Affichage des articles dont le libellé est petite enfance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est petite enfance. Afficher tous les articles

dimanche 13 septembre 2009

Ecole, entreprises, fiscalité: leçons de rentrée... et devoir de socialistes!


Les élections européennes de juin dernier avaient, à peu de choses près, coïncidé avec la fin de l’année scolaire. En cette période de rentrée, on voit se confirmer l’enseignement principal que l’on pouvait alors, par-delà les chiffres “bruts”, retirer de ce scrutin. La capacité à innover tout en redonnant à l’humain une place centrale dans la pensée et l’action politiques étaient apparues comme les exigences du temps nouveau qui, comme on pouvait le pressentir depuis quelque temps déjà, était en train de s’ouvrir. De cet humanisme créatif, l’actualité des deux dernières semaines a rappelé avec force - parfois violence - la nécessité.


Rentrée scolaire : derrière les chiffres, des espérances... et des êtres !

Je ne dresserai pas ici le "bulletin de notes" de cette rentrée scolaire. D’autres déjà l'ont fait. Je dois au passage mentionner l’initiative prise mardi dernier dans ce domaine par la majorité municipale (PC) de Valenton. Mardi soir se tenait en effet à l’école Henri Wallon un Conseil municipal extraordinaire sur la défense de l’école publique, organisé de manière à ce que les personnes de l’assistance puissent participer au débat. Compte tenu de l’appel que, de retour du Plessis-Trévise, je lançais à nos élus locaux le 3 juillet dernier (“écoute, exigence, imagination” dans l’organisation du débat public), je ne peux que saluer cette initiative !
En tendance, on sait comment les choses évoluent : toujours moins de moyens pour l’enseignement primaire et secondaire, et des faux-semblants dangereux en matière de petite enfance. Un chiffre quand même : à la date du 5 septembre, environ 800 élèves parisiens du secondaire n’avaient toujours pas d’établissement (soit parce qu’ils estimaient avoir été affectés dans un établissement trop loin de chez eux ou ne proposant pas les options demandées et avaient refusé de s’y inscrire ; soit parce qu’ils avaient déménagé pendant l’été et n’avaient toujours pas de place).

De mon point de vue, l’éducation fait partie des quelques “secteurs stratégiques” qui constituent, de fait, le creuset de notre avenir. Elle détermine en grande partie la qualité de celui-ci, pour chacun et pour la collectivité. À ce titre, compte tenu de l’aggravation des inégalités d’origine sociale et des nécessaires adaptations (voir mon post du 26 décembre dernier), elle mériterait pleinement - en particulier en matière d’accueil dès la petite enfance - de bénéficier d’innovations adossées au “grand emprunt” annoncé par le Président de la République. Un besoin d'innovation d’ailleurs souligné le 4 septembre dernier, dans la déclaration commune du collectif Un pays, une école, notre avenir, rassemblant syndicats d'enseignants, parents d'élèves, organisations étudiantes et lycéennes, associations pédagogiques (FCPE, FSU, Unsa, Unef, UNL, Ligue de l'enseignement...).

Quoi qu'il en soit, ce domaine de la vie nationale ne paraît pas compter parmi les secteurs stratégiques aux yeux du président de la République (voir mon post du 26 août dernier). Reste le combat pour faire entendre le caractère inquiétant de certaines situations ou modes de gestion. Austère labeur, digne d’un Sisyphe, tant le gouvernement demeure obstinément aveugle et sourd aux avertissements de ceux qui les vivent quotidiennement.
Un seul exemple, symbolique de cette cécité. Conformément à la loi "pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" (du 11 février 2005), de plus en plus de collèges accueillent en leur sein des “Unités pédagogiques intégrées”. Aux termes des textes qui les définissent - et en réalité -, “les élèves admis dans les UPI sont des pré-adolescents ou des adolescents présentant différentes formes de handicap mental qui ne peuvent être accueillis à temps complet dans une classe ordinaire et pour lesquels l'admission dans un établissement spécialisé peut être différée.”
Des élèves, donc, dont le profil appelle une adaptation du travail scolaire et un environnement scolaire permettant de compenser, autant que possible, la “discontinuité éducative” liée notamment à leur suivi médical (SESSAD). Au collège par exemple, ces élèves sont intégrés pour l’année entière dans une classe déterminée. Or, ils ne sont pas... intégrés aux effectifs de cette classe ! En clair, ils n'en font pas officiellement partie ! Une sorte de “déni d’existence” que nombre d’enseignants, choqués, dénoncent.
Et tandis que le rocher de plaintes monte - en attendant, infailliblement, de retomber -, de jeunes concitoyens vivent leur scolarité. Le combat doit donc se doubler d’une attitude active envers eux. Les chiffres à la baisse ne doivent pas détourner notre regard de leurs talents, ni de ceux - les parents d’élèves - qui s’efforcent de les accompagner dans leur maturation.

