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jeudi 8 octobre 2009

Vincennes:l’Agenda21 miné par l’héritage de L.Lafon et de sa majorité ?


Mardi soir, à Coeur de ville, les Vincennois étaient invités à prendre part au premier “Forum 21”.
Autrement dit, le lancement concret de la démarche visant à doter Vincennes d’un Agenda 21.
Avec plusieurs militants de la section socialiste de Vincennes, nous étions naturellement présents dans les différents ateliers :
- “Lutter contre le changement climatique et relever le défi énergétique, dans une ville patrimoniale et historique” ;
- “Préserver la biodiversité, les milieux et les ressources naturelles dans une ville dense et peuplée” ;
- “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit” ;
- “Consommer et produire de façon responsable dans une ville dynamique et animée”.

Avec mes camarades de “L’Espoir à gauche”, nous étions en particulier présents dans les ateliers “Préserver la biodiversité, les milieux et les ressources naturelles dans une ville dense et peuplée”, et “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit”.
Dans ce dernier atelier, nous avons rappelé l'urgence de plusieurs priorités, sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir. Personnellement, dans la ligne de ce que je m’étais fixé (voir mon post du 20 septembre dernier), j’ai redit l'urgence de faire émerger à Vincennes un véritable espace public intergénérationnel. Aujourd’hui, Laurent Lafon et sa majorité se contentent de juxtaposer des cadres, quasiment ou totalement imperméables les uns aux autres, regroupant des Vincennois par tranches d’âge (conseil municipal des enfants ; conseil municipal des jeunes ; conseil des séniors...). C’est mieux que rien. Mais renoncer ainsi à faire se rencontrer les points de vue, de façon suivie, dans une démarche réellement intergénérationnelle... quelle perte pour le débat public et pour les Vincennois !

Revenons à l’événement lui-même. Un événement important, sur plusieurs plans.
Sur le plan historique d’abord, par son objectif. L’ “Agenda 21”, qu’est-ce que c’est ? Cette démarche, née en 1992 lors de la Conférence de Rio, consiste à élaborer un agenda pour le 21e siècle : un programme d’actions afin de s’orienter vers un développement durable de la planète, c’est-à-dire “un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”.
Au niveau local, l’ “Agenda 21” doit être l’aboutissement d’une réflexion collective à laquelle participent tous les acteurs économiques et sociaux, ainsi que les citoyens, en vue de faire converger les politiques de développement économique, de progrès social, et de protection de l’environnement.
À ce jour, 19 régions, 40 départements, 105 intercommunalités et 372 communes se sont déjà dotés de leur propre “Agenda 21”. En suivant aujourd’hui le mouvement, Vincennes affiche donc le souci d’épouser les grands enjeux du 21e siècle, certes sans pour autant innover.

Mais l’événement était important aussi sur le plan de la démocratie locale, en fonctionnant comme un révélateur impitoyable.
En effet, le 1er avril (!) dernier, Laurent Lafon avait déclaré : “Notre Agenda 21 ne sera viable que si les acteurs et les habitants se l’approprient, s’interrogent sur leurs actes quotidiens et concourent à l’élaboration des choix et à la mise en oeuvre des actions”.
Comme citoyen, on était alors tenté de compléter : “... et les habitants ne concourront à l’élaboration des choix que si ils perçoivent l’espace public vincennois comme le lieu d’une véritable démocratie participative ; c’est-à-dire un lieu où ils peuvent non seulement exprimer leurs points de vue, mais les voir ensuite peser de façon significative dans la gestion municipale”.
À cet égard, le premier Forum 21 fait figure de verdict pour Laurent Lafon et sa majorité. Les Vincennois sont pourtant sensibles aux enjeux de la solidarité intergénérationnelle et de l’éco-responsabilité. Ils l’ont clairement montré à travers la progression des socialistes lors de la dernière élection municipale (avec plus de 21% des voix la liste “Vivons Vincennes”, dont j’étais directeur de campagne, a fait entrer un élu socialiste supplémentaire au Conseil municipal), et le succès d’ "Europe Ecologie" dans notre ville lors des dernières élections européennes (plus de 25%). Mardi, malgré cet état d’esprit des Vincennois propice aux enjeux clé de l’ “Agenda 21”, l’appel de Laurent Lafon a trouvé peu d’écho. L’auditorium de Coeur de ville paraissait un peu grand, et les deux élus présents sur scène, bien lointains...

