samedi 14 novembre 2009

Régionales : les socialistes galvanisés se mettent en ordre de bataille


Les habitués de ce blog s'en sont aperçu : même si le PS est ma famille politique, je n’hésite pas à dire quand il appelle la critique. Ainsi du rythme - à mon avis trop lent - et de l’ouverture - selon moi insuffisante - sur la base desquels se fait le travail visant à construire un projet véritablement renouvelé, adapté aux défis nouveaux, pour notre pays et nos concitoyens (voir mon post PS - travail : retour sur une fin de semaine contrastée du 23 octobre). Ou, il y a quelques mois, du manque de clarté de notre message pour les élections européennes (voir mon post du samedi 4 avril et celui du lundi 18 mai Européennes : pour la "2e mi-temps", soyons mobilisés, clairs... et ouverts !).

Cela dit, je suis heureux quand je sens les socialistes capables de tenir pleinement leur rôle dans l'espace public ! Cela semble être le cas aujourd'hui, dans la perspective des élections régionales. À exactement 4 mois du premier tour de ces élections, le PS apparaît galvanisé, concentré, et se met tranquillement en ordre de bataille. Certes, il n'a pas retrouvé le flot de militants auquel la campagne présidentielle avait donné lieu. Les réunions de travail ne rassemblent pas des foules. Mais les militants présents ont, clairement, envie de travailler, et le moment venu d’en "découdre". Loin de les laisser groggys, le coup de massue des européennes semble les avoir galvanisés.
C’est ce dont témoignait, paradoxalement, la réunion de travail à laquelle j’ai participé jeudi soir à Créteil, à la fédération PS du val-de-Marne. Il s’agissait d’une réunion préparatoire à notre campagne pour les régionales en matière de transports. Peu de présents (une dizaine), mais des échanges concrets, nourris et constructifs. Vigoureux, aussi - ce qui est bon signe ! Une volonté commune - et palpable -, de convaincre et de construire ensemble - c’est-à-dire avec les Val-de-marnais.
Animée par mon ami Amir Ben Merzoug de Champigny-sur-Marne (secrétaire fédéral à la Riposte et aux Questions de société), cette réunion a bénéficié des interventions de Christine Revault d’Allonnes (conseillère régionale) et de Fabrice Labroille (chargé de la commission “Transport et circulation” au sein du groupe socialiste au Conseil régional).
Pour ma part, utilisateur quotidien des transports en commun dans le Val-de-Marne et en petite couronne (en moyenne banlieue aussi quand j’habitais dans l’Essonne), chargé notamment des questions de transports dans la préparation de notre campagne municipale en 2008, j'ai mis en avant ce que me semblait devoir être l'axe fort de notre campagne dans ce domaine.
S’agissant du contenu de cette séance de travail, j’en réserve la primeur aux militants de la section de Vincennes - je l’ai promis à notre secrétaire de section !

Vendredi soir, une fois n’est pas coutume, je n’ai pas pu prendre part à la réunion mensuelle de la section PS de Vincennes. Des engagements personnels m’en ont tenu éloigné. Avant ce changement de dernière minute, j’avais prévu de faire part à mes amis vincennois de ma candidature à la liste socialiste dans le Val-de-Marne pour les prochaines élections régionales. J’avais en effet appris quelques jours avant sa validation par notre fédération. C’est donc par un texte, adressé à eux, que je leur ai expliqué l’esprit de cette candidature.
N’ayant guère de goût, à ce stade de mon parcours militant, pour m'insinuer dans les rouages intimes de la fédération ; n’étant pas déjà titulaire d’un poste qui me donnerait un poids particulier - le non-cumul strict fait même partie de mes combats politiques -, et le PS n’ayant pas encore - loin s'en faut - parachevé sa rénovation sur ce plan, je ne nourris pas d’espoirs déraisonnables quant aux chances qu’a cette candidature d’aboutir. Pourquoi dès lors l’exprimer, me direz-vous ?
La réponse est dans la question : pas pour décrocher une place.
Pour apporter à notre campagne dans le Val-de-Marne ce que, à ce stade de mon parcours militant et citoyen, je sais pouvoir lui apporter. Des atouts-clés, dans le contexte très sensible où va se dérouler cette campagne, pour la rendre à la fois percutante contre la droite, et convaincante pour nos concitoyens dans leur diversité. C’est ce que j’ai expliqué aux socialistes vincennois, dans le texte ci-contre.

L’essentiel en tout cas, c’est la campagne, et c’est de la gagner. De la gagner, bien sûr, avec les Val-de-marnais ! Ce qui exige de ne pas manquer, cette fois, le rendez-vous avec nos concitoyens. Pendant la campagne des européennes, comprenant qu’il se passait quelque chose dans le paysage politique, sentant que des changements importants étaient en train de s'y produire, j’avais beaucoup circulé dans notre département. J’avais ressenti le besoin d’entendre les approches se confronter, les val-de-marnais s’exprimer, dans leur diversité. D’où mon choix de participer au maximum de réunions publiques donnant lieu à des débats ouverts et pluralistes (voir mon post Européennes : pour bien choisir... comparez ! du 31 mai dernier).
Revers de la médaille : tout en étant présent sur le terrain à Vincennes, je l’avais moins été que lors des campagnes précédentes (présidentielle, législative, municipale) où j’avais c’est vrai un rôle important à jouer (comme coordinateur des actions de terrain, puis comme directeur de campagne). Au bout du compte, après avoir vécu douloureusement une campagne - celle du PS - dont j’avais perçu rapidement qu’elle était en décalage avec la “nouvelle donne” politique - et que pour cette raison notamment elle ne mobilisait guère les militants -, j’avais vécu le résultat de cette campagne en témoin peiné - situation pour laquelle mon tempérament ne me donne guère de goût -.
Alors pour cette campagne, mon choix est fait ! Bien entendu, je serai le plus disponible possible pour un dialogue ouvert et franc, dans la proximité, avec nos concitoyens. Sans cette dimension, l’action politique n’a, à mes yeux, pas de sens.
Si je suis appelé à faire partie de la liste socialiste pour le Val-de-Marne, l’esprit d’équipe au niveau départemental sera naturellement de mise. Je porterai le projet socialiste pour l’Ile-de-France là où cet esprit d’équipe m’engagera à aller dans le val-de-Marne (réunions publiques, débats contradictoires, distributions de tracts...).
En tout état de cause, avec les socialistes à qui cela tient à coeur, je ferai tout mon possible pour mener dans notre ville une campagne qui nous permettra de faire mieux qu’aux européennes - et si possible de renouer avec nos résultats précédents !


mardi 10 novembre 2009

Des murs... et de l’art de les faire tomber


Hier, nous célébrions le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Cette commémoration, avec ce qu’elle symbolise, trouve de multiples échos dans l’actualité. Offrant ainsi plusieurs lectures. J’en choisis une - peu originale j'en conviens : le rôle capital, dans la construction de l’Histoire et de la communauté internationale, de l’art qui consiste à faire “tomber les murs”.

S’agissant du mur de Berlin, on pense naturellement aux chefs d’Etat dont l’action concertée a permis que la chute se fît, et se fît sans bain de sang : George Bush père (alors président des Etats-Unis), Helmut Kohl (le “chancelier de la réunification”), François Mitterrand, Mikhaïl Gorbatchev. Lech Walesa aussi, d'une certaine façon.
Par une de ces coïncidences dont le sort a le secret, cette commémoration coïncide à quelques jours près avec la disparition de Claude Lévi-Strauss, et le retour sur l’enseignement de son oeuvre auquel elle a donné lieu. Et notamment, ce message universaliste, revenant à faire tomber mentalement quelques murs : par-delà les frontières mouvantes des Etats, l’humanité tout entière est structurée par des mécanismes universels ; comprendre les sociétés humaines, tisser entre elles les rapports constructifs qui font avancer l’Histoire, ouvrent l’avenir - et progresser ceux qui s’y engagent -, cela passe aussi par la prise en compte de cette réalité.
Une réalité dont certaines occasions privilégiées permettent de faire l’expérience. Ainsi de la visite rendue aujourd’hui à mon ami Yao Metsoko. Peintre togolais, celui-ci est actuellement en résidence à “La Butte Pinson”, domaine situé à Pierrefitte-sur-Seine (à la frontière de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise). Le site, magnifique, fait tout à coup tomber la frontière entre monde urbain et monde rural (c’est aussi une ferme pédagogique). De même, l’art de Yao fait ressentir, sous un habillage qui tresse les matériaux comme les univers culturels de référence, les forces et les flux qui irriguent en profondeur l’humanité. De quoi nourrir, sinon revitaliser la notion - au coeur de notre devise républicaine - de “Fraternité”.

