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mercredi 15 juillet 2009

« Les femmes et les enfants aussi! » ou le danger des « trapes » de vulnérabilité et d’invisibilité


Lors d’un débat interne sur la précarité il y a quelques mois, j’avais attiré l’attention sur l’existence de véritables « trapes » de vulnérabilité et de précarité, apparues dans notre société au fil des trois dernières décennies.
Des situations dans lesquelles certains de nos concitoyens en viennent à se retrouver piégés, durablement, dans des conditions de précarité ou de désavantage très incomplètement prises en compte – et amputés de tout ou partie de leurs chances de mobilité sociale ou professionnelle.
Sur une partie de cette réalité, deux diagnostics rendus publics ces derniers jours jettent un double éclairage. D’une part, le Rapport préparatoire à la concertation avec les partenaires sociaux sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (remis au gouvernement par Brigitte GRESY, inspectrice générale des affaires sociales). D’autre part, le 4e rapport du Comité des droits de l’enfant de l’ONU (évaluant l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant ratifiée par la France en 1990).
En quoi les femmes et les enfants apparaissent-ils, dans notre pays, victimes de telles « trappes » de vulnérabilité et d’invisibilité ? Quelles pistes d’action ces constats mettent-ils à l’ordre du jour ?


Femmes et enfants, victimes de « trapes » de vulnérabilité et de précarité

Prise en compte par la puissance publique, situation dans l’espace public ou le monde du travail : des « angles morts » faute de relais suffisants.
Lors de ses dernières auditions devant le Comité des droits de l’enfant de l’ONU (en 2004 et 2007), le gouvernement français avait fait le « black-out » sur l’événement, et la sourde oreille face aux remontrances que cette instance lui avait faites.
Il apparaît ainsi que les autorités françaises font une lecture restrictive de la Convention internationale des droits de l’enfant : seuls 11 articles d’application directe (sur les 54 que compte ce texte) sont actuellement reconnus dans la législation française.
En outre à ce jour, certains textes comme la loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection de l’enfance – qui constitue une avancée réelle – attendent toujours les textes d’application et les financements sans lesquels ils ne peuvent être mis en œuvre.
Ainsi, une bonne part de ce qui détermine la condition faite aux enfants dans la société française apparaît prise dans une sorte d’angle mort pour ceux qui siègent dans les instances décisionnelles compétentes – faute de relais suffisants au sein de celles-ci.
Il en va de même pour la condition faite aux femmes dans le monde du travail. Dans les entreprises par exemple, les femmes sont sous-représentées là où se trouve concentré le pouvoir organisationnel. Sur les 500 premières sociétés françaises, on compte en moyenne 8% de femmes dans les conseils d’administration et conseils de surveillance (58% ne comptant aucune femme dans leur conseil d’administration), et 13,5% dans les comités directeurs et comités exécutifs. C’est alors le fameux « plafond de verre » qui clôt la trappe.

Enjeu de taille et révélateur significatif : la santé.
Révélateur significatif de ces « trappes » et des menaces qu’elles recèlent : la santé. Dans un système où, pour évaluer la pénibilité du travail, on continue à prendre principalement en compte la pénibilité physique et la fréquence des accidents du travail, nombre de femmes se trouvent prises dans un véritable angle mort.
En effet, les emplois majoritairement occupés par des femmes donnent moins souvent lieu à des accidents du travail. Mais ils sont aussi, globalement, plus astreignants (contrôle plus important, tâches plus répétitives, autonomie moindre…). Avec un impact significatif pour la santé de celles qui les exercent : 58% des troubles musculo-squelettiques touchent des femmes, et le risque de développer de tels troubles est supérieur de 22% pour ces dernières ; la mesure du stress est, quant à elle, supérieur de 40% en moyenne pour les femmes à ce qu’elle est pour les hommes. Des chiffres qui révèlent bel et bien l’existence d’une véritable « trape » de vulnérabilité.
Une situation qui, en termes de santé, guette également nombre d’enfants et de jeunes. En France, la pauvreté frappe plus de 2 millions d’enfants. Avec des conséquences graves en termes d’accès à la santé, mais aussi d’exposition à certaines pathologies, comme celles liées à la malnutrition et au surpoids (voir mon post du samedi 7 mars 2009).
À l’heure où déjà 1 enfant français sur 6 est obèse, et alors que l’écart se creuse entre les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux sociaux moins favorisés, la complaisance des députés de la majorité à l’égard des diffuseurs publicitaires lors de l’élaboration de la loi sur l’hôpital (s’agissant de la diffusion de publicités pour les produits à haute teneur en sucre et en graisse pendant les programmes télévisés largement regardés par un jeune public) révèle une incapacité à voir l’ampleur du danger pour nos jeunes concitoyens.

