur l'amendement 552 à la loi sur l'hôpital. Les arguments avancés, je l'ai dit, accusent de graves faiblesses.
Du moins cette attitude était-elle revendiquée dans un courrier répondant à ma demande d'information. Ce qui prouve que cette demande d'un jeune citoyen a été entendue, et prise en compte - il est vrai que l'ignorer aurait constitué un fâcheux contrepoint, alors que M. Beaudouin s'apprêtait à présider une "cérémonie de citoyenneté" pour les jeunes électeurs à la mairie de Saint-Mandé!

Je n'ai pas eu cette chance avec Laurent Lafon.

On le sait, le maire de Vincennes s'évertue à afficher une sorte de "parti pris de proximité". Multipliant les démarches visant à afficher un désir de proximité avec les Vincennois de manière à entendre la diversité de leurs préoccupations (j’y reviendrai une autre fois). Ou encore, faisant de la proximité géographique un argument pour défendre la suppression du Tribunal d’instance de Vincennes - en soulignant dans la presse que Nogent-sur-Marne, c’est quasiment Vincennes.

Force est de le constater, ce "parti pris de proximité" connaît des éclipses!

Témoin, une lettre adressée au maire de Vincennes il y a plusieurs mois, concernant la refonte du système d’information dans - et sur - les CRA (Centres de rétention administrative), dont le “CRA de Vincennes” naturellement. Actuellement, on le sait, le gouvernement tend à créer un contexte propice au développement de situations contraires au respect des droits fondamentaux (voir mon post d'hier).
Cette inquiétante évolution avait conduit 260 élus de toutes tendances politiques (dont le numéro 2 du Modem et le député UMP Etienne Pinte) à interpeller le Président de la République dans une lettre ouverte parue le 30 octobre dernier. À l’évidence, tous n’étaient pas élus d’un territoire ou d’une commune “accueillant” un CRA sur leur sol. Mais tous, comme élus de la République, avaient jugé de leur responsabilité d’intervenir dans le débat public sur cette question de politique générale. Estimant notamment “qu’imposer [aux] futurs intervenants un devoir de confidentialité et de neutralité va entraver tout témoignage public sur certaines situations contraires au respect des droits fondamentaux.”
Comme habitant d'une ville dont un CRA porte le nom, j’avais souhaité connaître la position de M. Lafon et de l’actuelle majorité municipale sur cette question de politique générale qui trouve une application tristement concrète à 20 minutes à pieds du centre-ville de notre commune.
Arrivé à bon port (de source... on ne peut plus sûre !), le courrier adressé au maire de Vincennes pour cela reste à ce jour sans réponse.

Devant ce silence, trois hypothèses s’imposent au jeune citoyen que je suis...

Ou bien parmi les questions de politique générale qui se posent dans notre espace public, le respect des droits fondamentaux sur l’ensemble du territoire de la République française n’intéresse pas M. Lafon.

Ou bien, le CRA de Vincennes ne se trouvant pas sur le territoire de sa commune au sens strictement administratif du terme, M. Lafon estime ne pas devoir prendre en considération ce qui s’y passe. Dans une géographie à géométrie variable, les Vincennois sont priés de croire que Nogent (et son Tribunal d’instance) c’est déjà presque Vincennes ; en revanche pour Laurent Lafon le CRA de Vincennes (situé dans le Bois de Vincennes à 20 minutes à pied de notre mairie) se trouve, lui, tout à coup beaucoup trop loin de notre ville pour pouvoir faire l’objet d’une réflexion collective et républicaine de notre part.

Ou bien encore, totalement accaparé par une partie de ses fonctions de maire, de conseiller régional, et de président du groupe "Centre et apparentés" au Conseil régional, M. Lafon ne dispose pas toujours de la disponibilité nécessaire pour répondre toujours aux interrogations de ses concitoyens - fût-ce sur une question de cette importance.

Disons-le clairement, à l'heure où l'espace public connaît une densification sans précédent, et où la circulation accélérée de l'information nourrit la réflexion des citoyens, cette dernière explication - qui n'exclut pas les deux autres - serait compréhensible. Tout aussi clairement, elle plaide en faveur d’une pratique plus stricte du non-cumul des mandats, condition d’une disponibilité plus constante de nos élus vis-à-vis de leurs concitoyens.

lundi 20 avril 2009

L' 'absence attentive' de Patrick Beaudouin...


