mercredi 1 avril 2009

Val-de-Marne : les "forces vives" en première ligne face à la crise


Avec +4,2% de chômage en 1 mois, les effets de la crise commencent clairement à se faire sentir dans le Val-de-Marne. Certes, cela se traduit encore de façon moins spectaculaire que dans d'autres territoires : le tissu économique val-de-marnais étant très diversifié, les difficultés sont très réparties. N’empêche, la crise est bel et bien là, et elle commence à atteindre les forces vives de notre département.


En termes de structures économiques, les petites entreprises apparaissent en première ligne (en particulier dans le bâtiment, la métallurgie, les services aux entreprises et l’immobilier).
Plusieurs de ces entreprises ont vu leur activité baisser sensiblement et ont dû mettre une partie de leurs salariés au chômage technique, si bien que celui-ci a explosé (de 600 journées indemnisées par l’Etat pour la période janvier-février 2008, on est passé à 7709 journées en janvier-février 2009, soit +1184% !).
Exemple : Acument Global Technologies à Bonneuil-sur-Marne (entreprise sous-traitante dans l’industrie automobile).
Autre exemple : l’usine Renault à Choisy-le-Roy (spécialisée dans la rénovation de smoteurs, les boîtes de vitesse, les pompes à injection et les culasses) où ce mois-ci, 47 employés (sur 430) ont été touchées par du chômage partiel.
Pour le moment, les PME val-de-marnaises sont moins touchées, et beaucoup d’entreprises réussissent encore à régler la tension sur leur trésorerie au travers de licenciements individuels.
Mais pour certaines, le versement du deuxième tiers des cotisations sociales (le 5 avril) risque d’être un cap délicat.

Sur le plan humain, les jeunes adultes sont en première ligne. Les chiffres sont sans ambiguïté : entre janvier 2008 et janvier 2009, le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a augmenté de 23% (+12,5% pour les femmes, +34% pour les hommes). Pire : dans des quartiers défavorisés classés parmi les 700 zones urbaines sensibles, le nombre de jeunes inscrits au chômage a augmenté de 57%, et il a doublé pour les diplômés bac+3 et plus.
Au-delà des chiffres, les acteurs “de terrain” sont témoins de cette évolution et de ses effets. Par exemple, après l’agression d’un instituteur par un jeune père de famille de 29 ans à l’école Eugénie-Cotton de Bonneuil, jeudi dernier, Hélène Houguer (secrétaire départementale du syndicat enseignant Snuipp) expliquait la multiplication d’incidents de ce genre par - entre autres - un contexte économique délicat pour certaines familles, “pour lesquelles la moindre difficulté (en l’occurrence, voir son enfant puni pour s’être bagarré avec un autre élève) devient alors rapidement insurmontable”.


Dans ce contexte, faire corps avec nos forces vives s'impose. Comment ? Quelles perspectives d’action pour cela ? Comme souvent, les efforts sont sans doute à déployer sur plusieurs plans.

Sur le plan économique. L’Etat doit prendre sa part, et semble décidé à le faire. Il a ainsi demandé à l’Inspection départementale du travail de créer 3399 emplois aidés dans l’année ou sur le premier semestre 2009 (selon le type de contrat, contrat initiative emploi, contrat d’accompagnement dans l’emploi, contrat d’avenir).
Autres alternatives aux licenciements selon Elisa baillon (inspectrice du travail chargée des restructurations dans notre département) : le recours au chômage partiel, ou encore des périodes de formation en partie financées par l’Etat.

Mais les mesures “brutes” annoncées (notamment par Nicolas Sarkozy mardi dernier à Saint-Quentin) ne peuvent pas suffire. Agir s'impose aussi sur le plan politique (au sens "basique" de ce qui touche à la vie de nos concitoyens dans l'espace public, et aux rapports qu'ils peuvent entretenir entre eux dans au quotidien).
Ainsi, il faut clairement préserver l’espace et le temps laissé aux personnes pour se reconstituer, pour tisser jour après jour avec leur environnement (social, humain...) un lien mis à rude épreuve par les tensions qui travaillent leur quotidien (notamment professionnel). C’est ce que je soulignais l’été dernier, après le rehaussement du plafond du nombre de jours travaillés pour les cadres, dans une tribune adressée avec un camarade de Bonneuil au journal Le Monde. C’est une des lignes de force de ce que, avec d'autres, nous appelons une “politique du pouvoir-vivre.
Par exemple, ménager des espaces de dialogue - et cesser de fermer ceux qui existent - s’impose, y compris en-dehors du lieu de travail. Pour Hélène Houguet, si l’impact de la crise entraîne un surcroît de tension entre parents et institution scolaire, cela est aggravé par la suppression du samedi, qui auparavant était un moment de rencontre et de dialogue avec les familles. D’où “des incompréhensions qui font que les choses s’enveniment plus rapidement”.
Plus largement, il est capital de préserver les espaces et les moments où se crée du lien social et affectif. Où l’on peut prendre le temps de s'entendre, et de se comprendre. Où l’on doit pouvoir trouver des chances de reprendre pied, quand le quotidien se fait houleux.

Comment ? Voilà une question, très concrète, qui sans aucun doute mérite notre travail - et pourquoi pas l'amorce d'une action. Et si ça commençait par là, ce que j’appelais il y a quelques jours “la politique par la preuve” ?