Un enjeu malmené : la mobilité personnelle et professionnelle.
Outre la santé, ces trappes mettent en cause la mobilité de ceux qui en sont victimes – ou susceptibles de le devenir.
Ainsi le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’est-il inquiété des risques que fait peser sur les jeunes l’évolution de la législation française dans un sens toujours plus répressif. Sont montrées du doigt la répression des groupements de jeunes sur la voie publique, la mise en place des tests ADN dans le cadre du regroupement familial, les nouvelles lois sur l’immigration. Plus largement, le fait que les enfants d’outre-mer, des « banlieues », ceux issus de l’immigration, ceux des familles sans papiers, des demandeurs d’asile ou encore des gens du voyage seraient gravement pénalisés du fait de leur seule origine.
Sachant que la pauvreté a des conséquences catastrophiques en termes de conditions de scolarité, d’accès au logement, d’accès à l’emploi, quelle politique d’ampleur comparable à celle évoquée à l’instant le gouvernement met-il en œuvre pour aider les jeunes à (re)conquérir leurs chances de mobilité et de promotion sociale ?
Victimes de l’ombre portée de quelques-uns sur qui se concentre – à juste titre – et se crispe – au redoutable prix d’une moindre lucidité et d’un oubli des autres - la politique du gouvernement, des pans entiers de notre jeunesse apparaissent en outre enfermés dans une image et dans des conditions de formation qui empêchent leurs talents de se manifester pleinement – et fragilisent les fondations de leur parcours à venir.
Invisibles aux yeux de la puissance publique, certaines femmes voient de même leur trajectoire professionnelle fragilisée. Pâtissant d’un accès et d’un maintien dans l’emploi plus difficiles (au 4e trimestre 2008, le taux de chômage moyen en France métropolitaine est 8,3% pour les femmes, contre 7,3% pour les hommes) ; souffrant d’un accès plus difficile à la formation professionnelle quand elles ont des enfants (le congé parental, qui est à 98% le fait des femmes, est le plus souvent un sas vers l’inactivité ou marque une rupture dans la progression professionnelle des femmes) ; les femmes sont en outre, pour un très grand nombre d’entre elles, cantonnées dans des emplois précaires (1 sur 3 travaille à temps partiel, et 83% des salariés à temps partiel sont des femmes).
Une « trappe » dont la mise en place du RSA (se substituant au RMI et à l’Allocation Parent Isolé) pourrait verrouiller le couvercle, en « normalisant » les emplois précaires. Le RSA marque aussi un certain recul par rapport aux efforts d’individualisation des prestations sociales, dans la mesure où ce dispositif, « familialisé », risque d’encourager des femmes vivant en couple et exerçant un emploi précaire à cesser de travailler sous peine de faire perdre à leur famille l’éligibilité au RSA.


Pour déjouer le piège de ces « trapes », comment agir ?

Cibler les moments discriminants dans un parcours personnel ou professionnel.
Par exemple, c’est entre 30 et 39 ans (moment où la charge familiale, supportée massivement par les femmes, est la plus lourde) que se joue l’essentiel d’une carrière, y compris en termes de formation. Dans ces conditions, la façon dont se fait le recours au congé parental est un facteur déterminant pour la mobilité et la progression professionnelles des femmes. C’est pourquoi Brigitte GRESY propose de réformer le congé parental dans la droite ligne de ce que prévoit l’accord européen du 18 juin 2009 : au moins 1 mois sur les 4 préconisés deviendrait non transférable à la mère.
S’agissant des enfants, j’ai déjà eu l’occasion de souligner qu’en matière de développement et de constitution de la personnalité (capital essentiel dans un parcours de formation), beaucoup voire l’essentiel se joue dès les premiers mois et années de la vie (voir mon post du 26 décembre 2008).
Cela appelle une politique globale - et active - de l’enfance. Une politique qui supposerait d’assurer le recueil de données précises (à ce jour inexistantes), d’impliquer dans une même ambition les différents échelons institutionnels, et de mettre en œuvre des moyens à la mesure de cette ambition – par exemple en ne laissant pas dormir « inactivés » les textes constituant une avancée comme la loi du 5 mars 2007 portant réforme de la protection de l’enfance.