À côté de la promotion d’un système éducatif renouvelé - il en a incontestablement besoin -, la créativité s’impose donc. Elle s’impose d’autant plus qu’un contexte de crise réduit les marges de manoeuvre budgétaires - d’une manière encore aggravée par les choix économiques et fiscaux du gouvernement Fillon.
Elle passe par une meilleure prise en compte des êtres dont l’avenir s’invente ici, mais aussi de ceux qui peuvent les accompagner dans cette odyssée quotidienne. Il y a quelques jours (mardi 8 septembre), le "supplément Val-de-Marne" du Parisien saluait le beau - et utile - projet intitulé “La mallette des parents”. Une initiative au lancement de laquelle j’ai eu la chance de participer l’année dernière (voir article du NouvelObs ci-contre). À présent, elle concerne 52 établissements, 13 dans le Val-de-Marne (dont Joliot-Curie à Fontenay-sous-Bois). Penser de façon nouvelle, plus concrète, la participation des parents d’élèves à la scolarité de leurs enfants est aussi une façon de réformer l’éducation nationale. Avec de premiers résultats semble-t-il prometteurs.

Reste qu’on peut s’interroger sur l’avenir de ces “promesses”, dans un contexte de discontinuité éducative croissante (remplacements tardifs faute d’un nombre d’enseignants suffisants, courts amputés faute d’une discipline qui vole régulièrement en éclats dans des classes surchargées...). Car les parents d’élèves sont aussi des personnes et des travailleurs. Des personnes usées, pour certaines, par les effets de la... non-mise en oeuvre du “Plan espoir banlieues” - dont l’intitulé semble avoir vocation à compenser, telle une formule magique, l’incapacité à susciter le moindre espoir sur le terrain. Des travailleurs aussi, dont la disponibilité pour leurs proches n’est guère, c’est le moins que l’on puisse dire, favorisée par la politique de l’actuel gouvernement en matière d’organisation du travail.
Il y a donc là pour le PS matière à réflexion. Espérons que le groupe de travail mis en place il y a quelques mois par la direction du PS fasse sien l’ “esprit de projet” qui semble vouloir faire son retour rue de Solférino !


Entreprises : "Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs !"