Début mars, 40 associations avaient signé un appel demandant aux députés de voter pour l'amendement 552 à la loi Bachelot
(par ailleurs si controversée aujourd'hui voir mon post de samedi). Concrètement, de quoi s'agissait-il ? De supprimer, au cours et autour des “émissions dont une partie importante du public est constituée d’enfants et d’adolescents”, des publicités portant sur “des boissons et des produits alimentaires manufacturés avec ajout de sucres, matières grasses, ou édulcorants de synthèse”.

Pourquoi cette initiative ?
- D’après les études médicales, 18 % des enfants de 3 à 17 ans, soit près d’un sur cinq, sont en surcharge pondérale (avec 3,5 % considérés comme obèses). Coïncidence ? 60% des enfants en rentrant de l’école regardent la télévision - où les publicités pour les aliments vecteurs de surpoids atteignent alors un "pic" en terme de fréquence.
- En février, la ministre de la Santé s'était engagée à mettre en place une mesure d'encadrement réclamée par l'INSERM, l'AFSSA, ainsi que par un récent rapport parlementaire. À savoir : lors des programmes destinés au jeune public, n'autoriser la publicité que pour les produits alimentaires ayant des teneurs raisonnables en matières grasses, sucre et sel.
Option entretemps abandonnée sans explication. Et remplacée par une charte dans laquelle les régies publicitaires s'engagent uniquement à faire de la "sensibilisation".
Utile, mais clairement insuffisant de l'avis général. En outre, en contrepartie de cette charte, il semble que les régies publicitaires aient exigé que les pouvoirs publics s'engagent à ne plus réglementer ou légiférer dans le domaine de la publicité pour les 5 années à venir.

Concerné par ce sujet (notamment pour des raisons professionnelles, et aussi en raison du rôle capital que la solidarité intergénérationnelle me paraît jouer dans le bon fonctionnement de notre société), j’avais alors, comme citoyen, adressé un courrier à M. Beaudouin, maire de Saint-Mandé et député de notre circonscription.
J’y exposais les réalités et les arguments qui plaident pour une action plus efficace en matière de prévention de l’obésité - et pour la mesure portée par l'amendement 552. Je lui demandais aussi, dans l’hypothèse où il prendrait connaissance de mon courrier trop tard, de m’indiquer s'il en était d'accord les raisons de son vote.

Dans sa réponse (en date du 30 mars), M. Beaudouin m’explique que, “retenu par d’autres obligations”, il regrette de n’avoir pu assister à la séance au cours de laquelle l’amendement a été voté. Il se dit toutefois satisfait de la position de Madame Roselyne Bachelot qui a conduit à rejeter l’amendement.
1er argument : “Un accord négocié peut en effet, parfois, se révéler plus efficace que la contrainte législative.”
2e argument, un engagement à être “très attentif à ce que les engagements pris sont tenus” (sic) : “Si ce n’est pas le cas, ou s’ils se révèlent insuffisant (sic), il sera alors temps de recourir à la loi. Telle est, d’ailleurs, la position de Roselyne Bachelot qui, après avoir rappelé que le respect de la charte [“visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision”, initiative des ...] feraient (sic) l’objet d’un suivi par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et un comité de suivi, s’est engagé à prendre des mesures plus coercitives le cas échéant”.

On ne peut qu'être d'accord avec le premier argument... sur le principe. Malheureusement, remis en contexte, le tout accuse de graves faiblesses.
Le contexte :
- l’impartialité du CSA vis-à-vis de l’exécutif fait aujourd'hui l'objet d'interrogations (mercredi 8 avril dernier, le Conseil d’Etat a annulé la décision du CSA de ne pas prendre en compte les interventions du Président de la république dans le calcul du temps de parole du pouvoir exécutif) ;
- au Royaume-Uni - où le gouvernement est pourtant réputé peu directif et “coercitif” - il y a déjà 1 an et demi que l’interdiction a été jugée nécessaire ;
- la “charte” en question ne traduit pas une volonté de "partenariat salutaire" de la part des régies publicitaires ; au contraire : elle repose sur le refus de toute limitation des publicités pour des produits alimentaires favorisant l’obésité (demandée par un nombre impressionnant d’associations, de la Société française de santé publique à l’Association nationale des Directeurs de la Restauration municipale, en passant par la FCPE, la PEEP ou encore UFC-Que choisir ).


La réponse de M. Beaudouin a le mérite - réel - d'exister. Mais sur le fond, elle ne prend pas la mesure d'une véritable urgence - tout aussi réelle -. Face aux réalités en cause, ménager les logiques mercantiles n’a aucun sens. J'y vois notamment un manquement au principe de solidarité intergénérationnelle - dimension pourtant essentielle de toute décision politique aujourd'hui.


samedi 7 mars 2009

Obésité infantile : pour plus d'efficacité, osons franchir un cap !