En fait, cette faible mobilisation est compréhensible : dans notre ville, les démonstrations de l’actuelle majorité en matière de démocratie participative n’ont jusqu’à présent guère convaincu. La démocratie participative ne se réduit pas à une mise en scène ; c’est une culture, ce sont des actes. Difficile de faire prendre un greffon sur un tronc sec. De la part des Vincennois, riches d’envies et d’actes en matière de solidarité intergénérationnelle et d’éco-responsabilité, on peut comprendre le manque d’entrain face à la démarche enclenchée par l’actuelle majorité municipale...
Une majorité dont, curieusement, le manque de volonté profonde en matière de démocratie participative s'exprime jusque sous la plume de Laurent Lafon. Dès les premières lignes du premier numéro de Rencontres de Quartier (le tout nouveau "journal des Rencontres de Quartier" édité par la Ville de Vincennes), l'actuel maire de Vincennes, entre concordance des temps facultative et lapsus autodestructeur, s'exprime en effet au conditionnel : "(...) la démocratie participative serait l'un des piliers de la nouvelle mandature". Dans cet emploi à "éclipse" de l'indicatif, se dit une implication à éclipses en matière de démocratie participative.

Ce probable impact des déficiences de la majorité actuelle est préoccupant pour l'avenir de notre "Agenda 21". C’est d’ailleurs ce que soulignait le document de travail remis aux participants à l’atelier “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit”. Parmi les conditions requises “pour relever le défi” dans ce domaine, ce document met en avant celle-ci : “Connaître “sa” population et ses besoins existants et émergents”.
Une exigence particulièrement prégnante quand il s’agit de réfléchir, par exemple, à l’ “accès” au loisir (autre exigence mise en évidence “pour relever le défi”). Parce que la part des chômeurs et des bénéficiaires de minima sociaux dans la population d’une ville fixe, naturellement, la hauteur des efforts à fournir à ses habitants en matière de frais d’adhésion ou d’inscription aux associations donnant accès aux loisirs (au travers de subventions notamment).
Or, comme d’autres participants, j’ai été stupéfait de constater que certains chiffres fournis, lointains ou approximatifs, empêchaient toute réflexion sérieuse dans ce domaine. Exemple : “7% de chômeurs en 2007”. Il y a 2 ans, donc. Et aujourd’hui, avec la crise économique dont on sait qu’elle touche aussi le Val-de-Marne (voir mon post d'avril 2009 Val-de-Marne: les "forces vives" en première ligne face à la crise), et risque d’affecter durablement la situation de l’emploi ? Autre exemple : “Environ 3% de RMIstes ou bénéficiaires des minima sociaux”. Je me suis permis de poser cette question de bon sens : ces chiffres datent-ils aussi de 2007 ? sinon, de quand ? L’animatrice n’a pas su nous répondre. De la municipalité (à commencer par les élus présents sur scène pour l’ouverture du Forum 21), on aurait pu attendre quelques rectificatifs sur des chiffres aussi essentiels. Sauf à se résigner à ce qu’une partie des Vincennois se trouvent, comme trop de nos concitoyens, piégés dans une sorte de "trape", un véritable angle mort (voir mon post du mercredi 15 juillet).

Pour éviter cela, une forte présence des Vincennois dans leur diversité, et en particulier dans leur diversité sociale, est capitale ! Même si cela exige d’oublier, momentanément, le bilan visiblement peu encourageant de Laurent Lafon et de sa majorité en matière de démocratie participative !

dimanche 20 septembre 2009

Jeunes: l'inquiétant bricolage de l’exécutif


Le 26 août dernier dernier, j’exprimais une “satisfaction de principe” quant au projet de loi, présenté en conseil des ministres, portant notamment ouverture du Conseil économique et social à des représentants des jeunes et des étudiants (voir “Ouverture aux jeunes” du Conseil économique et social : essai “marqué”... mais à transformer ).
De cet apparent souci de prendre mieux en considération les réalités vécues par les jeunes, on pourrait presque voir une confirmation dans la possible extension du revenu de solidarité active (RSA) aux jeunes actifs âgés de 18 à 25 ans ayant travaillé au moins deux ans dans les trois dernières années.
Problème : en cette période de rentrée, plus nombreux sont les signes qui démentent la réalité d'un tel état d'esprit.