Cette semaine a été marquée par l’annonce, coup sur coup, de deux tentatives de suicide de la part d’employés de France Télécom. Déjà bouleversantes en elles-mêmes, ces nouvelles le sont plus encore quand on entend le témoignage des salariés de l’entreprise, qui visiblement accusent le coup. Ces drames s’inscrivent dans un contexte de restructuration à marche forcée de l’entreprise, vécue de façon brutale par des employés victimes à la fois d’une pression écrasante et d’un management ressenti comme inhumain (travailleurs déplacés comme de véritables pions, ce qu’on appelle pudiquement la “mobilité subie”).
Il y a plusieurs mois déjà, la crise économique laissait craindre de telles épreuves pour les travailleurs de nombreuses entreprises. De ces inquiétudes, je m’étais, parmi d’autres, fait l’écho (voir mes posts des 20 et 24 décembre derniers). Notre devoir, comme socialistes, est de redonner au monde de l’entreprise une place centrale dans notre travail de réflexion. C’est notamment ce que j’appelais de mes voeux dans le mémoire remis à notre secrétaire national à la formation au printemps 2008, intitulé Pour une politique du pouvoir-vivre.
Écouter, réfléchir, innover. Dans quel sens ? Dans une partie de mon travail (“Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs”), partant du constat d’une véritable “montée organisée de la mal vie au travail”, je proposais comme priorité de “lutter contre la précarisation de la santé, physique et mentale, au travail”, en soulignant que déjà dans notre pays “tous les indicateurs [étaient] actuellement au rouge” en matière de risques psychosociaux au travail.
Citant Patrick Légeron, co-auteur en 2008 du Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, je soulignais qu’entre “pressions et exigences constantes”, “changements incessants”, “frustrations très fortes”, ou encore mise en compétition systématique des individus les uns avec les autres, toutes les causes de stress étaient aujourd’hui en croissance dans notre pays. Une réalité, à l’époque déjà, venait de trouver une tragique illustration dans la série de suicides survenus au cours des mois précédents parmi les employés du Technicentre Renault à Guyancourt.
Parmi les pistes d’action innovante proposées : investir massivement dans le soin des maladies mentales, en mettant notamment en oeuvre d’autres moyens que les anti-dépresseurs ; développer les possibilités d’expression, ainsi que le pouvoir d’action et de décision des travailleurs dans leur environnement professionnel - dont ils sont parmi les meilleurs connaisseurs -, en particulier dans le domaine de la gestion du temps de travail et dans le sens d’une réduction des mobilités subies.
C’est pour prolonger et nourrir cette réflexion que je participais à la journée PME organisée en juin dernier rue de Solférino. Dans cet esprit encore que j’étais présent à l’Agence de développement du Val-de-Marne peu avant (voir "Val-de-Marne : TPE et PME, des acteurs clé du territoire à ne pas "laisser tomber"). Notre travail en la matière est loin d’être fini... les socialistes sont les premiers à en convenir !


Fiscalité écologique : inventer une fiscalité écologique... et humaine !

Innover en donnant toute sa place à l’humain. Une ambition qui apparaît aussi d’une actualité criante en matière fiscale, avec le débat autour de la “taxe carbone”.
Sous peine de perdre tout son sens, l’idée - excellente sur le principe - d’une fiscalité écologique ne doit pas faire abstraction des réalités humaines. L’humain ne fait-il pas partie du vivant ? Cette fiscalité ne doit donc pas servir de cheval de Troie à une aggravation des injustices sociales, par l’écrasement des revenus modestes qui en seraient frappés parmi les premiers. De ce point de vue, Ségolène Royal a socialement raison quand elle met en garde contre une mise en oeuvre “brutale” et indifférenciée, façon TVA, de la “taxe carbone”.
Pour échapper à cet écueil, c’est une réforme globale de la fiscalité qui s’impose pour permettre, sans en trahir l’esprit, un “impôt écologique” tel que la taxe carbone. Dans ce domaine aussi, assumer son rôle c’est pour le PS se montrer capable d’un humanisme créatif. En concevant un tel projet de réforme fiscale, qui n’ “écrabouille” pas les réalités humaines.
Un effort que certains, au sein de notre famille politique, appellent de leurs voeux depuis quelque temps déjà. Je pense notamment à Gaëtan Gorce (voir "L'Espoir à gauche : l'esprit de projet !", post du 14 avril dernier).


Le temps me manque pour dire quelques mots de la vie associative (c'était le 5 septembre la "Journée des associations" à Vincennes). Ces jours-ci pourtant, j’assiste - et je participe modestement - aux premiers pas d’une initiative locale qui me tient à coeur, généreuse dans son principe et innovante dans sa forme. À cette initiative dont j’aurai l’occasion de reparler, et qui pour moi incarne cet humanisme créatif dont la nécessité se lit de toutes parts, je souhaite amicalement bonne chance et longue vie !

mercredi 8 avril 2009

PS - Education nationale : vers l'émergence de l' "esprit de projet" ?



Ci-dessous,
un article mis en ligne sur le site nouvelobs.com intitulé "Le PS lance un grand débat public sur l'Education". Cette initiative me réjouit pour trois raisons :

1) enseignant en ZEP, la mise à mal du service public de l'éducation nationale est une réalité que je vis au quotidien, de même que ses conséquences ;
2) la démarche engagée par le PS semble marquer l'émergence de l' "esprit de projet" que j'appelle de mes voeux depuis quelque temps maintenant, parce qu'il apparaît comme une condition incontournable pour que le PS retrouve un discours clair, pleinement reçu par nos concitoyens, et capable de les convaincre (voir mon post du 23 mars);
3) cette démarche est du même esprit que celle qu'à mon initiative, nous avions entreprise l'automne dernier avec des camarades des sections de Vincennes, Fontenay-sous-Bois et Saint-Mandé (voir ci-dessus), anticipant en quelque sorte cette initiative. Les animateurs de nos sections étant alors largement accaparés par la préparation du Congrès, l'information avait alors été malheureusement peu relayée.