Si en France, l’obésité touche de nombreux adultes, l’obésité infantile constitue elle aussi un problème de santé publique à part entière!
Certes, on peut se rassurer en observant une relative stabilité depuis 2000 en termes de part de la population touchée. (Chez les enfants de 7 à 9 ans, une étude récente conclut au maintien à 3,5% pour l’obésité et 14,3% pour le surpoids.) Et se dire que, au sein de l’Union européenne, la France garde une prévalence de l’obésité et du surpoids chez les enfants parmi les plus faibles.
Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, dans notre pays, près d’1 enfant sur 6 est obèse (soit 3 à 4 fois plus que dans les années 1970). Autre évolution inquiétante : face à l’obésité et aux risques d’en être frappé, l’écart se creuse entre les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux sociaux moins favorisés ou défavorisés.
Dans ce contexte, 40 associations de médecins, pédiatres, cardiologues, spécialistes de la nutrition, restaurateurs, parents d'élèves, malades et consommateurs ont lancé mardi un appel aux députés pour réglementer fermement la publicité télévisée pour certains produits alimentaires durant les programmes télévisés destinés aux enfants et aux adolescents. (Voir mon post d’hier.)
Concerné à plusieurs titres (notamment pour des raisons professionnelles), j'ai éprouvé le besoin de faire un « point » rapide sur cette question de santé publique : quels enjeux et quels ressorts sont en cause? quels types d’action invitent-ils à privilégier?


Face à l’obésité infantile : la situation actuelle (action et écueils)

1.1. La politique de santé publique actuellement mise en œuvre. À l’heure actuelle, la lutte contre l’obésité infantile prend la forme d’une « démarche globale de prévention et d’éducation », recommandée par le Programme National Nutrition-Santé (PNNS).
Moyens mis en œuvre pour cela : de nombreux documents largement diffusés auprès des professionnels de santé comme du grand public ; pour les professionnels de santé des outils facilitant un dépistage et une prise en charge précoces du risque d’obésité, et un logiciel mis à leur disposition pour faciliter le diagnostic et le lien avec les autres professionnels et les familles.
Également, une implication accrue des collectivités territoriales (au travers de chartes spécifiques), un engagement des industriels sur la composition de leurs produits (au travers de chartes de qualité).
Décret et arrêté du 27 février 2007 (sur les messages publicitaires et promotionnels en faveur de certains aliments devant être accompagnés d’informations à caractère sanitaire). Pour les enfants, compte tenu de leurs possibles difficultés de lecture, les messages sont délivrés oralement en « encadrement » des pages publicitaires concernées. Dans un document émanant du Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports (publié dans le JO Sénat du 06/03/2008, p. 449), on peut lire que « plusieurs études réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) montrent une très grande acceptabilité d’une information sanitaire dans les messages publicitaires en faveur des boissons avec ajouts de sucre, de sel ou d’édulcorant de synthèse », et que « chez les jeunes, les résultats en termes de mémorisation, compréhension et agrément sont très largement positifs ». Résultats « bruts », en quelque sorte, j’y reviendrai. Pourtant, l’obésité infantile ne recule pas. Pourquoi?

1.2. Les limites pratiques de la prévention. Entre sa naissance et 6 ans, un enfant bénéficie de 20 consultations médicales, prises en charge à 100%. (Tous les mois de 0 à 6 mois, puis à 9 mois et à 12 mois, puis tous les 4 mois dans sa 2e année, enfin entre 2 et 6 ans une tous les 6 mois.) Mais à partir de 6 ans, on observe un relâchement. Notamment parce que la prévention et ses moyens ne sont pas, en réalité, toujours bien compris.

1.3. Les disparités territoriales en termes de moyens et des chances d’éviter l’obésité. Si les pédiatres sont nombreux dans les villes universitaires (et donc dans des régions comme PACA ou l’Ile-de-France), leur présence diminue à mesure qu’on s’en éloigne. En outre, l’évolution démographique conduit les pédiatres à déserter certaines zones ou villes, où prédominent nettement les personnes proches de la retraite ou au-delà. (Par exemple, depuis le 31 décembre 2008 il risque de ne plus y avoir de pédiatre à Montluçon.) Comment réduire l’effet de ces écueils ?

1.4. Recourir à l'interdiction est parfois nécessaire pour être efficace... Et la puissance publique, à l'occasion, sait en tenir compte. Depuis la rentrée 2005, les distributeurs automatiques de produits alimentaires ont ainsi été supprimés dans les établissements scolaires.