Faire tomber un mur, me direz-vous, ne suffit pas à faire surgir quelque chose de l’autre côté. C’est vrai. Savoir inventer, créer ensemble, cela fait partie intégrante de l’art de “faire tomber les murs”. Quelques champs de travail stratégiques, ou d'occasions intéressantes...
Ainsi la réunification européenne, à laquelle la réunification allemande avait ouvert la voie, demeure-t-elle à réussir. À ce jour, elle est le plus souvent ressentie par les peuples d’Europe comme subie plus que voulue - alors qu’elle aurait dû être un grand projet fédérateur, marquer la naissance d'une nouvelle Europe, voire d'une Europe-puissance. Notamment faute de leaders entraînants et convaincants incarnant une volonté générale. Faute aussi d’un projet politique clair.
En matière de pratique politique, la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 avait vu, à l’initiative de Ségolène Royal - d'ailleurs présente à Berlin lundi soir -, le Parti socialiste faire tomber le “mur” qui trop souvent le coupe de nos concitoyens. Un mur, soyons juste, dont il n’a pas le monopole ! Surcroît de mobilisation, retrouvailles avec une partie de l’électorat le plus modeste et des jeunes : un rassemblement, beau et porteur d’avenir parce que résolument en prise avec ce qui se passe en-dehors de l’ “appareil”, s’était alors encenché. Assumé avec fierté - avec sa dimension participative -, conjugué avec un travail de fond pour construire un projet politique capable de cristalliser un rassemblement progressiste - ce qui implique notamment que se tienne enfin la "convention sur le nouveau modèle de développement" que doit présider Pierre Moscovici -, ce rassemblement est un des chemins de l’alternance en 2012.
Plus spécialement en Ile-de-France et sur le plan culturel... Je rappellerai seulement qu’à la fin de la semaine s’ouvre le festival Africolor - qui fête lui aussi ses 20 ans. Organisé du 13 novembre au 20 décembre, en partenariat avec le Conseil régional d’Ile-de-France, il passera notamment à Bonneuil-sur-Marne. Une autre façon de rendre hommage - un spectateur “dépaysé” se faisant irrésistiblement acteur - à ceux qui “font tomber les murs”, de faire vivre leur art - et ce qui peut en naître !

dimanche 8 novembre 2009

La Poste est "partout", mobilisons-nous pour qu'elle y reste !


Passage éclair devant mon clavier, après une semaine chargée qui m'en a tenu éloigné (et m'a malheureusement empêché de rendre en temps voulu à Claude Lévi-Strauss l'hommage qui s'impose)...


En début de semaine, retour de Lille, ville que je découvrais et dont j’ai pu apprécier la programmation audacieuse sur le plan culturel : spectacle désopilant de la compagnie théâtrale du Prato à l’ancienne gare Saint-Sauveur, rétrospective Peter Klasen (pionnier du mouvement de la “Figuration narrative” en peinture) au Tri postal... Rentrée arrivée à toute allure (comme toujours !), et même avec un jour d’avance (réunion à Stains jeudi). Quelques parenthèses "enchantées", tout de même, au fil de la semaine - la vie reprenant ses droits !

Jeudi soir, réunion publique à Villejuif sur le thème : «L'avenir de La Poste : quelle entreprise pour quel service public ?». Organisée par le Collectif villejuifois pour la défense de la Poste (composé de citoyens de la ville, d'ATTAC, de la CGT, des Verts, du NPA, du MRC, du PCF, du PG, du PS, des élus communistes partenaires et citoyens et des élus socialistes et apparentés), cette réunion a bénéficié d’une mobilisation étonnante - visible dans la salle - vu le moment de la semaine.
Et aussi d’intervenants complémentaires et de qualité, à savoir Danielle LINHART (sociologue du travail, membre de l’observatoire du stress ... de France Télécom), Bruno TINEL (économiste), et Mostefa SAFI (agent de La Poste).
Aspects de la question abordés : les évolutions délétères à craindre en cas d’ouverture de capital (a fortiori en cas de privatisation), ou déjà observées depuis quelques années, du point de vue de la qualité du service pour les usagers de La Poste, des conditions de travail pour les agents de La Poste, et du point de vue des réalités économiques et budgétaires.

Écho - lointain ! - de la visite faite au “Tri postal” de Lille... Mais surtout, prolongement de la mobilisation politique et citoyenne pour l’avenir du service public postal. Marquée dès novembre 2008 devant la Poste centrale de Créteil, rejointe dans notre département par le PS et révélée dans son ampleur par la “votation citoyenne” le mois dernier (plus de 2 millions de votants dans toute la France, 70 000 dans le Val-de-Marne), prolongée par le rassemblement de la semaine dernière devant le Sénat... cette mobilisation garde toute sa force.
Une force qui n’a rien de surprenant, et qui dit l’attachement de nos concitoyens au service public postal, à ce qu’il symbolise en termes de valeurs républicaines (égalité d’accès, égalité de traitement...) et au-delà à la cohésion territoriale !

Le sujet n'a pas manqué de s'inviter hier soir au Krêmlin-Bicêtre (je vous recommande la brasserie "La Comète" !), parmi beaucoup d'autres, dans les échanges qu'avec des amis bloggeurs val-de-marnais nous avons pu avoir avec un conseiller régional PS d'Ile-de-France. Un moment de convivialité passionnant et stimulant !

mardi 3 novembre 2009

Odéon, Bamako : deux horizons, "une" exigence


C’est entendu, le monde est entré dans une nouvelle ère. Des observateurs aussi avisés que Pierre Moscovici ou Hubert Védrine, dans leurs derniers ouvrages, le soulignent assez. Et chacun de nous, dans son quotidien même, le perçoit.
Nouveau rythme et nouveaux modes de diffusion des communications et de l’information grâce aux nouvelles technologies de la communication et de l’information. Prise de conscience qu’un rapport nouveau à notre environnement doit advenir. Prise de conscience de ce que la seule croissance ne suffit pas à rendre heureux - y compris sur les territoires qui en bénéficient globalement -, et que d’autres éléments pèsent lourd dans le bonheur d’une population...
De cela découlent certaines obligations. Et notamment, d’urgence, revitaliser et inventer les bons repères (valeurs, pratiques, connaissances) à partir desquels aborder les rapports entre les espaces et ceux qui les peuplent. Sur notre propre territoire, comme vis-à-vis des autres pays et continents.


Pour certains, empoigner ce défi, cela passe avant tout par un débat sur l’identité nationale. Sur ce débat, j’aurai l’occasion de revenir, mais une autre fois. Parce que, en ce qui me concerne, “mon” actualité fait que le travail a, d’ores et déjà, pris une autre forme. Avec des horizons d’action fort divers (ne serait-ce qu’en termes de distance !) : les régions françaises dans la diversité de leurs territoires et de leurs populations ; le Mali, comme pôle d’un dialogue interculturel ambitieux. Mais à partir d’un repère fort, fil d’Ariane reliant en profondeur ces horizons d’action : l’exigence de solidarité entre les territoires.


Hier, ma soirée a donc commencé aux abords du Sénat, rue Rotrou, avec ceux de nos concitoyens qui s’étaient mobilisés pour l’avenir de la Poste au moment où les sénateurs examinaient le projet de loi portant changement de statut de celle-ci.
Citoyens, associatifs, militants syndicaux, militants politiques... Nous étions plusieurs centaines à faire entendre une double exigence : celle d’une solidarité irréductible entre les territoires - forme de “fraternité” au coeur selon nous du pacte républicain, fondateur de l’identité nationale sur le plan politique - ; celle d’une association renouvelée, plus effective et plus profonde, des citoyens au processus d’élaboration de certaines décisions stratégiques, touchant au coeur de ce qu’ils ressentent comme leur patrimoine commun - y compris sur le plan des valeurs censées régir les rapports entre eux -. D’où l’appel, solidaire, à la tenue d’un référendum sur l’avenir de la Poste.
Ayant vécu avec tristesse, l’hiver dernier, la faible ampleur de la mobilisation devant la poste centrale de Créteil, j’ai ressenti avec bonheur l’intensité et la diversité du rassemblement d’hier soir - en particulier la présence du parti socialiste, désormais pleinement parti prenante dans ce combat.

Ma soirée s’est prolongée à Saint-Ouen, pour une réunion de travail pour un projet d’échange culturel avec le Mali. Au coeur de ce projet, à la genèse duquel j’ai participé depuis l’année dernière, une double conviction : la culture traditionnelle d’un pays comme le Mali regorge d’enseignements sur les rapports possibles, plus harmonieux, entre l’homme et son environnement naturel ; les nouvelles technologies, loin d’enfermer chacun dans une orbite d’autant plus étroite que l’avalanche d’informations - y compris les plus anecdotiques - tend à la saturation et entrave la prise de recul, peuvent contribuer à un dialogue en profondeur entre les cultures les plus différentes.
Au fondement de ce projet, une aspiration. Plus : une exigence vis-à-vis de soi-même, comme citoyen. Contribuer à faire émerger de nouveaux rapports, radicalement et réciproquement solidaires, non seulement entre les populations, mais aussi entre les territoires et les cultures dont ils sont porteurs. À l’appui de cette aventure : la diversité d’âges, de parcours, de compétences, de ceux qui ont choisi de s’y engager.


N’abordons pas le 21e siècle repliés sur nous-mêmes, “forts” d’un état d’esprit étriqué ou timoré qui, immanquablement, finirait par déteindre sur les comportements de chacun et par amoindrir notre force collective. C’est aussi dans des aventures humaines de cette nature, vécues à ces différentes échelles, que réside le creuset de la “nouvelle” citoyenneté. Celle qu’appelle le monde nouveau dans lequel, désormais, nous vivons - et à la vie duquel nous devons participer avec force.

vendredi 23 octobre 2009

PS - travail : retour sur une fin de semaine contrastée


Retour sur la fin de semaine dernière. La question du travail et des conditions de travail des salariés y ont été au coeur des échanges auxquels j’ai pu, comme militant socialiste, prendre part. J’y ai contribué. J’en retire une impression contrastée.