Le PS lance un "grand débat public" sur l'Education



NOUVELOBS.COM | 07.04.2009 | 13:43

Les socialistes se donnent un an pour élaborer un projet sur l'Education. Le débat sera organisé autour de "dix chantiers" dont le lycée et la réussite scolaire.

Les socialistes Harlem Desir et Bruno Julliard chargés du débat du PS sur l'Education. (Sipa)

Les socialistes Harlem Desir et Bruno Julliard chargés du débat du PS sur l'Education. (Sipa)

Le Parti socialiste a annoncé mardi 7 avril le lancement d'un "grand débat public" pour mettre en œuvre d'ici un an un projet sur l'Education. Harlem Désir, membre de la direction du PS, et Bruno Julliard, secrétaire national du PS à l'éducation, ont souligné lors d'un point presse les enjeux de ce débat. "L'école publique est en danger et traverse une grave crise", a expliqué Harlem Desir. Ainsi, le PS a engagé un "travail de collecte d'information", "un état des lieux", pour "alerter les Français sur l'urgence de sauver l'école publique" et "lancer un débat ouvert sur l'éducation", a poursuivi Bruno Julliard.

Dix chantiers


L'ancien président de l'Unef a critiqué "l'orientation libérale et régressive du gouvernement qui atteint les fondements même du service public d'Education", indiquant que "les socialistes sont très attendus sur le projet qu'ils vont présenter pour 2012 et en particulier sur le projet sur l'éducation".
Bruno Julliard estime qu'"on ne peut plus se limiter à un projet qui se limiterait à des revendications catégorielles. Il faut une ambition plus importante". Pour cela, le parti socialiste lance un "grand débat public autour de dix chantiers", comme la "réussite scolaire pour tous", la "société éducative", la petite enfance à l'école, le lycée, les métiers de l'Education, la laïcité…
Il faut "au moins un année de travail" avec notamment les syndicats, les associations et les citoyens pour arriver à un projet. A l'issue de ces chantiers, un "rendez-vous national PS" est prévu.

vendredi 26 décembre 2008

“Égalité réelle des chances” : dépasser l' "approche Sarkozy" en matière de parcours scolaires... ou renoncer à faire vivre la diversité !


Il y a une semaine, mercredi 17 décembre dernier, Nicolas Sarkozy annonçait à l’Ecole polytechnique l’essentiel d’un ensemble de mesures visant à “favoriser l’égalité réelle des chances”.
Dans l’idée, il s’agirait de marquer le franchissement d’un cap, peut-être d’ouvrir une nouvelle ère dans la façon dont notre société assume sa diversité - à la fois sociale et culturelle - . Naturellement, l’un des premiers espaces où se jouera l’efficacité de la prise en charge d’un tel défi est l’espace éducatif.
D’où le volet éducatif envisagé par le Président de la République : objectif de 30% de boursiers dans chaque classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) d'ici la rentrée 2010 (Jacques Chirac avait fixé en 2005 un objectif d'un tiers de boursiers dans l'ensemble des prépas, ce qui avait permis de porter le taux de boursiers à une moyenne de 22% en 2006), et création d'"internats de la réussite" où les élèves de prépas issus des “banlieues” se verront offrir un logement et un accompagnement pédagogique.
Qu’en penser ? Replaçons la ligne politique esquissée par M. Sarkozy dans la situation que connaît aujourd’hui la France. Décalage criant entre les principes “universalistes” dont nous revendiquons collectivement l’héritage, et la peine dont nous faisons preuve à faire réellement vivre au sein de notre société la diversité dans ses différentes dimensions - voir à ce sujet la tribune intitulée “Oui à la diversité, mais à toutes les diversités, y compris le handicap”, publiée par Monique Pelletier et Edouard Braine dans Le Monde du 25 décembre -. Mécanismes à l’oeuvre dans les “banlieues” censées bénéficier des mesures annoncées. Prendre en compte ces réalités, c’est mettre au jour les limites évidentes des propositions formulées par le Président de la République, et de l’approche qu’elles reflètent face aux inégalités en matière de chances de “réussir sa vie”. Pourquoi ces limites ? Pourquoi l’approche en question apparaît-elle promise à une efficacité dramatiquement réduite, par rapport aux exigences auxquelles nous sommes confrontés ? Une ligne alternative est-elle envisageable, et si c’est le cas, autour de quels axes de travail pourrait-elle s’articuler ?