Les dangers, pour les personnes atteintes et dans la façon de prendre en charge l'obésité infantile

2.1. Un mal qui « ne lâche pas prise » facilement une fois qu’il a « mordu ». Pour 80% des enfants de plus de 10 ans qu’elle atteint, l’obésité persiste à l’âge adulte. En effet, l’organisme en pleine croissance des enfants reste marqué à vie par les premières habitudes alimentaires.

2.2. Un impact lourd sur la santé. Des complications métaboliques : diabète de type 2, à long terme athérosclérose (dégradation des artères), complications orthopédiques (notamment problèmes au niveau des genoux)… Des complication psychologiques peuvent s’y ajouter (perte de l’estime d soi…).

2.3. Le danger d’une approche réductrice ou « unidimensionnelle » de l’obésité. L’obésité est un phénomène complexe : difficile de dire une fois pour toute dans quelle mesure on « naît obèse » et dans quelle mesure on le devient. Plusieurs facteurs se conjuguent : alimentation (alimentation trop riche), prédisposition génétique, dans certains cas causes psychologiques (deuils par exemple, vulnérabilité particulière au marketing alimentaire et à ses dérives…). À quoi s’ajoutent, on l’a vu, des facteurs environnementaux (qualité de la présence médicale dans la zone géographique où l’on vit) et sociaux.

2.4. Le risque de l’assoupissement sous l’effet de textes rassurants à peu de frais et à l’efficacité pratique incertaine. L’existence de « chartes » ou de documents écrits ne porte, en soi, aucune garantie quant à la réalisation de leur contenu. Elle ne saurait donc exonérer de mesures concrètes, trouvant immédiatement une traduction pratique. Sous peine de laisser les modalités d’action les plus efficaces se perdre et se diluer, entre écrans de fumée et de déclarations de bonnes intentions.
Par exemple, la charte signée le 18 février dernier par les publicitaires et professionnels de l’audiovisuel, prévoyant notamment la diffusion d’émissions sur la nutrition – mais pas de suppression des publicités en cause. Les associations (…) posent avec bon sens la question suivante : contre le déferlement quotidien de publicités non régulées, quelle protection apporteront de trop rares spots éducatifs, diffusés de loin en loin (j’ajoute : et dont rien ne garantit que les téléspectateurs les regarderont et ne « zapperont » pas) ?
Au-delà, on peut craindre qu’une charte de cette nature ait aussi – surtout ? – pour objectif d’éloigner toute idée de réglementation des publicités alimentaires. Menacé, peut-être : l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital, dont la discussion à l’Assemblée devrait intervenir la semaine prochaine, et qui vise à interdire pendant les programmes jeunesse la diffusion de publicités pour les produits trop gras ou trop sucrés. Une mesure d’encadrement largement soutenue par l’opinion publique, ainsi que par l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), et par un récent rapport parlementaire (rapport de la mission parlementaire d’information sur la prévention de l’obésité, présenté le 30 septembre 2008 par Valérie Boyer devant la Commission des affaires familiales et sociales de l’Assemblée nationale).


Des pistes pour aller plus loin, plus efficacement


3.1. Renforcer la prévention de manière à ce que toutes les familles y aient davantage recours. Si l’on n’a pas de bon pédiatre près de chez soi, on peut très bien s’adresser à son médecin généraliste. Les actes de base du suivi médical sont simples : peser, mesurer, faire les courbes. Cela permet de définir l’indice de masse corporelle (IMC) de l’enfant. (Entre 2 et 6 ans, la masse corporelle doit rester stable. Si la courbe de corpulence s’écarte trop en hauteur, alors on a un risque de passage à l’embonpoint, puis à l’obésité.) Dans le carnet de santé, à chacun des grands âges de la vie de l’enfant, tous les repères sur le plan nutritionnel sont marqués. Faire connaître (ou rappeler) ces outils de base de la prévention, à la portée de tous, doit être une priorité – en liaison avec l’information sur les risques.