Travail, conditions de travail et salariés au coeur de la réflexion des socialistes, donc. Vendredi soir, à Vincennes, c’était l’AG mensuelle de notre section locale. Parmi les points à l’ordre du jour j’avais demandé, relayant les demandes de nombreux de nos camarades (notamment de “L’Espoir à Gauche”), que l’on prenne le temps de prendre à bras le corps ce sujet. Parce qu’il est d’une actualité criante, qui, vis-à-vis de nos concitoyens, nous interdit de regarder ailleurs. Plus profondément, parce qu’il est au coeur de ce qui fait notre engagement commun, à nous socialistes. Histoire de notre pensée politique, sensibilité partagée face à ce dont est tissé le quotidien de nos semblables : notre responsabilité singulière est évidente. Au programme, du coup : un débat sur “la souffrance au travail”.
Samedi matin, ceux qui souhaitaient compléter et prolonger cette réflexion pouvaient se rendre à la journée de travail organisée par le PS à “La Bellevilloise”. Une journée intitulée : “Au travail pour l’emploi !” À la différence d’autres journées de travail (comme celle du printemps dernier consacrée aux PME qui à part quelques invités rassemblait exclusivement des socialistes), celle-ci s’annonçait comme une “journée de débat et de propositions avec l’ensemble des partis de gauche et des syndicats”. Pour être honnête, je n’ai pu être présent que le matin.
Le week-end a donc commencé pour moi par une promenade sportive du côté de Ménilmontant, avant d’enchaîner sur le discours inaugural de Harlem Désir, puis la table ronde “Comment protéger les salariés victimes de la crise ? Quels changements pour demain ?”, animée par Alain Vidalies (secrétaire national du PS à l’emploi et au travail). (Intervenants : Alain Vidalies, Thierry Lepaon membre de la commission exécutive de la CGT, Dominique Corona secrétaire national à la formation syndicale UNSA, Marcel Grignard secrétaire général adjoint CFDT, Pascale Gérard secrétaire nationale PS à la formation professionnelle et à la sécurité sociale professionnelle).

Au cours de ces deux moments de travail, j’ai entendu beaucoup de choses intéressantes. Certaines que j’avais déjà entendues, d’autres avec lesquelles j’étais d’accord, d’autres vis-à-vis desquelles j’avais des réserves (y compris à l’occasion parce que je ne les comprenais pas !). Au total, les échanges ne m’ont pas paru manquer de consistance. Ni de sincérité, ce qui sur un tel thème est déjà, d'une certaine façon, un signe de bonne santé pour le PS.
Pourtant, je l’ai dit, comme militant j’ai retiré de cette fin de semaine une impression mitigée. Plaisir de voir ma famille politique retrouver les chemins d’une de ses missions premières : penser un progrès qui se décline aussi dans le quotidien des travailleurs. Plaisir aussi de voir, dans le travail de réflexion mené pour cela, se négocier un tournant nécessaire et qu’avec d’autres j’appelais il y a quelque temps maintenant dans mon travail Pour une politique du pouvoir-vivre : celui qui consiste à rechercher le progrès non seulement dans les “conditions de travail” (temps de travail, conditions de rémunaration, etc., autrement dit le cadre à l’intérieur duquel les salariés exercent leur activité), mais aussi dans le contenu du travail lui-même (ce qui se fait et ce qui se passe sur le lieu de travail, durant une journée de travail, en termes de tâches, de relations de chacun avec son environnement, etc.).
Plaisir donc, mais aussi frustration. Dans le même temps où il annonce le rassemblement, l’appareil du PS, il faut le reconnaître, peine encore à mobiliser ses propres “troupes”. C'est-à-dire les militants. Or la “renaissance” (nécessaire et urgente) du Parti socialiste passe aussi par là.
De même, cette “renaissance” exige de faire émerger, sinon déjà de nouvelles idées, du moins des perspectives inédites. Comme autant de sillons où des idées nouvelles trouveraient, pour germer, un terreau propice. Cela ne s’est pas produit samedi. J’ai entendu beaucoup de choses intéressantes. Beaucoup de choses que j’avais entendues déjà en juin dernier. Je suis reparti (certes avant la fin) avec trop peu de pistes de travail nouvelles, à mon avis parce qu’il y a eu trop peu de débat. Trop peu de passion, aussi.
Pourquoi ? Mon sentiment : les interlocuteurs se connaissaient trop. Ils se sont trop habitués les uns aux autres. Et en même temps, on le sent bien, une partie d’entre eux se jaugent, à l’approche d’un rendez-vous électoral - les élections régionales - qui sera le premier à la veille duquel tout le monde aura conscience des transformations profondes qui travaillent actuellement le paysage politique français - et avaient déjà commencé à le travailler durant la campagne des élections européennes. Chacun s’apprête à “se compter”. Résultat : tous sont réunis dans une même salle, mais sur le plan des idées chacun reste dans son orbite traditionnelle, égrenant sans surprise analyses et propositions déjà formulées - pas encore essayées, par la force des choses. On sait quelle importance revêt pour moi la capacité du PS à agir avec ces partenaires historiques et naturels que sont les autres formations de gauche et les syndicats. Mais comment, dans ces conditions, attendre la passion que peut seul faire sourdre dans le débat le sentiment que, en France, un changement de rapport de forces politique est imminent - et donc, qu’à travers les analyses et propositions confrontées c’est demain que nous créons ?

Décidément, il s’avère désormais difficile de séparer audace dans les “partenariats de réflexion” (dans les lieux et les moments consacrés au travail sur le fond), et efficacité pour mettre au jour les chemins d’un projet politique nouveau et potentiellement majoritaire en France !
De l’audace dans les “partenariats de réflexion”, qu’est-ce à dire ? Notamment deux choses : oser prolonger le dialogue engagé cet été, à Marseille, avec non seulement Daniel Cohn-Bendit et Robert Hue, mais aussi Marielle de Sarnez. Cette dernière ne représentait pas tant le Modem - pas plus que Robert Hue le Parti communiste -, qu’elle n’exprimait une sensibilité politique et des aspirations ? Tant mieux. C’est la garantie d’une liberté, d’une énergie plus grandes dans les échanges, sans risque de sceller à la légère quelque alliance que ce soit. Et cela permet d’éviter de tout confondre, travail de fond et “stratégies d’alliance” à la veille d’une élection.
L’audace, c’est aussi nourrir notre travail d’échanges suivis et francs avec... les Français. Le “tour de France” entamé par Martine Aubry va, de ce point de vue, dans le bon sens. Mais on peut s’interroger sur sa portée et sur l’ampleur de son apport à la vigoureuse mobilisation intellectuelle qui s’impose au PS, si cette démarche de la Première secrétaire devait ne pas être relayée, localement, par sections et fédérations. Pour agir dans ce domaine, pour oser “sortir de nous-mêmes”, la campagne des élections régionales va nous ouvrir un espace. Notre bilan - qui en Ile-de-France, comme ailleurs, est bon - doit servir non seulement d’argument de campagne, mais surtout de point d’appui pour aller avec confiance au-devant de nos partenaires logiques dans l’espace public... à commencer par nos concitoyens ! Oser s’impose, et d’urgence, car ainsi que le souligne Pierre Moscovici dans son dernier ouvrage, “le compte à rebours pour 2012 est déjà entamé” !


vendredi 16 octobre 2009

Jeunes et règle républicaine: une rencontre fondatrice sacrifiée par l’exécutif


Hier soir, au cinéma “Le Vincennes”, le collectif RESF Vincennes - Saint-Mandé organisait une projection-débat autour du documentaire “Sans papier ni crayon”, de Marie Borelli. Ont suivi des échanges intéressants, animés par trois intervenants : Miguel Benassayag (psychanaliste et philosophe), Yoram Mouchenik (psychologue-psychotérapeute et anthropologue), et Emmanuel Terray (philosophe).

Les réflexions ont tourné notamment autour de deux questions :
- quelle signification et quelle portée le traitement fait aujourd’hui à ces enfants scolarisés de parents sans-papiers, a-t-il pour la société française ?
- doit-on renoncer à toute idée de "règle" dans ce domaine ?



J’ai eu la chance de pouvoir prendre part au débat (et de remercier le collectif pour cette soirée et les pistes de réflexion qu’elle a pu contribuer à ouvrir). Pour moi, la réflexion sur ce sujet doit impérativement faire une place centrale à la notion de "règle", qu'on ne peut pas évacuer sous peine de fausser le débat.
Cela posé, le traitement fait aujourd’hui aux enfants de sans-papiers sur le territoire français
a, me semble-t-il, une portée profonde et une grave signification pour la société française et le pouvoir qui la gouverne.
Pour résumer, il révèle, de la part de l’exécutif, un choix politique global : celui de sacrifier la rencontre entre futurs (ou jeunes) citoyens et éthique républicaine - pilier d'un modèle durable de “vivre-ensemble”. Il révèle aussi, de la part de responsables politiques locaux complaisants, le choix d’encourager cette politique.