Rapportée aux exigences auxquelles nous sommes aujourd’hui collectivement confrontés face aux inégalités de chances de “réussir sa vie”, l’approche esquissée par Nicolas Sarkozy apparaît condamnée à l’inefficacité. Au mieux, à une efficacité réduite, et marginale.
Qui est censé bénéficier de l’approche appelée de ses voeux par M. Sarkozy ? Les enfants issus de milieux, sociaux et culturels notamment, ayant peu accès aux filières donnant massivement accès à la réussite professionnelle. Des filières - et donc des niveaux de responsabilité dans le monde du travail - où ces milieux sont du même coup extrêmement peu “représentés”. Dès lors, le véritable enjeu, c’est de permettre à des profils plus divers de trouver leur place et de jouer leur rôle avec de vrais chances de réussir dans ces espaces, scolaires et professionnels. Or, globalement, cela implique qu’un nombre suffisant de ces enfants et adolescents persévère dans le système éducatif jusqu’à l’âge adulte et même au-delà (argument quantitatif). Ce que rien ne garantit dans l’ “approche Sarkozy”.
Deuxième limite de cette approche : elle intervient essentiellement en surface, et à l’échelle d’ “îlots” (argument qualitatif, d’efficacité à court terme). En surface, c’est-à-dire bien tard dans le parcours scolaire des intéressés : à l’issue de l’éducation secondaire, alors que beaucoup - pour ne pas dire l’essentiel - est déjà joué. Ce sont les quotas de places réservées aux élèves boursiers dans toutes les classes préparatoires. C’est la mise en place en 2009, dans tous les ministères et les fonctions publiques hospitalière et territoriale, de classes préparatoires aux concours, à destination des élèves boursiers ou issus des quartiers. Cette approche se contente d’agir en surface aussi, dans la mesure où elle tend à provilégier l’ “effet vitrine”, au niveau d’ “îlots-vitrine”, sur le souci d’efficacité durable pour les intéressés. Garantir l’accès d’un certain nombre d’entre eux aux classes prépératoires aux grandes écoles, c’est bien. Mais l’objectif qui compte, si l’on veut vraiment faire émerger une “élite issue des quartiers”, c’est de diversifier rapidement le public des grandes écoles. Or là encore, l’ “approche Sarkozy” ne porte pas le moindre embryon de garantie.
Troisième limite : à supposer qu’elle porte ses fruits pour une partie des individus auxquels elle est destinée, l’approche annoncée par M. Sarkozy semble nous condamner, sur la durée, à perpétuer une terrible déperdition de moyens sans apporter de changement significatif en matière d’ “égalité des chances” (argument “économique” et d’efficacité sur la durée). Politique hors-sol, elle apparaît vouée à n’avoir qu’un impact très marginal sur les chances des voisins et des générations suivantes dans les “quartiers”.