En août déjà, je remarquais le nombre très réduit des futurs représentants des jeunes et des étudiants au sein du nouveau "Conseil économique, social et environnemental" (4 sur... 233 membres). Je pointais aussi plusieurs indices d'un manque de détermination de l'actuelle majorité (du Président de la république à notre député Patrick Beaudouin) à prendre en considération réellement les difficultés, les besoins et les aspirations de tous les jeunes.

À présent, c’est la suppression de la Défenseure des enfants que l’on annonce. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de saluer le travail effectué par celle-ci pour réduire les trappes d’invisibilité et de vulnérabilité qui menace nombre de jeunes français. J'avais en effet pu personnellement apprécier l’ouverture et la réelle capacité de dialogue de madame Dominique Versini, à l’occasion d’une matinée de travail au Conseil économique et social (voir mon post du 19 juin dernier “La parole partagée, outil politique privilégié et source de plaisir”). Son courage et son intégrité aussi lorsqu'à la fin du mois d'août elle n’avait pas hésité, bien qu’issue des rangs de la droite, à dénoncer la situation faite aux enfants dans les Centres de rétention administrative (voir mon post du 21 août, Voeux de rentrée... pour une fin de “vacance”).
Est-ce la récompense de ce courage et de cette intégrité ? ou de cette ouverture au dialogue ? Cette interlocutrice facilement identifiable pour les enfants (ne serait-ce que par l'intitulé de sa fonction) et à eux entièrement consacrée, semble aujourd’hui appelée à disparaître. D’après un projet de loi organique révélé ces derniers jours, sa fonction se trouverait fondue parmi les différentes attributions d’un “défenseur des droits”, auquel reviendraient en outre les attributions hier prises en charge par le médiateur de la République, mais aussi par l'actuelle Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). Bon courage à ce “défenseur” pour trouver le temps et la disponibilité nécessaire pour égaler le travail accompli jour après jour par la Défenseure des enfants... et aux jeunes français pour trouver leur chemin jusqu’à ce nouvel interlocuteur !

Une absence d’interlocuteur auquel l’exécutif prend soin, rendons-lui cette justice, d’habituer certains jeunes Français par ailleurs. En particulier les collégiens et collégiennes des quartiers "sensibles".
On sait que le rectorat de Créteil a mis en place une cellule d’assistance aux chefs d’établissements, pour les aider à faire face aux difficultés de cette rentrée (cas de grippe A, postes d’enseignants non pourvus...). Dans ce dernier cas, il s’agit de pallier aux problèmes nés de la réduction continue du recrutement d’enseignants sur concours.
Dans un collège par exemple, un professeur “titulaire” absent de manière prolongée (arrêt maladie, etc.) est normalement remplacés par un “tzr” (enseignant recruté par le même concours, à disposition permanente de l’Education nationale, mais pas encore affecté dans un établissement de façon “définitive”, et ayant donc vocation à faire des remplacements). Comme l’Education nationale n’a plus assez de “titulaires” ni de “tzr”, elle fait appel à des “contractuels” ou à des “vacataires” (n’ayant pas passé de concours de l’Education nationale, mais moins coûteux, notamment parce qu’ils n’ont pas de congés payés).
Problème : ceux-ci ne postulent que s’ils en ont envie. Or là où les conditions de travail laissent à désirer (par exemple, en Seine Saint-Denis), ils sont moins nombreux à postuler. Si bien qu’en ce moment, le rectorat (qui s’assure tout de même que les “candidats” réunissent un certain nombre de compétences avant de les embaucher) n’arrive plus, même ainsi, à répondre aux besoins ! Traduction dans la salle de classe : des élèves sans professeur.