De cela, l’actualité témoigne. Par exemple avec la suppression annoncée et brutalement amenée, à l'initiative de l'exécutif, d'une importante institution de la République : la Défenseure des enfants, chargée de veiller au respect sur le territoire français de la Convention internationale des les droits de l’enfant (signée par la France en 1989). Une suppression qui intervient au moment même où l’on s’apprête à célébrer les vingt ans de cette convention... et où la Russie elle-même se dote d’un Défenseur des enfants. C'est fouler aux pieds une institution qui, j'en ai été le témoin direct, contribue à les initier les jeunes à la règle et aux pratiques républicaines (voir mon post du 19 juin dernier).

Plus généralement l’exécutif, au travers de messages contradictoires, fragilise la crédibilité - et même la réalité - que la règle républicaine peut avoir aux yeux des jeunes français.
Saluant la main sur le coeur la naissance des lycées en 1802, “geste fondateur” qui “signifiait très concrètement la fin des privilèges de la naissance”, et posant les bases d’une France républicaine où ce qui comptait pour réussir, “ce n’[était] plus d’être bien né, c’[était] d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve par ses études de sa valeur”.
Et propulsant, de l’autre main, enfants et jeunes en des places - et d'une manière - que l’éthique et la règle républicaines récusent.
Enfants scolarisés, dont le seul "tort" est d'avoir suivi des parents aujourd'hui en situation irrégulière sur le sol français, poussés dans des centres de rétention administrative. Jeunes encore scolarisés, dans des taudis ou dans la rue. Dans les deux cas, au mépris de textes de droit censés s’appliquer sur le territoire de la république française ou reconnus par celle-ci.
Jeune à peine plus âgé (23 ans), encore scolarisé (2e année de droit) et dont le seul “tort” est d’être né d’un père devenu depuis Président de la république, poussé vers la tête de l’EPAD (établissement public chargé d’aménager, pour le compte de l’Etat et des collectivités locales concernées, le site de La Défense - actuel premier quartier d’affaires européen, soit 160 hectares où se gèrent des milliards d’euros).
Tenons-nous en à cet aspect des choses : si la tradition républicaine veut que dans les conseils d’administration des établissements publics les fonctionnaires ne votent pas pour élire le président, à l’EPAD depuis 10 ans les 9 fonctionnaires membres du conseil d’administration - nommés par l’exécutif - prennent part à cette élection.

Dans ces scènes contrastées, dont le théâtre s’appelle Centre de Rétention Administrative pour les uns, pour un autre “Cursus de Réussite Accélérée”, se lit en filigrane un message:

“C’est la Règle Abolie”...


Piégés eux-mêmes, ou témoins de ces scènes - tantôt déchirantes, tantôt aberrantes, en tous cas révoltantes - qui se jouent autour d’eux, quelle idée cohérente de l’éthique républicaine ces jeunes ou futurs citoyens peuvent-ils construire ? Comment dès lors s’approprieraient-ils les règles sous-tendues par cette éthique ? Est alors menacé de délitement un lien fondateur pour le "vivre-ensemble" : le lien que chacun noue, au fond de lui-même et dès l'enfance, avec la règle républicaine et ce qui la fonde.


Ce choix politique et le délitement dont il est porteur, certains responsables politiques tendent de fait à l'encourager. Par leur cécité devant le "spectacle" ainsi généré par l'exécutif. Cécité sélective, donc volontaire. Observateurs et auditeurs assidus de leurs “leaders”, ils ne semblent ni voir ni entendre ce qui se passe à quelques minutes de leur mairie ou de leur circonscription, ou au bout de la ligne de métro qui dessert leur ville. Ou encore, regardent ailleurs.
J'en ai fait la malheureuse expérience au sujet du CRA de Vincennes (voir mon post Laurent Lafon ou la "proximité à éclipses").
Faut-il y voir, à cet égard, une farce cruelle faite par Le Parisien à notre maire, ou une sorte de lapsus de la part de ce dernier ? En “une” du numéro d’aujourd’hui de ce quotidien, s’affichent “51% des sympathisants de droite [...] en désaccord avec la probable élection de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad”. Dans le cahier central, Laurent Lafon applaudit des deux mains Nicolas Sarkozy... en proclamant son “sout[ien à] la vidéothèque en ligne”.


Placement d’enfants dans les Centres de Rétention Administrative (au mépris du primat de “l’intérêt supérieur de l’enfant” dans toute décision officielle concernant celui-ci, proclamé par l’Etat en signant la Convention internationale des droits de l’enfant dont c’est là l’article 3.1) ; propulsion d’un jeune, arraché aux bancs de l’université, dans un inédit “Cursus de Réussite Accélérée” ; jeunes et futurs citoyens acculés à constater que la devise de l’Etat, de “Liberté, Égalité, Fraternité” tend à devenir : “C’est la Règle Abolie !” ; responsables politiques proclamant, dans un mutisme assourdissant, “Courage, Regardons Ailleurs !”...
Mieux vaut prévenir que guérir. Ce triste "jeu" politique, si on scrute avec vigilance ses probables prolongements, si l'on est attentif aussi au ressenti et à l’intérêt de ceux qui ont à en vivre les conséquences au quotidien, ne peut que soulever en nous une exigence. Une exigence en forme de refus :

“Contre la République Abolie !”



mercredi 14 octobre 2009

Val-de-Marne: l'Université populaire de l'eau et du développement durable ouvre sa session 2009-2010

Hier soir, à Ivry-sur-Seine, s’est ouverte la session 2009-2010 de l’Université populaire de l’eau et du développement durable. Le premier cycle de conférences porte sur la problématique population - démographie - développement durable.
Au programme de la première conférence, très intéressante (à la fois précise sur le plan technique, et claire sur le plan des grandes lignes d’analyse) : “Démographie mondiale : sommes-nous ‘trop nombreux’ ?”. L’intervenant était le démographe Henri Leridon, professeur au Collège de France (chaire développement durable, environnement, énergie et société).
Prochains rendez-vous : “La faute à l’Inde et à la Chine ?”, avec Frédéric Obringer, chargé de mission au CNRS et Membre du Conseil de laboratoire du Centre d’Études sur la Chine Moderne et Contemporaine (mardi 20 octobre) ; projection-débat du film “Sous les pavés la terre” (de Thierry Kruger et Pablo Girault), avec Antoine Foucher, directeur des campagnes de Greenpeace et Serge Orru de WWF (mardi 10 novembre) ; “Climat et migrations”, avec Hélène Flaure Députée européenne, présidente de la Sous-commission aux droits de l’Homme de 2004 à 2009, membre de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (mardi 17 novembre).

jeudi 8 octobre 2009

Vincennes:l’Agenda21 miné par l’héritage de L.Lafon et de sa majorité ?


Mardi soir, à Coeur de ville, les Vincennois étaient invités à prendre part au premier “Forum 21”.
Autrement dit, le lancement concret de la démarche visant à doter Vincennes d’un Agenda 21.
Avec plusieurs militants de la section socialiste de Vincennes, nous étions naturellement présents dans les différents ateliers :
- “Lutter contre le changement climatique et relever le défi énergétique, dans une ville patrimoniale et historique” ;
- “Préserver la biodiversité, les milieux et les ressources naturelles dans une ville dense et peuplée” ;
- “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit” ;
- “Consommer et produire de façon responsable dans une ville dynamique et animée”.

Avec mes camarades de “L’Espoir à gauche”, nous étions en particulier présents dans les ateliers “Préserver la biodiversité, les milieux et les ressources naturelles dans une ville dense et peuplée”, et “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit”.
Dans ce dernier atelier, nous avons rappelé l'urgence de plusieurs priorités, sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir. Personnellement, dans la ligne de ce que je m’étais fixé (voir mon post du 20 septembre dernier), j’ai redit l'urgence de faire émerger à Vincennes un véritable espace public intergénérationnel. Aujourd’hui, Laurent Lafon et sa majorité se contentent de juxtaposer des cadres, quasiment ou totalement imperméables les uns aux autres, regroupant des Vincennois par tranches d’âge (conseil municipal des enfants ; conseil municipal des jeunes ; conseil des séniors...). C’est mieux que rien. Mais renoncer ainsi à faire se rencontrer les points de vue, de façon suivie, dans une démarche réellement intergénérationnelle... quelle perte pour le débat public et pour les Vincennois !

Revenons à l’événement lui-même. Un événement important, sur plusieurs plans.
Sur le plan historique d’abord, par son objectif. L’ “Agenda 21”, qu’est-ce que c’est ? Cette démarche, née en 1992 lors de la Conférence de Rio, consiste à élaborer un agenda pour le 21e siècle : un programme d’actions afin de s’orienter vers un développement durable de la planète, c’est-à-dire “un développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”.
Au niveau local, l’ “Agenda 21” doit être l’aboutissement d’une réflexion collective à laquelle participent tous les acteurs économiques et sociaux, ainsi que les citoyens, en vue de faire converger les politiques de développement économique, de progrès social, et de protection de l’environnement.
À ce jour, 19 régions, 40 départements, 105 intercommunalités et 372 communes se sont déjà dotés de leur propre “Agenda 21”. En suivant aujourd’hui le mouvement, Vincennes affiche donc le souci d’épouser les grands enjeux du 21e siècle, certes sans pour autant innover.