3.2. Coupler information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue nutritionnel, et information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue du budget familial. J’ai déjà eu l’occasion d’insister pour que l’on associe ces deux aspects des choses, lors d’une réunion à laquelle je participais cet automne dans l’établissement scolaire où je travaille (situé en Zone d’éducation prioritaire).
Les documents édités par le Programme Nutrition Santé (PNS) proposent 9 repères en matière de comportement alimentaire : au moins 5 fruits et légumes par jour ; de la viande, du poisson et des œufs, 1 à 2 fois par jour ; des féculents à chaque repas ; 3 ou 4 produits laitiers par jour ; de l’eau ; consommer sucre, matières grasses et sel en quantité limitée ; une heure d’activité physique pour les enfants.
Or, avec l’augmentation du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages (accentuée par la crise économique actuelle), il peut paraître de plus en plus difficile de respecter les conseils de nutrition élémentaires (composition, voire fréquence des repas).
Cependant, il existe des moyens de limiter le coût de l’alimentation tout en veillant à la qualité de celle-ci sur le plan nutritionnel. Par exemple en misant sur des fruits et légumes de saison, ou encore en conserves ou en surgelés (aussi valables sur le plan nutritionnels, et en général moins cher). Ou, autre exemple, en « redécouvrant » des féculents comme les lentilles. L’information, la mutualisation des savoirs (y compris entre des générations aux cultures alimentaires différentes) dans ce domaine apparaissent aujourd’hui comme des priorités pour faire reculer l’obésité y compris dans les milieux sociaux défavorisés. Dans les établissements scolaires, des « forums santé » organisés par exemple dans les endroits où les parents d’élèves attendent d’être reçus par les enseignants le jour de la remise des bulletins, y contribuent avec succès.

3.3. Pour mieux « neutraliser » les disparités sociales et géographiques, et les vulnérabilités spécifiques des enfants et des adolescents, oser recourir aux mesures fortes que cela exige.

Trois exemples.
Pour les entreprises vendeuses de produits avec ajout de sucre, le rapport propose d’augmenter la taxe sur ces publicités (en la portant de 1,5% à 5%) et de supprimer l’exonération dont ces produits peuvent profiter.
Autre exemple : supprimer les confiseries disposées au niveau des caisses dans les supermarchés, et qui exercent sur les enfants une tentation très forte quand celles-ci sont surchargées.
Enfin, comme le propose le rapport, la publicité pour les produits de « grignotage » et les boissons sucrées devrait être interdite dans les programmes télévisés largement regardés par les enfants et par les adolescents. En effet, 60 % des enfants regardent le petit écran tous les jours en rentrant de l’école, et 3⁄4% d’entre eux avouent préférer les produits promus à la télévision plutôt que ceux ne bénéficiant d’aucune pub. Les parents sont plus de 80 % à acheter les produits vus à la télévision et réclamés par les enfants. Comme le souligne la Société française de nutrition, la publicité pour les boissons et produits alimentaires trop gras, trop sucrés ou trop salés contribue ainsi à l’obésité infantile.
C’est le sens de l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital : renforcer la protection des enfants et des adolescents par l’encadrement strict de la publicité en faveur des produits à forte teneur en sucres ou en matière grasse et d’édulcorants de synthèse et en donnant au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le soin de définir les émissions qui seront concernées. En Angleterre par exemple, cela se fait depuis déjà un an et demi.


Agir pour faire reculer l'obésité infantile, c'est prendre à bras le corps des enjeux aujourd'hui au coeur de l'action politique. La solidarité entre les générations, la santé des générations « montantes » et à venir, la qualité de leur environnement (y compris, en l'occurrence, télévisuel) et du rapport qu’ils entretiennent avec lui (accepte-t-on que cet environnement mette en danger leur santé ? ou même, à terme, les ampute d'une partie de leur capacité à s'y déplacer ?)… Autant d'enjeux qui relèvent du combat pour le pouvoir-vivre !
C’est pourquoi, les députés étant appelés à discuter l'amendement 552 la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, j’ai écrit aujourd’hui au député de notre circonscription, M. Patrick Beaudouin, pour lui demander quelle est sa position sur cette importante question de santé publique. Et en particulier, pour m'associer à l'appel des 40 associations signataires et lui demander de voter pour la suppression, au cours et autour des « émissions dont une partie importante du public est constituée d’enfants et d’adolescents », des publicités portant sur « des boissons et des produits alimentaires manufacturés avec ajout de sucres, matières grasses, ou édulcorants de synthèse ».
Sur des questions de cette nature, qui doivent échapper aux clivages partisans, nos concitoyens doivent plus que jamais pouvoir trouver chez leurs élus réceptivité et fermeté!

vendredi 26 décembre 2008

“Égalité réelle des chances” : dépasser l' "approche Sarkozy" en matière de parcours scolaires... ou renoncer à faire vivre la diversité !