Autre espèce d'interlocuteurs “en voie de disparition” : les éducateurs de la Protection judiciaire pour la jeunesse.
Ces éducateurs, fonctionnaires du ministère de la Justice, suivent les mineurs en difficulté (délinquants mineurs ou jeunes en danger) de manière à leur permettre de devenir autonomes (notamment en construisant avec eux un projet d’orientation). Où les trouve-t-on ? Dans les centres d’action éducative en milieu ouvert (CAEMO), où ils prennent en charge des mineurs maintenus dans leur famille (ils les aident à résoudre leurs problèmes familiaux, les guident dans leur scolarité en les rencontrant régulièrement, les soutiennent en période de crise). Ou bien dans les foyers d’hébergement (psycho-éducatifs, scolaires ou professionnels) qui accueillent des mineurs en danger ou délinquants placés par le juge.
Problème : les travailleurs de la PJJ connaissent actuellement une situation peu propice à cette mission, au point que certains font le parallèle avec ce que connaissent depuis quelque temps les salariés de Renault et de France Télécom.
La PJJ a en effet engagé une vaste réorganisation administrative, dans un contexte de durcissement de la législation pour les mineurs (depuis 2007). Concrètement, les éducateurs doivent concentrer leur travail sur les mineurs délinquants et ne plus s'occuper des mineurs victimes, qui relèvent de l'aide sociale dans les départements. En outre, la PJJ souffre d'un déficit d'hébergements en région parisienne.
Résultat : une grande souffrance chez les personnes travaillant pour la PJJ. Au point que mardi dernier, une directrice départementale s’est jetée par la fenêtre de son lieu de travail - une chute à laquelle elle a heureusement survécu. D’après les premiers témoignages, cette fonctionnaire n’est pas une personne fragile. En revanche, elle a attribué son geste à une véritable “maltraitance institutionnelle”, se plaignant de devoir “appliquer tout très vite”, “faire et défaire en permanence”. À un vrai “conflit de loyauté” aussi : ancienne éducatrice, elle se demandait comment les éducateurs feraient désormais pour s’occuper des mineurs avec toutes leurs nouvelles tâches.

Ce grand mouvement de passage à la moulinette (ou d’enfouissement) d’interlocuteurs compétents et disponibles pour les enfants et les jeunes pose gravement problème, pour au moins deux raisons.
Dans un contexte d’explosion du chômage des jeunes (et de montée du chômage en général), nombre d’enfants et d’adolescents se trouvent - ou risquent de se trouver - pris dans des situations familiales difficiles, ou dans une crise de confiance déstabilisante vis-à-vis de l’école, de la collectivité en général, et de l’avenir.
Face à cette situation, mettre en crise la Protection judiciaire de la jeunesse, casser la continuité éducative dans les établissements les plus sensibles, camoufler au point de probablement la rendre invisible la Défenseure des enfants, sont de la part de l'exécutif des choix qui laissent perplexe.
Par ailleurs, au niveau local, la France manque d’espaces permettant aux jeunes de se faire réellement entendre de ceux qui font leur quotidien (au travers de décisions politiques ou de votes au Parlement), et d’échanger avec ceux qui le partagent.
Me revient ici la remarque d’une habitante de Fontenay-sous-Bois, entendue jeudi dernier. Ce soir-là se réunissait, dans la salle du Conseil municipal à l’Hôtel de ville, la commission municipale démocratie locale - ville numérique. On faisait le bilan d’un an d’expérimentation de la mise en place de nouvelles pratiques de démocratie locale à Fontenay. Au détour de la discussion, un habitant du quartier de Bois Cadet s’est fait l’écho du scepticisme des adolescents de son quartier vis-à-vis des Conseils de quartier (où ils pensent que leur parole ne sera pas prise en compte).

Entre “jeu de bonneteau” et “politique de l’autruche”, l’exécutif semble bel et bien se jouer de nos jeunes concitoyens, et s’occupe à des bricolages dont on ne peut que craindre l’effet destructeur pour la collectivité. Conjurer les effets de ce bricolage, c’est aussi la responsabilité des municipalités (le premier espace de vie des jeunes étant... la ville où ils résident).
À l’heure où le maire de Vincennes appelle ses administrés à participer à l'élaboration d'un “Agenda 21”, j'invite toutes les Vincennoises et tous les Vincennois qui se sentent concernés par cet enjeu se mobiliser, pour faire entendre à la majorité municipale cette réalité : le développement durable, c’est aussi celui d’une collectivité solidaire où tous se sentent réellement pris en compte - même les jeunes !