Mais l’événement était important aussi sur le plan de la démocratie locale, en fonctionnant comme un révélateur impitoyable.
En effet, le 1er avril (!) dernier, Laurent Lafon avait déclaré : “Notre Agenda 21 ne sera viable que si les acteurs et les habitants se l’approprient, s’interrogent sur leurs actes quotidiens et concourent à l’élaboration des choix et à la mise en oeuvre des actions”.
Comme citoyen, on était alors tenté de compléter : “... et les habitants ne concourront à l’élaboration des choix que si ils perçoivent l’espace public vincennois comme le lieu d’une véritable démocratie participative ; c’est-à-dire un lieu où ils peuvent non seulement exprimer leurs points de vue, mais les voir ensuite peser de façon significative dans la gestion municipale”.
À cet égard, le premier Forum 21 fait figure de verdict pour Laurent Lafon et sa majorité. Les Vincennois sont pourtant sensibles aux enjeux de la solidarité intergénérationnelle et de l’éco-responsabilité. Ils l’ont clairement montré à travers la progression des socialistes lors de la dernière élection municipale (avec plus de 21% des voix la liste “Vivons Vincennes”, dont j’étais directeur de campagne, a fait entrer un élu socialiste supplémentaire au Conseil municipal), et le succès d’ "Europe Ecologie" dans notre ville lors des dernières élections européennes (plus de 25%). Mardi, malgré cet état d’esprit des Vincennois propice aux enjeux clé de l’ “Agenda 21”, l’appel de Laurent Lafon a trouvé peu d’écho. L’auditorium de Coeur de ville paraissait un peu grand, et les deux élus présents sur scène, bien lointains...

En fait, cette faible mobilisation est compréhensible : dans notre ville, les démonstrations de l’actuelle majorité en matière de démocratie participative n’ont jusqu’à présent guère convaincu. La démocratie participative ne se réduit pas à une mise en scène ; c’est une culture, ce sont des actes. Difficile de faire prendre un greffon sur un tronc sec. De la part des Vincennois, riches d’envies et d’actes en matière de solidarité intergénérationnelle et d’éco-responsabilité, on peut comprendre le manque d’entrain face à la démarche enclenchée par l’actuelle majorité municipale...
Une majorité dont, curieusement, le manque de volonté profonde en matière de démocratie participative s'exprime jusque sous la plume de Laurent Lafon. Dès les premières lignes du premier numéro de Rencontres de Quartier (le tout nouveau "journal des Rencontres de Quartier" édité par la Ville de Vincennes), l'actuel maire de Vincennes, entre concordance des temps facultative et lapsus autodestructeur, s'exprime en effet au conditionnel : "(...) la démocratie participative serait l'un des piliers de la nouvelle mandature". Dans cet emploi à "éclipse" de l'indicatif, se dit une implication à éclipses en matière de démocratie participative.

Ce probable impact des déficiences de la majorité actuelle est préoccupant pour l'avenir de notre "Agenda 21". C’est d’ailleurs ce que soulignait le document de travail remis aux participants à l’atelier “Assurer la cohésion sociale, la solidarité et l’épanouissement de tous dans une ville attractive qui rajeunit”. Parmi les conditions requises “pour relever le défi” dans ce domaine, ce document met en avant celle-ci : “Connaître “sa” population et ses besoins existants et émergents”.
Une exigence particulièrement prégnante quand il s’agit de réfléchir, par exemple, à l’ “accès” au loisir (autre exigence mise en évidence “pour relever le défi”). Parce que la part des chômeurs et des bénéficiaires de minima sociaux dans la population d’une ville fixe, naturellement, la hauteur des efforts à fournir à ses habitants en matière de frais d’adhésion ou d’inscription aux associations donnant accès aux loisirs (au travers de subventions notamment).
Or, comme d’autres participants, j’ai été stupéfait de constater que certains chiffres fournis, lointains ou approximatifs, empêchaient toute réflexion sérieuse dans ce domaine. Exemple : “7% de chômeurs en 2007”. Il y a 2 ans, donc. Et aujourd’hui, avec la crise économique dont on sait qu’elle touche aussi le Val-de-Marne (voir mon post d'avril 2009 Val-de-Marne: les "forces vives" en première ligne face à la crise), et risque d’affecter durablement la situation de l’emploi ? Autre exemple : “Environ 3% de RMIstes ou bénéficiaires des minima sociaux”. Je me suis permis de poser cette question de bon sens : ces chiffres datent-ils aussi de 2007 ? sinon, de quand ? L’animatrice n’a pas su nous répondre. De la municipalité (à commencer par les élus présents sur scène pour l’ouverture du Forum 21), on aurait pu attendre quelques rectificatifs sur des chiffres aussi essentiels. Sauf à se résigner à ce qu’une partie des Vincennois se trouvent, comme trop de nos concitoyens, piégés dans une sorte de "trape", un véritable angle mort (voir mon post du mercredi 15 juillet).

Pour éviter cela, une forte présence des Vincennois dans leur diversité, et en particulier dans leur diversité sociale, est capitale ! Même si cela exige d’oublier, momentanément, le bilan visiblement peu encourageant de Laurent Lafon et de sa majorité en matière de démocratie participative !

dimanche 4 octobre 2009

"Rencontres démocrates" : chronique d'une quinzaine placée sous le signe d’un double défi - renouvellement et démocratie


Retour à mon clavier après une quinzaine chargée. Chargée, et placée sous le signe d’un double défi : renouvellement, et démocratie. Réaliser l’un comme l’autre est décidément un combat! Réaliser l’un et l’autre apparaît souvent, particulièrement ces temps-ci, comme un seul et même combat. Pas plus facile pour autant à bien mener, et à gagner! Bref retour sur une quinzaine exigeante, et instructive, à cet égard.


Mardi 22 septembre, à Créteil : réunion à la fédération du PS val-de-marnais sur les projets “Grand Paris” et “Paris Métropole”. Une réunion intéressante, animée par notre camarade Jean Francheteau (président de la Commission université des savoirs), avec des interventions de Jean-Paul Planchou (vice-prsident de la Région Ile-de-France) et Fabien Ansel (secrétaire fédéral de Paris, membre du cabinet d’Anne Hidalgo, en charge de Paris Métropole et enjeux régionaux). En arrière-plan de chacun de ces projets, une ambition : renouveler les dynamiques et les synergies à l’oeuvre dans la zone constituée par Paris et ses proche et moyenne banlieues. Différence majeure (entre autres) entre ces deux projets : le caractère plus ou moins démocratique de leur élaboration, puis de leur mise en oeuvre éventuelle. J’y reviendrai une autre fois.

Samedi et dimanche derniers : assemblée générale extraordinaire d’Amnesty international (section française), pour élaborer et voter les nouveaux règlement intérieur et statuts de l’association. Un week-end de travail qui se tenait au centre des congrès de la Cité des sciences et de l’industrie à La Villette, et auquel je participais comme délégué de mon groupe (Vincennes, Saint-Mandé, Fontenay-sous-Bois). Parmi les enjeux forts du débat et de la réflexion : comment assurer le renouvellement de l’association (éviter le cumul des mandats dans le temps pour les “cadres”, favoriser l’investissement accru des jeunes...) ? comment garantir une réelle capacité d’expression et d’influence des acteurs de terrain (en particulier les jeunes) ?

Mardi : votation citoyenne sur l’avenir de la Poste, à Pierrefitte-sur-Seine (Seine Saint-Denis). Geste symbolique, à l’heure où, en matière d’intégration républicaine, l’Etat semble désinvestir certaines parties du territoire dont celle-ci. Cela se voit d’ores et déjà en matière de sécurité, tandis que par un système de “vases communicants”, les enjeux de sécurité auxquels sont confrontés les habitants de la Seine Saint-Denis concernent aussi les habitants du Val-de-Marne. En effet, depuis le 14 septembre dernier, la Préfecture de police de Paris (PP) gère elle-même les déplacements des effectifs de police en tenue, non seulement intra muros, mais également dans les Hauts-de-Seine (92), la Seine-Saint-Denis (93) et le Val-de-Marne (94).

Mercredi : AG de rentrée du groupe 96 d’Amnesty dont je fais partie, à Vincennes. Parmi les sujets abordés, bien sûr, la disparition annoncée de la Défenseure des enfants, à la veille du 20e anniversaire de la Convention internationale sur les droits de l’enfant (voir mon post du 24 septembre). Une initiative qui rappelle, de façon cruelle, que le renouvellement du paysage institutionnel se fait aussi quelquefois à rebours des enjeux démocratiques. C’est-à-dire de la capacité de chacun à faire entendre sa voix dans l’espace public – et en l’occurrence, à en devenir pleinement acteur.