Pour réduire les « angles morts » : réaliser la « mixité active » dans les instances stratégiques.
Dans les conseils d’administration et de surveillance des entreprises par exemple, Brigitte GRESY préconise d’instaurer un objectif obligatoire de 40% d’administrateurs du sexe sous-représenté dans un délai de 6 ans – avec obligation d’atteindre un palier intermédiaire de 20% au bout de 2 ans. Cette mesure concernerait les entreprises publiques et les sociétés dont les titres financiers sont admis aux négociations sur un marché réglementé (à partir de 1000 salariés).
La mixité, ce doit être aussi une présence suffisante des jeunes dans l’espace public – y compris dans des instances dotées d’une réelle capacité d’initiative ou d’influence. Pour être active, cette mixité générationnelle doit naturellement éviter un écueil : celui d’une « sectorisation générationnelle » de l’espace public, chaque génération parlant ou agissant de son côté et non pas dans l’échange avec les autres.

Agir global… et fort !
S’agissant de l’obésité infantile, j’écrivais il y a quelques mois : « Pour plus d’efficacité, osons franchir un cap ! ». Plus largement, franchir un cap s’impose sans aucun doute, dans le sens d’une approche résolument globale (par opposition à des initiatives ponctuelles vouées à s’enliser dans un contexte défavorable), et forte (en termes de fermeté ou de résonance). Quelques exemples.
S’agissant des enfants, et de leur droit à être protégé de certaines tentations propices à l’obésité infantile, j’ai eu l’occasion de dire en quoi, à mes yeux, l’attitude des députés de la majorité (et de Patrick Beaudouin) lors du vote sur l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital n’a pas été à la hauteur. Et même, a constitué un manquement au devoir de solidarité intergénérationnelle (voir mon post du lundi 20 avril 2009). Pour avoir une chance d’être efficace, l’interdiction des distributeurs automatiques dans les établissements scolaires devrait – entre autres – s’accompagner de celle des publicités pour des produits à forte teneur en graisses ou sucres durant les « programmes de jeunesse ».
S’agissant de l’amélioration de la condition des femmes au travail, agir global et fort, cela passe par l’affichage public d’objectifs ambitieux et des actions menées (entreprises, Etat, collectivités…). Sur quels fronts ?
Par exemple, prendre en compte les besoins des femmes anciennement bénéficiaires de l’Allocation Parent Isolé pour la prise en charge de leurs enfants. Si l’on ne veut pas les laisser « piéger » dans une sorte d’antichambre – oubliette du RSA (car elles ne pourront plus travailler), un effort s’impose en la matière.
Autres exemples : prendre en compte les besoins des parents qui travaillent en horaires décalés pour l’accueil de leurs enfants, ou encore ceux des familles – de plus en plus nombreuses – en situation de monoparentalité et / ou de précarité, en matière d’accueil des enfants préadolescents. Malgré la palette de prestations et de services existant en matière d’accueil des enfants, les besoins restent non couverts sur ce plan – et largement assumés par les femmes.

samedi 7 mars 2009

Obésité infantile : pour plus d'efficacité, osons franchir un cap !