Il y a une semaine, mercredi 17 décembre dernier, Nicolas Sarkozy annonçait à l’Ecole polytechnique l’essentiel d’un ensemble de mesures visant à “favoriser l’égalité réelle des chances”.
Dans l’idée, il s’agirait de marquer le franchissement d’un cap, peut-être d’ouvrir une nouvelle ère dans la façon dont notre société assume sa diversité - à la fois sociale et culturelle - . Naturellement, l’un des premiers espaces où se jouera l’efficacité de la prise en charge d’un tel défi est l’espace éducatif.
D’où le volet éducatif envisagé par le Président de la République : objectif de 30% de boursiers dans chaque classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) d'ici la rentrée 2010 (Jacques Chirac avait fixé en 2005 un objectif d'un tiers de boursiers dans l'ensemble des prépas, ce qui avait permis de porter le taux de boursiers à une moyenne de 22% en 2006), et création d'"internats de la réussite" où les élèves de prépas issus des “banlieues” se verront offrir un logement et un accompagnement pédagogique.
Qu’en penser ? Replaçons la ligne politique esquissée par M. Sarkozy dans la situation que connaît aujourd’hui la France. Décalage criant entre les principes “universalistes” dont nous revendiquons collectivement l’héritage, et la peine dont nous faisons preuve à faire réellement vivre au sein de notre société la diversité dans ses différentes dimensions - voir à ce sujet la tribune intitulée “Oui à la diversité, mais à toutes les diversités, y compris le handicap”, publiée par Monique Pelletier et Edouard Braine dans Le Monde du 25 décembre -. Mécanismes à l’oeuvre dans les “banlieues” censées bénéficier des mesures annoncées. Prendre en compte ces réalités, c’est mettre au jour les limites évidentes des propositions formulées par le Président de la République, et de l’approche qu’elles reflètent face aux inégalités en matière de chances de “réussir sa vie”. Pourquoi ces limites ? Pourquoi l’approche en question apparaît-elle promise à une efficacité dramatiquement réduite, par rapport aux exigences auxquelles nous sommes confrontés ? Une ligne alternative est-elle envisageable, et si c’est le cas, autour de quels axes de travail pourrait-elle s’articuler ?

Rapportée aux exigences auxquelles nous sommes aujourd’hui collectivement confrontés face aux inégalités de chances de “réussir sa vie”, l’approche esquissée par Nicolas Sarkozy apparaît condamnée à l’inefficacité. Au mieux, à une efficacité réduite, et marginale.
Qui est censé bénéficier de l’approche appelée de ses voeux par M. Sarkozy ? Les enfants issus de milieux, sociaux et culturels notamment, ayant peu accès aux filières donnant massivement accès à la réussite professionnelle. Des filières - et donc des niveaux de responsabilité dans le monde du travail - où ces milieux sont du même coup extrêmement peu “représentés”. Dès lors, le véritable enjeu, c’est de permettre à des profils plus divers de trouver leur place et de jouer leur rôle avec de vrais chances de réussir dans ces espaces, scolaires et professionnels. Or, globalement, cela implique qu’un nombre suffisant de ces enfants et adolescents persévère dans le système éducatif jusqu’à l’âge adulte et même au-delà (argument quantitatif). Ce que rien ne garantit dans l’ “approche Sarkozy”.
Deuxième limite de cette approche : elle intervient essentiellement en surface, et à l’échelle d’ “îlots” (argument qualitatif, d’efficacité à court terme). En surface, c’est-à-dire bien tard dans le parcours scolaire des intéressés : à l’issue de l’éducation secondaire, alors que beaucoup - pour ne pas dire l’essentiel - est déjà joué. Ce sont les quotas de places réservées aux élèves boursiers dans toutes les classes préparatoires. C’est la mise en place en 2009, dans tous les ministères et les fonctions publiques hospitalière et territoriale, de classes préparatoires aux concours, à destination des élèves boursiers ou issus des quartiers. Cette approche se contente d’agir en surface aussi, dans la mesure où elle tend à provilégier l’ “effet vitrine”, au niveau d’ “îlots-vitrine”, sur le souci d’efficacité durable pour les intéressés. Garantir l’accès d’un certain nombre d’entre eux aux classes prépératoires aux grandes écoles, c’est bien. Mais l’objectif qui compte, si l’on veut vraiment faire émerger une “élite issue des quartiers”, c’est de diversifier rapidement le public des grandes écoles. Or là encore, l’ “approche Sarkozy” ne porte pas le moindre embryon de garantie.
Troisième limite : à supposer qu’elle porte ses fruits pour une partie des individus auxquels elle est destinée, l’approche annoncée par M. Sarkozy semble nous condamner, sur la durée, à perpétuer une terrible déperdition de moyens sans apporter de changement significatif en matière d’ “égalité des chances” (argument “économique” et d’efficacité sur la durée). Politique hors-sol, elle apparaît vouée à n’avoir qu’un impact très marginal sur les chances des voisins et des générations suivantes dans les “quartiers”.