Jeudi : à Vincennes, conférence du philosophe et historien Marcel Gauchet (invité à parler de l'éducation par l'association "Rencontres démocrates", à la maison des associations). L'occasion d'échanges très intéressants, notamment sur la place de l'autorité dans l' "école" telle qu'elle est aujourd'hui (institution scolaire, moyens, élèves, communauté éducative...). Profitant de l'occasion pour confronter ma propre expérience à la hauteur de vue et à l'expertise de M. Gauchet, j'ai apprécié de trouver un interlocuteur attentif et précis, au propos simple et riche à la fois. Un sentiment qui m'a paru largement partagé dans l'assistance, dont j'ai regretté de ne pas pouvoir partager la chance jusqu'au bout !
Le même soir à Vincennes, vote militant pour la “rénovation” du PS
. Malgré des réserves sur la formulation ambiguë de certaines questions, et donc leur portée concrète, j’ai le sentiment que cette consultation peut être un point de départ utile. Mais auquel on ne saurait s’en tenir. Au-delà d’une rénovation, tout le monde le sait, c’est une véritable renaissance qui s’impose aujourd’hui au PS. C'est d'ailleurs ce qu'avait affirmé Martine Aubry, dans sa première déclaration comme première secrétaire du Parti socialiste (Déclaration officielle de Martine Aubry, nouvelle Première secrétaire du PS, le 23 novembre 2008). Cette renaissance, elle exige d’oser la radicalité. Autrement dit : savoir aller à la racine, pour parler juste et agir fort.
À la racine du PS, il y a des valeurs, à réexplorer sans cesse pour voir quelles approches, quelles actions concrètes elles appellent dans l’époque présente. Le 150e anniversaire de la naissance de Jaurès (le 3 septembre dernier) en était une belle occasion, à mes yeux manquée par le PS.
À la racine de l’ “appareil” du PS, il y a des sections, des militants, des sympathisants. Dans la nécessaire renaissance du PS, c’est en réalité eux, le levier majeur. La preuve : le questionnaire sur lequel ils viennent de voter. Par leur vote massif pour une transformation en profondeur du PS lors du Congrès de Reims, les militants socialistes ont fait basculer ceux qui s’opposaient à cet élan... dans la démarche qu’il appelait. Essai marqué : à transformer... si l’aptitude à la radicalité est encore dans les “gènes” du PS.
À la racine des réalités sociales - et pas seulement des votes -, il y a des personnes. Il y a urgence à leur refaire une place majeure dans notre travail... ce qui implique de prendre le temps de les rencontrer, et pas seulement en période de campagne électorale !

Samedi après-midi, à Vincennes, accueil de nos concitoyens désirant s’exprimer sur l’avenir de la Poste (dans le cadre de la “Votation citoyenne”), au côté de camarades communistes, verts, « Parti de gauche », et d’autres socialistes bien sûr!
Un combat qui, en ce qui me concerne, n’est pas nouveau. Dès novembre dernier, avant que le PS ne rejoigne le mouvement, j’avais ainsi participé au rassemblement départemental contre la privatisation de la Poste devant la poste centrale de Créteil, puis “milité” au sein de ma famille politique pour que nous ne restions pas spectateurs de ce débat.
Origines rurales, refus de laisser s’installer, sur le territoire de notre république, des “angles morts” où l’on oubliera les besoins d’une partie de nos concitoyens : voilà, entre autres, ce qui fait mon attachement au service public de la Poste.
Constat aussi de ce qui se passe ailleurs en Europe, quand la poste a été privatisée. Échangeant cet après-midi avec un Italien de passage à Vincennes, j’ai appris qu’en Italie, où la Poste a déjà été privatisée, le délai s’est allongé entre l’arrivée du courrier dans les bureaux de poste et sa réception par les destinataires... au point que l’on n’appose plus de cachet indiquant la date d’arrivée du courrier au dépôt !
Bien sûr, il faut donner à la Poste les moyens de se moderniser, de s’adapter aux nouvelles demandes de ses usagers. Mais réduire nos concitoyens à l’état de spectateurs, puis finalement d’ “otages”, si l’on devait ouvrir la voie vers une privatisation, ne fait certainement pas partie de ces moyens. Entériner l’abandon de certaines parties du territoire français non plus. Pas plus que renoncer à la qualité du service rendu. Ce qui est en jeu, c’est aussi tout simplement la capacité de tous nos concitoyens à s’exprimer dans l’espace public !


Je conclus ce billet par un hommage à Marek Edelman, dernier commandant de l'insurrection du ghetto juif de Varsovie contre les nazis en 1943, dont on a appris la mort vendredi. Un militant, un combattant, dans la vie duquel il y a beaucoup à puiser, pour la réflexion comme pour l'action. Car non seulement sa mémoire, mais ses combats - pour la démocratie, contre le racisme - lui survivent.


lundi 28 septembre 2009

Défenseure des enfants : la pétition

Suite à mes précédents posts sur le même sujet, je vous renvoie vers la pétition mise en ligne pour le maintien d'un Défenseur des enfants, sous la forme d'une institution indépendante et pleinement consacrée pour cette mission. Il ne s'agit pas de défendre une institution... Il s'agit de garantir la réalisation effective de sa mission ! 24 000 personnes ont déjà signé cet appel... rejoignez-nous !

jeudi 24 septembre 2009

Droits de l'enfant: RESF et la Défenseure des enfants sonnent l'alarme, le PS relaie


Alors que le monde s'apprête à célébrer (en novembre) le 20e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, l'exécutif s'apprête à supprimer l'institution de la République (le Défenseur des enfants, créé en mars 2000 sur une initiative parlementaire) chargée de garantir son respect.


Quelle est la signification humaine, historique et politique de ce choix ?
Pour quelques éléments de réponse édifiants, je vous renvoie à la tribune, signée Dominique Versini (actuelle défenseure des enfants) et Claire Brisset (ancienne défenseure des enfants, médiatrice de la Ville de Paris), publiée aujourd'hui dans le quotidien Le Monde.

"Le défenseur des enfants exécuté sans procès ?" par Claire Brisset et Dominique Versini.


Cette suppression s'inscrit dans un ensemble de "bricolages" périlleux de la part de l'exécutif, et dans une situation critiquable en matière de respect des droits de l'enfant. Face à cette évolution préoccupante, j'ai comme d'autres éprouvé plusieurs fois au cours des derniers mois le besoin de "tirer la sonnette d'alarme"
: "Les femmes et les enfants aussi!" Le danger des trappes de vulnérabilité et d'invisibilité (post du mercredi 15 juillet), Voeux de rentrée... pour une fin de "vacance"! (post du vendredi 21 août).


Percevant la gravité de cette évolution, le Parti socialiste a décidé hier de signer l'appel RESF pour le respect par l'Etat des droits de l'enfant et de sa famille. Ci-dessous, le communiqué officiel du PS à ce sujet :

"Le 23 septembre 2009

Le Parti Socialiste signe l’appel RESF pour le respect par l’Etat des droits de l’enfant et de sa famille

Le Parti socialiste, lors de la réunion de son Secrétariat national du 23 septembre, a décidé de signer l’appel lancé par le Réseau Education Sans Frontières « Pour le respect par l’Etat des droits de l’enfant et de sa famille. »

Qu’il s’agisse de démembrement des familles lorsqu’un des deux parents est expulsé, ou de la mise en rétention des enfants avec leurs parents menacés d’expulsion en centre de rétention administrative, les droits des enfants sont mis à mal par la politique actuelle du gouvernement.

Pour le Parti socialiste, l’intérêt supérieur de l’enfant doit rester au premier plan. Le maintien de l’unité familiale doit devenir la règle, mais ne doit plus servir de prétexte à l’enfermement d’enfants.

Comme le soulignent régulièrement les associations, mais aussi des institutions comme l’Unicef, la Défenseure des Enfants ou la Commission Nationale de Déontologie de Sécurité, l’enfermement des enfants en centre de rétention administrative, lieu privatif de liberté, contrevient aux règles de la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant dont on va fêter prochainement le vingtième anniversaire.

Déjà signataire de l’appel fondateur de RESF, le Parti socialiste, par la présence de sa Secrétaire nationale à l’Immigration, Sandrine Mazetier, a participé au premier rassemblement organisé par RESF ce dimanche 20 septembre et appelle ses militants, dont un grand nombre parraine des familles sans papiers, à participer à ces rassemblements organisés tous les dimanches de 16h à 17h sur le parvis de Notre Dame de Paris jusqu’au 22 novembre."




dimanche 20 septembre 2009

Jeunes: l'inquiétant bricolage de l’exécutif


Le 26 août dernier dernier, j’exprimais une “satisfaction de principe” quant au projet de loi, présenté en conseil des ministres, portant notamment ouverture du Conseil économique et social à des représentants des jeunes et des étudiants (voir “Ouverture aux jeunes” du Conseil économique et social : essai “marqué”... mais à transformer ).
De cet apparent souci de prendre mieux en considération les réalités vécues par les jeunes, on pourrait presque voir une confirmation dans la possible extension du revenu de solidarité active (RSA) aux jeunes actifs âgés de 18 à 25 ans ayant travaillé au moins deux ans dans les trois dernières années.
Problème : en cette période de rentrée, plus nombreux sont les signes qui démentent la réalité d'un tel état d'esprit.

En août déjà, je remarquais le nombre très réduit des futurs représentants des jeunes et des étudiants au sein du nouveau "Conseil économique, social et environnemental" (4 sur... 233 membres). Je pointais aussi plusieurs indices d'un manque de détermination de l'actuelle majorité (du Président de la république à notre député Patrick Beaudouin) à prendre en considération réellement les difficultés, les besoins et les aspirations de tous les jeunes.