Si en France, l’obésité touche de nombreux adultes, l’obésité infantile constitue elle aussi un problème de santé publique à part entière!
Certes, on peut se rassurer en observant une relative stabilité depuis 2000 en termes de part de la population touchée. (Chez les enfants de 7 à 9 ans, une étude récente conclut au maintien à 3,5% pour l’obésité et 14,3% pour le surpoids.) Et se dire que, au sein de l’Union européenne, la France garde une prévalence de l’obésité et du surpoids chez les enfants parmi les plus faibles.
Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, dans notre pays, près d’1 enfant sur 6 est obèse (soit 3 à 4 fois plus que dans les années 1970). Autre évolution inquiétante : face à l’obésité et aux risques d’en être frappé, l’écart se creuse entre les enfants issus de milieux aisés et ceux issus de milieux sociaux moins favorisés ou défavorisés.
Dans ce contexte, 40 associations de médecins, pédiatres, cardiologues, spécialistes de la nutrition, restaurateurs, parents d'élèves, malades et consommateurs ont lancé mardi un appel aux députés pour réglementer fermement la publicité télévisée pour certains produits alimentaires durant les programmes télévisés destinés aux enfants et aux adolescents. (Voir mon post d’hier.)
Concerné à plusieurs titres (notamment pour des raisons professionnelles), j'ai éprouvé le besoin de faire un « point » rapide sur cette question de santé publique : quels enjeux et quels ressorts sont en cause? quels types d’action invitent-ils à privilégier?


Face à l’obésité infantile : la situation actuelle (action et écueils)

1.1. La politique de santé publique actuellement mise en œuvre. À l’heure actuelle, la lutte contre l’obésité infantile prend la forme d’une « démarche globale de prévention et d’éducation », recommandée par le Programme National Nutrition-Santé (PNNS).
Moyens mis en œuvre pour cela : de nombreux documents largement diffusés auprès des professionnels de santé comme du grand public ; pour les professionnels de santé des outils facilitant un dépistage et une prise en charge précoces du risque d’obésité, et un logiciel mis à leur disposition pour faciliter le diagnostic et le lien avec les autres professionnels et les familles.
Également, une implication accrue des collectivités territoriales (au travers de chartes spécifiques), un engagement des industriels sur la composition de leurs produits (au travers de chartes de qualité).
Décret et arrêté du 27 février 2007 (sur les messages publicitaires et promotionnels en faveur de certains aliments devant être accompagnés d’informations à caractère sanitaire). Pour les enfants, compte tenu de leurs possibles difficultés de lecture, les messages sont délivrés oralement en « encadrement » des pages publicitaires concernées. Dans un document émanant du Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports (publié dans le JO Sénat du 06/03/2008, p. 449), on peut lire que « plusieurs études réalisées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) montrent une très grande acceptabilité d’une information sanitaire dans les messages publicitaires en faveur des boissons avec ajouts de sucre, de sel ou d’édulcorant de synthèse », et que « chez les jeunes, les résultats en termes de mémorisation, compréhension et agrément sont très largement positifs ». Résultats « bruts », en quelque sorte, j’y reviendrai. Pourtant, l’obésité infantile ne recule pas. Pourquoi?

1.2. Les limites pratiques de la prévention. Entre sa naissance et 6 ans, un enfant bénéficie de 20 consultations médicales, prises en charge à 100%. (Tous les mois de 0 à 6 mois, puis à 9 mois et à 12 mois, puis tous les 4 mois dans sa 2e année, enfin entre 2 et 6 ans une tous les 6 mois.) Mais à partir de 6 ans, on observe un relâchement. Notamment parce que la prévention et ses moyens ne sont pas, en réalité, toujours bien compris.

1.3. Les disparités territoriales en termes de moyens et des chances d’éviter l’obésité. Si les pédiatres sont nombreux dans les villes universitaires (et donc dans des régions comme PACA ou l’Ile-de-France), leur présence diminue à mesure qu’on s’en éloigne. En outre, l’évolution démographique conduit les pédiatres à déserter certaines zones ou villes, où prédominent nettement les personnes proches de la retraite ou au-delà. (Par exemple, depuis le 31 décembre 2008 il risque de ne plus y avoir de pédiatre à Montluçon.) Comment réduire l’effet de ces écueils ?

1.4. Recourir à l'interdiction est parfois nécessaire pour être efficace... Et la puissance publique, à l'occasion, sait en tenir compte. Depuis la rentrée 2005, les distributeurs automatiques de produits alimentaires ont ainsi été supprimés dans les établissements scolaires.