Origine de ces limites prévisibles ? Les réalités en matière de développement des enfants et des adolescents, de parcours scolaires et de leurs étapes, d’impact de l’environnement quotidien sur les chances de réussite des individus.
En matière de développement et de constitution de la personnalité (capital essentiel dans un parcours de formation), beaucoup voire l’essentiel se joue dès les premiers mois et années de la vie - et pas seulement dans le cadre scolaire. Aujourd’hui d’ailleurs, un consensus se dessine pour dire que les différentes formes de pauvreté sont d’autant plus pénalisantes qu’elles affectent les premières années de la vie - de sorte que, plus l’action compensatrice est précoce et massive (avant même la scolarisation), plus les bénéfices pour l’enfant et la société sont importants. (Les rares études disponibles sur la réussite à l’école maternelle suggèrent ainsi que les inégalités cognitives entre élèves de maternelle sont non seulement d’emblée extrêmement importantes, mais ont en outre tendance à s’accentuer ensuite.) C’est que, comme le souligne Eric Maurin (Le Ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, La République des idées, Seuil, 2004), cette période de la vie inscrit dans chaque génération un ensemble d’inégalités très profondes dans la constitution même des personnes - ensuite rendues visibles à l’école puis sur le marché du travail. Or pour réussir ses études, il est nécessaire d’avoir pu bénéficier dans son enfance de conditions d’études correctes, mais aussi de conditions d’existence propices. C’est donc à ce niveau aussi qu’il faut agir en priorité.
Deuxièmement, ce qui empêche beaucoup d’enfants “issus de la diversité” (au sens culturel ou social) de bénéficier d’une formation réussie et porteuse d’avenir, c’est une crise de confiance aujourd’hui solidement enracinée. Depuis la fin des années 1990, une crise de confiance semble en effet s’être installée, notamment chez les jeunes issus des classes populaires, vis-à-vis du système éducatif. D’une part, parce qu’ils ont constaté que les études qui leur étaient “réservées” n’étaient pas celles permettant de monter dans la hiérarchie sociale. Mais aussi, d’autre part, parce que leur famille ne pouvaient pas financer ces dernières, voies de la réussite sociale - le système actuel des bourses ne changeant pas grand chose à cela. Dès lors, permettre dans une mesure significative aux jeunes issus des classes populaires de persévérer dans le système éducatif jusqu’à l’âge adulte et même au-delà, cela exige de se donner les moyens de résoudre cette crise de confiance source de blocage. À cet égard, les mesures annoncées par M. Sarkozy ne sont pas du tout à la hauteur.
Troisième réalité qui appelle un verdict sévère sur l’ “approche Sarkozy” : les effets de contexte, qui déterminent le degré d’efficacité d’une politique prétendant agir sur l’égalité des chances de bénéficier d’une formation ouvrant des perspectives de réussite. L’ “effet de contexte”, qu’est-ce que c’est ? En France, plus de 20% des inégalités devant le retard scolaire au primaire et au collège sont en réalité dues aux inégalités de voisinage social ! (cf Eric Maurin, op. cit.) En particulier, le lieu de résidence représente pour les enfants et les adolescents un enjeu plus grand encore que pour les adultes, car il conditionne les interactions auxquelles ils ont accès à un moment décisif de leur développement, personnel et intellectuel. En clair, toutes choses égales par ailleurs, un enfant vivant dans une HLM risque beaucoup plus l’échec scolaire si il habite une HLM peuplée d’enfants en échec, que si sa HLM est peuplée d’enfants ayant réussi à éviter l’échec scolaire. Ou encore, les enfants dont les parents ont fait des études courtes n’ont quasiment aucune chance d’interagir avec des enfants ou des adultes ayant dans leur famille l’expérience d’une scolarité longue - donc qu’ils envisagent pour eux-mêmes un tel destin scolaire. Par conséquent, faute d’une action suffisamment forte pour la mixité sociale (application de la loi SRU), on n’augmentera pas significativement les chances de réussite des enfants que la ségrégation territoriale pénalise dès leurs premières années. Or, ni l’actuel gouvernement ni les alliés politiques de M. Sarkozy dans les communes (que l’on pense à Laurent Lafon à Vincennes ou de Patrick Beaudouin à Saint-Mandé...) ne semblent fortement mobilisés pour une telle action.