À présent, c’est la suppression de la Défenseure des enfants que l’on annonce. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de saluer le travail effectué par celle-ci pour réduire les trappes d’invisibilité et de vulnérabilité qui menace nombre de jeunes français. J'avais en effet pu personnellement apprécier l’ouverture et la réelle capacité de dialogue de madame Dominique Versini, à l’occasion d’une matinée de travail au Conseil économique et social (voir mon post du 19 juin dernier “La parole partagée, outil politique privilégié et source de plaisir”). Son courage et son intégrité aussi lorsqu'à la fin du mois d'août elle n’avait pas hésité, bien qu’issue des rangs de la droite, à dénoncer la situation faite aux enfants dans les Centres de rétention administrative (voir mon post du 21 août, Voeux de rentrée... pour une fin de “vacance”).
Est-ce la récompense de ce courage et de cette intégrité ? ou de cette ouverture au dialogue ? Cette interlocutrice facilement identifiable pour les enfants (ne serait-ce que par l'intitulé de sa fonction) et à eux entièrement consacrée, semble aujourd’hui appelée à disparaître. D’après un projet de loi organique révélé ces derniers jours, sa fonction se trouverait fondue parmi les différentes attributions d’un “défenseur des droits”, auquel reviendraient en outre les attributions hier prises en charge par le médiateur de la République, mais aussi par l'actuelle Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS). Bon courage à ce “défenseur” pour trouver le temps et la disponibilité nécessaire pour égaler le travail accompli jour après jour par la Défenseure des enfants... et aux jeunes français pour trouver leur chemin jusqu’à ce nouvel interlocuteur !

Une absence d’interlocuteur auquel l’exécutif prend soin, rendons-lui cette justice, d’habituer certains jeunes Français par ailleurs. En particulier les collégiens et collégiennes des quartiers "sensibles".
On sait que le rectorat de Créteil a mis en place une cellule d’assistance aux chefs d’établissements, pour les aider à faire face aux difficultés de cette rentrée (cas de grippe A, postes d’enseignants non pourvus...). Dans ce dernier cas, il s’agit de pallier aux problèmes nés de la réduction continue du recrutement d’enseignants sur concours.
Dans un collège par exemple, un professeur “titulaire” absent de manière prolongée (arrêt maladie, etc.) est normalement remplacés par un “tzr” (enseignant recruté par le même concours, à disposition permanente de l’Education nationale, mais pas encore affecté dans un établissement de façon “définitive”, et ayant donc vocation à faire des remplacements). Comme l’Education nationale n’a plus assez de “titulaires” ni de “tzr”, elle fait appel à des “contractuels” ou à des “vacataires” (n’ayant pas passé de concours de l’Education nationale, mais moins coûteux, notamment parce qu’ils n’ont pas de congés payés).
Problème : ceux-ci ne postulent que s’ils en ont envie. Or là où les conditions de travail laissent à désirer (par exemple, en Seine Saint-Denis), ils sont moins nombreux à postuler. Si bien qu’en ce moment, le rectorat (qui s’assure tout de même que les “candidats” réunissent un certain nombre de compétences avant de les embaucher) n’arrive plus, même ainsi, à répondre aux besoins ! Traduction dans la salle de classe : des élèves sans professeur.

Autre espèce d'interlocuteurs “en voie de disparition” : les éducateurs de la Protection judiciaire pour la jeunesse.
Ces éducateurs, fonctionnaires du ministère de la Justice, suivent les mineurs en difficulté (délinquants mineurs ou jeunes en danger) de manière à leur permettre de devenir autonomes (notamment en construisant avec eux un projet d’orientation). Où les trouve-t-on ? Dans les centres d’action éducative en milieu ouvert (CAEMO), où ils prennent en charge des mineurs maintenus dans leur famille (ils les aident à résoudre leurs problèmes familiaux, les guident dans leur scolarité en les rencontrant régulièrement, les soutiennent en période de crise). Ou bien dans les foyers d’hébergement (psycho-éducatifs, scolaires ou professionnels) qui accueillent des mineurs en danger ou délinquants placés par le juge.
Problème : les travailleurs de la PJJ connaissent actuellement une situation peu propice à cette mission, au point que certains font le parallèle avec ce que connaissent depuis quelque temps les salariés de Renault et de France Télécom.
La PJJ a en effet engagé une vaste réorganisation administrative, dans un contexte de durcissement de la législation pour les mineurs (depuis 2007). Concrètement, les éducateurs doivent concentrer leur travail sur les mineurs délinquants et ne plus s'occuper des mineurs victimes, qui relèvent de l'aide sociale dans les départements. En outre, la PJJ souffre d'un déficit d'hébergements en région parisienne.
Résultat : une grande souffrance chez les personnes travaillant pour la PJJ. Au point que mardi dernier, une directrice départementale s’est jetée par la fenêtre de son lieu de travail - une chute à laquelle elle a heureusement survécu. D’après les premiers témoignages, cette fonctionnaire n’est pas une personne fragile. En revanche, elle a attribué son geste à une véritable “maltraitance institutionnelle”, se plaignant de devoir “appliquer tout très vite”, “faire et défaire en permanence”. À un vrai “conflit de loyauté” aussi : ancienne éducatrice, elle se demandait comment les éducateurs feraient désormais pour s’occuper des mineurs avec toutes leurs nouvelles tâches.

Ce grand mouvement de passage à la moulinette (ou d’enfouissement) d’interlocuteurs compétents et disponibles pour les enfants et les jeunes pose gravement problème, pour au moins deux raisons.
Dans un contexte d’explosion du chômage des jeunes (et de montée du chômage en général), nombre d’enfants et d’adolescents se trouvent - ou risquent de se trouver - pris dans des situations familiales difficiles, ou dans une crise de confiance déstabilisante vis-à-vis de l’école, de la collectivité en général, et de l’avenir.
Face à cette situation, mettre en crise la Protection judiciaire de la jeunesse, casser la continuité éducative dans les établissements les plus sensibles, camoufler au point de probablement la rendre invisible la Défenseure des enfants, sont de la part de l'exécutif des choix qui laissent perplexe.
Par ailleurs, au niveau local, la France manque d’espaces permettant aux jeunes de se faire réellement entendre de ceux qui font leur quotidien (au travers de décisions politiques ou de votes au Parlement), et d’échanger avec ceux qui le partagent.
Me revient ici la remarque d’une habitante de Fontenay-sous-Bois, entendue jeudi dernier. Ce soir-là se réunissait, dans la salle du Conseil municipal à l’Hôtel de ville, la commission municipale démocratie locale - ville numérique. On faisait le bilan d’un an d’expérimentation de la mise en place de nouvelles pratiques de démocratie locale à Fontenay. Au détour de la discussion, un habitant du quartier de Bois Cadet s’est fait l’écho du scepticisme des adolescents de son quartier vis-à-vis des Conseils de quartier (où ils pensent que leur parole ne sera pas prise en compte).

Entre “jeu de bonneteau” et “politique de l’autruche”, l’exécutif semble bel et bien se jouer de nos jeunes concitoyens, et s’occupe à des bricolages dont on ne peut que craindre l’effet destructeur pour la collectivité. Conjurer les effets de ce bricolage, c’est aussi la responsabilité des municipalités (le premier espace de vie des jeunes étant... la ville où ils résident).
À l’heure où le maire de Vincennes appelle ses administrés à participer à l'élaboration d'un “Agenda 21”, j'invite toutes les Vincennoises et tous les Vincennois qui se sentent concernés par cet enjeu se mobiliser, pour faire entendre à la majorité municipale cette réalité : le développement durable, c’est aussi celui d’une collectivité solidaire où tous se sentent réellement pris en compte - même les jeunes !

dimanche 13 septembre 2009

Ecole, entreprises, fiscalité: leçons de rentrée... et devoir de socialistes!


Les élections européennes de juin dernier avaient, à peu de choses près, coïncidé avec la fin de l’année scolaire. En cette période de rentrée, on voit se confirmer l’enseignement principal que l’on pouvait alors, par-delà les chiffres “bruts”, retirer de ce scrutin. La capacité à innover tout en redonnant à l’humain une place centrale dans la pensée et l’action politiques étaient apparues comme les exigences du temps nouveau qui, comme on pouvait le pressentir depuis quelque temps déjà, était en train de s’ouvrir. De cet humanisme créatif, l’actualité des deux dernières semaines a rappelé avec force - parfois violence - la nécessité.


Rentrée scolaire : derrière les chiffres, des espérances... et des êtres !

Je ne dresserai pas ici le "bulletin de notes" de cette rentrée scolaire. D’autres déjà l'ont fait. Je dois au passage mentionner l’initiative prise mardi dernier dans ce domaine par la majorité municipale (PC) de Valenton. Mardi soir se tenait en effet à l’école Henri Wallon un Conseil municipal extraordinaire sur la défense de l’école publique, organisé de manière à ce que les personnes de l’assistance puissent participer au débat. Compte tenu de l’appel que, de retour du Plessis-Trévise, je lançais à nos élus locaux le 3 juillet dernier (“écoute, exigence, imagination” dans l’organisation du débat public), je ne peux que saluer cette initiative !
En tendance, on sait comment les choses évoluent : toujours moins de moyens pour l’enseignement primaire et secondaire, et des faux-semblants dangereux en matière de petite enfance. Un chiffre quand même : à la date du 5 septembre, environ 800 élèves parisiens du secondaire n’avaient toujours pas d’établissement (soit parce qu’ils estimaient avoir été affectés dans un établissement trop loin de chez eux ou ne proposant pas les options demandées et avaient refusé de s’y inscrire ; soit parce qu’ils avaient déménagé pendant l’été et n’avaient toujours pas de place).