Origine de ces limites prévisibles ? Les réalités en matière de développement des enfants et des adolescents, de parcours scolaires et de leurs étapes, d’impact de l’environnement quotidien sur les chances de réussite des individus.
En matière de développement et de constitution de la personnalité (capital essentiel dans un parcours de formation), beaucoup voire l’essentiel se joue dès les premiers mois et années de la vie - et pas seulement dans le cadre scolaire. Aujourd’hui d’ailleurs, un consensus se dessine pour dire que les différentes formes de pauvreté sont d’autant plus pénalisantes qu’elles affectent les premières années de la vie - de sorte que, plus l’action compensatrice est précoce et massive (avant même la scolarisation), plus les bénéfices pour l’enfant et la société sont importants. (Les rares études disponibles sur la réussite à l’école maternelle suggèrent ainsi que les inégalités cognitives entre élèves de maternelle sont non seulement d’emblée extrêmement importantes, mais ont en outre tendance à s’accentuer ensuite.) C’est que, comme le souligne Eric Maurin (Le Ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, La République des idées, Seuil, 2004), cette période de la vie inscrit dans chaque génération un ensemble d’inégalités très profondes dans la constitution même des personnes - ensuite rendues visibles à l’école puis sur le marché du travail. Or pour réussir ses études, il est nécessaire d’avoir pu bénéficier dans son enfance de conditions d’études correctes, mais aussi de conditions d’existence propices. C’est donc à ce niveau aussi qu’il faut agir en priorité.
Deuxièmement, ce qui empêche beaucoup d’enfants “issus de la diversité” (au sens culturel ou social) de bénéficier d’une formation réussie et porteuse d’avenir, c’est une crise de confiance aujourd’hui solidement enracinée. Depuis la fin des années 1990, une crise de confiance semble en effet s’être installée, notamment chez les jeunes issus des classes populaires, vis-à-vis du système éducatif. D’une part, parce qu’ils ont constaté que les études qui leur étaient “réservées” n’étaient pas celles permettant de monter dans la hiérarchie sociale. Mais aussi, d’autre part, parce que leur famille ne pouvaient pas financer ces dernières, voies de la réussite sociale - le système actuel des bourses ne changeant pas grand chose à cela. Dès lors, permettre dans une mesure significative aux jeunes issus des classes populaires de persévérer dans le système éducatif jusqu’à l’âge adulte et même au-delà, cela exige de se donner les moyens de résoudre cette crise de confiance source de blocage. À cet égard, les mesures annoncées par M. Sarkozy ne sont pas du tout à la hauteur.
Troisième réalité qui appelle un verdict sévère sur l’ “approche Sarkozy” : les effets de contexte, qui déterminent le degré d’efficacité d’une politique prétendant agir sur l’égalité des chances de bénéficier d’une formation ouvrant des perspectives de réussite. L’ “effet de contexte”, qu’est-ce que c’est ? En France, plus de 20% des inégalités devant le retard scolaire au primaire et au collège sont en réalité dues aux inégalités de voisinage social ! (cf Eric Maurin, op. cit.) En particulier, le lieu de résidence représente pour les enfants et les adolescents un enjeu plus grand encore que pour les adultes, car il conditionne les interactions auxquelles ils ont accès à un moment décisif de leur développement, personnel et intellectuel. En clair, toutes choses égales par ailleurs, un enfant vivant dans une HLM risque beaucoup plus l’échec scolaire si il habite une HLM peuplée d’enfants en échec, que si sa HLM est peuplée d’enfants ayant réussi à éviter l’échec scolaire. Ou encore, les enfants dont les parents ont fait des études courtes n’ont quasiment aucune chance d’interagir avec des enfants ou des adultes ayant dans leur famille l’expérience d’une scolarité longue - donc qu’ils envisagent pour eux-mêmes un tel destin scolaire. Par conséquent, faute d’une action suffisamment forte pour la mixité sociale (application de la loi SRU), on n’augmentera pas significativement les chances de réussite des enfants que la ségrégation territoriale pénalise dès leurs premières années. Or, ni l’actuel gouvernement ni les alliés politiques de M. Sarkozy dans les communes (que l’on pense à Laurent Lafon à Vincennes ou de Patrick Beaudouin à Saint-Mandé...) ne semblent fortement mobilisés pour une telle action.