Une autre approche est-elle envisageable, et si c’est le cas, autour de quelles axes de travail peut-elle s’articuler ?
Comme le pose très bien Eric Maurin dans l’ouvrage que j’ai déjà cité, ségrégation territoriale et déficit de mixité sociale (et de cohabitation de destins sociaux divers) contribuent lourdement à enfermer chacun dans un destin écrit d’avance. Face à cette réalité, Nicolas Sarkozy entend aider ceux que leur origine sociale - et donc souvent leur quartier de résidence - défavorise le plus, ce qui revient en grande partie à essayer d’estomper les effets de la ségrégation urbaine en dehors des territoires qui la subissent. Une autre voie est possible - et préférable. Elle consiste à promouvoir une mixité sociale accrue, à mieux exploiter l’influence du contexte social, à encourager de façon volontariste l’avènement d’une société où la pauvreté familiale ne condamne pas les enfants à vivre dans des quartiers eux-mêmes dévastés par l’échec. Pour cela, il ne faut évidemment pas attendre la sortie du secondaire pour se préoccuper des conditions faites aux jeunes issus de milieux populaires pour se former ! C’est bien avant qu’il s’agit d’oeuvrer en priorité, si l’on veut vraiment être efficace !
Concrètement, il faut nous donner les moyens d’aider au développement des enfants en les soutenant à mesure de leurs besoins dès avant leur scolarisation. L’idée d’un soutien pré-scolaire est à étudier, dans le cadre d’une politique ambitieuse de la petite enfance.
En aval, repenser le système des bourses pourrait s’avérer utile. Actuellement, ce système repose sur un saupoudrage en direction d’un nombre de bénéficiaires trop important, sans atteindre dans chaque cas un niveau suffisant pour avoir un impact réellement positif sur l’attitude vis-à-vis des études. On pourrait par exemple envisager un système fondé sur des bourses d’un montant plus important et centrées sur un nombre plus réduit de bénéficiaires. Exigence : obtenir par ailleurs des résultats suffisants pour bénéficier aux autres élèves qui, autrement, auraient eu besoin de bourses. Et donner plus aux enfants et adolescents dont les familles sont le plus démunies de ressources (en travaillant en particulier sur leurs conditions de logement).
Pour cela, on pourrait faire le choix de se déprendre de l’habitude consistant à prendre les territoires géographiques comme point d’application systématique des politiques. Dans cette logique, les politiques s’enlisent, s’épuisent. Ciblant avant tout des territoires, on s’expose à voir le dispositif s’alourdir au fil de pérennisations et de généralisations politiquement difficiles à refuser - mais qui tuent dans son principe même l’idée du ciblage tout en finissant par stigmatiser des territoires qui s’enlisent dans l’aide sociale. Dans les ZEP par exemple, on est confronté à un saupoudrage et à un insuffisant ciblage des moyens, avec des résultats cruellement faibles par rapport aux objectifs de départ et des territoires pâtissant d’une mauvaise “image”. Pour atténuer tant soit peu les effets destructeurs de la ségrégation territoriale, il faut cibler correctement les individus eux-mêmes.
Cela n’a évidemment de sens que si l’on joue à fond la carte de l’effet d’entraînement. De même que chacun souffre de la pauvreté et des échecs qui frappent son voisinage, de même chacun bénéficie des améliorations et de la réussite devenues possibles pour ses voisins. Autrement dit, toute politique sociale ou éducative diminuant les risques d’échecs dans un type particulier de famille a pour effet indirect de diminuer les risques d’échec dans les familles vivant à proximité, même si elles n’en sont pas directement bénéficiaires. Ainsi, on continuera de servir aussi les territoires et les quartiers.
Dans les établissements scolaires du secondaire (à commencer par les collèges), le travail sur l’orientation et le contenu de la “culture scolaire” appellent une réflexion soigneuse, en vue d'ajustements nécessaires. Pour bien la mettre en oeuvre, il faut impérativement tenir compte de la diversité des situations, des profils et des “missions” spécifiques des acteurs de la communauté éducative (y compris les parents d’élèves), très variables d’un secteur scolaire à l’autre. Refusant les simplifications abusives qui aveuglent, il faut notamment être à l’affût des partenariats les plus directement efficaces (y compris, encore une fois, avec les parents d’élèves comme cela est actuellement expérimenté sur un autre plan avec un projet comme “La Malette des parents” dans plusieurs collèges de l'académie de Créteil).

En résumé, cessons de raisonner en termes de “quotas” systématiques, et de perpétuer tout en le plafonnant le traditionnel (et peu fécond) saupoudrage de moyens ! Acteur de premier plan pour relever le défi de la diversité, l’éducation nationale regroupe certes des situations individuelles très contrastées et des acteurs très divers. Mais tous peuvent bénéficier collectivement d’effets d’entraînement puissants. Si l'on veut les faire jouer à plein, le moment est venu de regarder les choses en profondeur, pour articuler efficacement spécificité des situations, et dynamiques latentes - dans une politique cohérente qui ne les neutralise pas d'avance !