De mon point de vue, l’éducation fait partie des quelques “secteurs stratégiques” qui constituent, de fait, le creuset de notre avenir. Elle détermine en grande partie la qualité de celui-ci, pour chacun et pour la collectivité. À ce titre, compte tenu de l’aggravation des inégalités d’origine sociale et des nécessaires adaptations (voir mon post du 26 décembre dernier), elle mériterait pleinement - en particulier en matière d’accueil dès la petite enfance - de bénéficier d’innovations adossées au “grand emprunt” annoncé par le Président de la République. Un besoin d'innovation d’ailleurs souligné le 4 septembre dernier, dans la déclaration commune du collectif Un pays, une école, notre avenir, rassemblant syndicats d'enseignants, parents d'élèves, organisations étudiantes et lycéennes, associations pédagogiques (FCPE, FSU, Unsa, Unef, UNL, Ligue de l'enseignement...).

Quoi qu'il en soit, ce domaine de la vie nationale ne paraît pas compter parmi les secteurs stratégiques aux yeux du président de la République (voir mon post du 26 août dernier). Reste le combat pour faire entendre le caractère inquiétant de certaines situations ou modes de gestion. Austère labeur, digne d’un Sisyphe, tant le gouvernement demeure obstinément aveugle et sourd aux avertissements de ceux qui les vivent quotidiennement.
Un seul exemple, symbolique de cette cécité. Conformément à la loi "pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" (du 11 février 2005), de plus en plus de collèges accueillent en leur sein des “Unités pédagogiques intégrées”. Aux termes des textes qui les définissent - et en réalité -, “les élèves admis dans les UPI sont des pré-adolescents ou des adolescents présentant différentes formes de handicap mental qui ne peuvent être accueillis à temps complet dans une classe ordinaire et pour lesquels l'admission dans un établissement spécialisé peut être différée.”
Des élèves, donc, dont le profil appelle une adaptation du travail scolaire et un environnement scolaire permettant de compenser, autant que possible, la “discontinuité éducative” liée notamment à leur suivi médical (SESSAD). Au collège par exemple, ces élèves sont intégrés pour l’année entière dans une classe déterminée. Or, ils ne sont pas... intégrés aux effectifs de cette classe ! En clair, ils n'en font pas officiellement partie ! Une sorte de “déni d’existence” que nombre d’enseignants, choqués, dénoncent.
Et tandis que le rocher de plaintes monte - en attendant, infailliblement, de retomber -, de jeunes concitoyens vivent leur scolarité. Le combat doit donc se doubler d’une attitude active envers eux. Les chiffres à la baisse ne doivent pas détourner notre regard de leurs talents, ni de ceux - les parents d’élèves - qui s’efforcent de les accompagner dans leur maturation.

À côté de la promotion d’un système éducatif renouvelé - il en a incontestablement besoin -, la créativité s’impose donc. Elle s’impose d’autant plus qu’un contexte de crise réduit les marges de manoeuvre budgétaires - d’une manière encore aggravée par les choix économiques et fiscaux du gouvernement Fillon.
Elle passe par une meilleure prise en compte des êtres dont l’avenir s’invente ici, mais aussi de ceux qui peuvent les accompagner dans cette odyssée quotidienne. Il y a quelques jours (mardi 8 septembre), le "supplément Val-de-Marne" du Parisien saluait le beau - et utile - projet intitulé “La mallette des parents”. Une initiative au lancement de laquelle j’ai eu la chance de participer l’année dernière (voir article du NouvelObs ci-contre). À présent, elle concerne 52 établissements, 13 dans le Val-de-Marne (dont Joliot-Curie à Fontenay-sous-Bois). Penser de façon nouvelle, plus concrète, la participation des parents d’élèves à la scolarité de leurs enfants est aussi une façon de réformer l’éducation nationale. Avec de premiers résultats semble-t-il prometteurs.

Reste qu’on peut s’interroger sur l’avenir de ces “promesses”, dans un contexte de discontinuité éducative croissante (remplacements tardifs faute d’un nombre d’enseignants suffisants, courts amputés faute d’une discipline qui vole régulièrement en éclats dans des classes surchargées...). Car les parents d’élèves sont aussi des personnes et des travailleurs. Des personnes usées, pour certaines, par les effets de la... non-mise en oeuvre du “Plan espoir banlieues” - dont l’intitulé semble avoir vocation à compenser, telle une formule magique, l’incapacité à susciter le moindre espoir sur le terrain. Des travailleurs aussi, dont la disponibilité pour leurs proches n’est guère, c’est le moins que l’on puisse dire, favorisée par la politique de l’actuel gouvernement en matière d’organisation du travail.
Il y a donc là pour le PS matière à réflexion. Espérons que le groupe de travail mis en place il y a quelques mois par la direction du PS fasse sien l’ “esprit de projet” qui semble vouloir faire son retour rue de Solférino !


Entreprises : "Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs !"

Cette semaine a été marquée par l’annonce, coup sur coup, de deux tentatives de suicide de la part d’employés de France Télécom. Déjà bouleversantes en elles-mêmes, ces nouvelles le sont plus encore quand on entend le témoignage des salariés de l’entreprise, qui visiblement accusent le coup. Ces drames s’inscrivent dans un contexte de restructuration à marche forcée de l’entreprise, vécue de façon brutale par des employés victimes à la fois d’une pression écrasante et d’un management ressenti comme inhumain (travailleurs déplacés comme de véritables pions, ce qu’on appelle pudiquement la “mobilité subie”).
Il y a plusieurs mois déjà, la crise économique laissait craindre de telles épreuves pour les travailleurs de nombreuses entreprises. De ces inquiétudes, je m’étais, parmi d’autres, fait l’écho (voir mes posts des 20 et 24 décembre derniers). Notre devoir, comme socialistes, est de redonner au monde de l’entreprise une place centrale dans notre travail de réflexion. C’est notamment ce que j’appelais de mes voeux dans le mémoire remis à notre secrétaire national à la formation au printemps 2008, intitulé Pour une politique du pouvoir-vivre.
Écouter, réfléchir, innover. Dans quel sens ? Dans une partie de mon travail (“Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs”), partant du constat d’une véritable “montée organisée de la mal vie au travail”, je proposais comme priorité de “lutter contre la précarisation de la santé, physique et mentale, au travail”, en soulignant que déjà dans notre pays “tous les indicateurs [étaient] actuellement au rouge” en matière de risques psychosociaux au travail.
Citant Patrick Légeron, co-auteur en 2008 du Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, je soulignais qu’entre “pressions et exigences constantes”, “changements incessants”, “frustrations très fortes”, ou encore mise en compétition systématique des individus les uns avec les autres, toutes les causes de stress étaient aujourd’hui en croissance dans notre pays. Une réalité, à l’époque déjà, venait de trouver une tragique illustration dans la série de suicides survenus au cours des mois précédents parmi les employés du Technicentre Renault à Guyancourt.
Parmi les pistes d’action innovante proposées : investir massivement dans le soin des maladies mentales, en mettant notamment en oeuvre d’autres moyens que les anti-dépresseurs ; développer les possibilités d’expression, ainsi que le pouvoir d’action et de décision des travailleurs dans leur environnement professionnel - dont ils sont parmi les meilleurs connaisseurs -, en particulier dans le domaine de la gestion du temps de travail et dans le sens d’une réduction des mobilités subies.
C’est pour prolonger et nourrir cette réflexion que je participais à la journée PME organisée en juin dernier rue de Solférino. Dans cet esprit encore que j’étais présent à l’Agence de développement du Val-de-Marne peu avant (voir "Val-de-Marne : TPE et PME, des acteurs clé du territoire à ne pas "laisser tomber"). Notre travail en la matière est loin d’être fini... les socialistes sont les premiers à en convenir !


Fiscalité écologique : inventer une fiscalité écologique... et humaine !

Innover en donnant toute sa place à l’humain. Une ambition qui apparaît aussi d’une actualité criante en matière fiscale, avec le débat autour de la “taxe carbone”.
Sous peine de perdre tout son sens, l’idée - excellente sur le principe - d’une fiscalité écologique ne doit pas faire abstraction des réalités humaines. L’humain ne fait-il pas partie du vivant ? Cette fiscalité ne doit donc pas servir de cheval de Troie à une aggravation des injustices sociales, par l’écrasement des revenus modestes qui en seraient frappés parmi les premiers. De ce point de vue, Ségolène Royal a socialement raison quand elle met en garde contre une mise en oeuvre “brutale” et indifférenciée, façon TVA, de la “taxe carbone”.
Pour échapper à cet écueil, c’est une réforme globale de la fiscalité qui s’impose pour permettre, sans en trahir l’esprit, un “impôt écologique” tel que la taxe carbone. Dans ce domaine aussi, assumer son rôle c’est pour le PS se montrer capable d’un humanisme créatif. En concevant un tel projet de réforme fiscale, qui n’ “écrabouille” pas les réalités humaines.
Un effort que certains, au sein de notre famille politique, appellent de leurs voeux depuis quelque temps déjà. Je pense notamment à Gaëtan Gorce (voir "L'Espoir à gauche : l'esprit de projet !", post du 14 avril dernier).


Le temps me manque pour dire quelques mots de la vie associative (c'était le 5 septembre la "Journée des associations" à Vincennes). Ces jours-ci pourtant, j’assiste - et je participe modestement - aux premiers pas d’une initiative locale qui me tient à coeur, généreuse dans son principe et innovante dans sa forme. À cette initiative dont j’aurai l’occasion de reparler, et qui pour moi incarne cet humanisme créatif dont la nécessité se lit de toutes parts, je souhaite amicalement bonne chance et longue vie !