Une autre approche est-elle envisageable, et si c’est le cas, autour de quelles axes de travail peut-elle s’articuler ?
Comme le pose très bien Eric Maurin dans l’ouvrage que j’ai déjà cité, ségrégation territoriale et déficit de mixité sociale (et de cohabitation de destins sociaux divers) contribuent lourdement à enfermer chacun dans un destin écrit d’avance. Face à cette réalité, Nicolas Sarkozy entend aider ceux que leur origine sociale - et donc souvent leur quartier de résidence - défavorise le plus, ce qui revient en grande partie à essayer d’estomper les effets de la ségrégation urbaine en dehors des territoires qui la subissent. Une autre voie est possible - et préférable. Elle consiste à promouvoir une mixité sociale accrue, à mieux exploiter l’influence du contexte social, à encourager de façon volontariste l’avènement d’une société où la pauvreté familiale ne condamne pas les enfants à vivre dans des quartiers eux-mêmes dévastés par l’échec. Pour cela, il ne faut évidemment pas attendre la sortie du secondaire pour se préoccuper des conditions faites aux jeunes issus de milieux populaires pour se former ! C’est bien avant qu’il s’agit d’oeuvrer en priorité, si l’on veut vraiment être efficace !
Concrètement, il faut nous donner les moyens d’aider au développement des enfants en les soutenant à mesure de leurs besoins dès avant leur scolarisation. L’idée d’un soutien pré-scolaire est à étudier, dans le cadre d’une politique ambitieuse de la petite enfance.
En aval, repenser le système des bourses pourrait s’avérer utile. Actuellement, ce système repose sur un saupoudrage en direction d’un nombre de bénéficiaires trop important, sans atteindre dans chaque cas un niveau suffisant pour avoir un impact réellement positif sur l’attitude vis-à-vis des études. On pourrait par exemple envisager un système fondé sur des bourses d’un montant plus important et centrées sur un nombre plus réduit de bénéficiaires. Exigence : obtenir par ailleurs des résultats suffisants pour bénéficier aux autres élèves qui, autrement, auraient eu besoin de bourses. Et donner plus aux enfants et adolescents dont les familles sont le plus démunies de ressources (en travaillant en particulier sur leurs conditions de logement).
Pour cela, on pourrait faire le choix de se déprendre de l’habitude consistant à prendre les territoires géographiques comme point d’application systématique des politiques. Dans cette logique, les politiques s’enlisent, s’épuisent. Ciblant avant tout des territoires, on s’expose à voir le dispositif s’alourdir au fil de pérennisations et de généralisations politiquement difficiles à refuser - mais qui tuent dans son principe même l’idée du ciblage tout en finissant par stigmatiser des territoires qui s’enlisent dans l’aide sociale. Dans les ZEP par exemple, on est confronté à un saupoudrage et à un insuffisant ciblage des moyens, avec des résultats cruellement faibles par rapport aux objectifs de départ et des territoires pâtissant d’une mauvaise “image”. Pour atténuer tant soit peu les effets destructeurs de la ségrégation territoriale, il faut cibler correctement les individus eux-mêmes.
Cela n’a évidemment de sens que si l’on joue à fond la carte de l’effet d’entraînement. De même que chacun souffre de la pauvreté et des échecs qui frappent son voisinage, de même chacun bénéficie des améliorations et de la réussite devenues possibles pour ses voisins. Autrement dit, toute politique sociale ou éducative diminuant les risques d’échecs dans un type particulier de famille a pour effet indirect de diminuer les risques d’échec dans les familles vivant à proximité, même si elles n’en sont pas directement bénéficiaires. Ainsi, on continuera de servir aussi les territoires et les quartiers.
Dans les établissements scolaires du secondaire (à commencer par les collèges), le travail sur l’orientation et le contenu de la “culture scolaire” appellent une réflexion soigneuse, en vue d'ajustements nécessaires. Pour bien la mettre en oeuvre, il faut impérativement tenir compte de la diversité des situations, des profils et des “missions” spécifiques des acteurs de la communauté éducative (y compris les parents d’élèves), très variables d’un secteur scolaire à l’autre. Refusant les simplifications abusives qui aveuglent, il faut notamment être à l’affût des partenariats les plus directement efficaces (y compris, encore une fois, avec les parents d’élèves comme cela est actuellement expérimenté sur un autre plan avec un projet comme “La Malette des parents” dans plusieurs collèges de l'académie de Créteil).

En résumé, cessons de raisonner en termes de “quotas” systématiques, et de perpétuer tout en le plafonnant le traditionnel (et peu fécond) saupoudrage de moyens ! Acteur de premier plan pour relever le défi de la diversité, l’éducation nationale regroupe certes des situations individuelles très contrastées et des acteurs très divers. Mais tous peuvent bénéficier collectivement d’effets d’entraînement puissants. Si l'on veut les faire jouer à plein, le moment est venu de regarder les choses en profondeur, pour articuler efficacement spécificité des situations, et dynamiques latentes - dans une politique cohérente qui ne les neutralise pas d'avance !