Les dangers, pour les personnes atteintes et dans la façon de prendre en charge l'obésité infantile

2.1. Un mal qui « ne lâche pas prise » facilement une fois qu’il a « mordu ». Pour 80% des enfants de plus de 10 ans qu’elle atteint, l’obésité persiste à l’âge adulte. En effet, l’organisme en pleine croissance des enfants reste marqué à vie par les premières habitudes alimentaires.

2.2. Un impact lourd sur la santé. Des complications métaboliques : diabète de type 2, à long terme athérosclérose (dégradation des artères), complications orthopédiques (notamment problèmes au niveau des genoux)… Des complication psychologiques peuvent s’y ajouter (perte de l’estime d soi…).

2.3. Le danger d’une approche réductrice ou « unidimensionnelle » de l’obésité. L’obésité est un phénomène complexe : difficile de dire une fois pour toute dans quelle mesure on « naît obèse » et dans quelle mesure on le devient. Plusieurs facteurs se conjuguent : alimentation (alimentation trop riche), prédisposition génétique, dans certains cas causes psychologiques (deuils par exemple, vulnérabilité particulière au marketing alimentaire et à ses dérives…). À quoi s’ajoutent, on l’a vu, des facteurs environnementaux (qualité de la présence médicale dans la zone géographique où l’on vit) et sociaux.

2.4. Le risque de l’assoupissement sous l’effet de textes rassurants à peu de frais et à l’efficacité pratique incertaine. L’existence de « chartes » ou de documents écrits ne porte, en soi, aucune garantie quant à la réalisation de leur contenu. Elle ne saurait donc exonérer de mesures concrètes, trouvant immédiatement une traduction pratique. Sous peine de laisser les modalités d’action les plus efficaces se perdre et se diluer, entre écrans de fumée et de déclarations de bonnes intentions.
Par exemple, la charte signée le 18 février dernier par les publicitaires et professionnels de l’audiovisuel, prévoyant notamment la diffusion d’émissions sur la nutrition – mais pas de suppression des publicités en cause. Les associations (…) posent avec bon sens la question suivante : contre le déferlement quotidien de publicités non régulées, quelle protection apporteront de trop rares spots éducatifs, diffusés de loin en loin (j’ajoute : et dont rien ne garantit que les téléspectateurs les regarderont et ne « zapperont » pas) ?
Au-delà, on peut craindre qu’une charte de cette nature ait aussi – surtout ? – pour objectif d’éloigner toute idée de réglementation des publicités alimentaires. Menacé, peut-être : l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital, dont la discussion à l’Assemblée devrait intervenir la semaine prochaine, et qui vise à interdire pendant les programmes jeunesse la diffusion de publicités pour les produits trop gras ou trop sucrés. Une mesure d’encadrement largement soutenue par l’opinion publique, ainsi que par l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), et par un récent rapport parlementaire (rapport de la mission parlementaire d’information sur la prévention de l’obésité, présenté le 30 septembre 2008 par Valérie Boyer devant la Commission des affaires familiales et sociales de l’Assemblée nationale).


Des pistes pour aller plus loin, plus efficacement


3.1. Renforcer la prévention de manière à ce que toutes les familles y aient davantage recours. Si l’on n’a pas de bon pédiatre près de chez soi, on peut très bien s’adresser à son médecin généraliste. Les actes de base du suivi médical sont simples : peser, mesurer, faire les courbes. Cela permet de définir l’indice de masse corporelle (IMC) de l’enfant. (Entre 2 et 6 ans, la masse corporelle doit rester stable. Si la courbe de corpulence s’écarte trop en hauteur, alors on a un risque de passage à l’embonpoint, puis à l’obésité.) Dans le carnet de santé, à chacun des grands âges de la vie de l’enfant, tous les repères sur le plan nutritionnel sont marqués. Faire connaître (ou rappeler) ces outils de base de la prévention, à la portée de tous, doit être une priorité – en liaison avec l’information sur les risques.

3.2. Coupler information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue nutritionnel, et information sur les « bonnes pratiques » alimentaires du point de vue du budget familial. J’ai déjà eu l’occasion d’insister pour que l’on associe ces deux aspects des choses, lors d’une réunion à laquelle je participais cet automne dans l’établissement scolaire où je travaille (situé en Zone d’éducation prioritaire).
Les documents édités par le Programme Nutrition Santé (PNS) proposent 9 repères en matière de comportement alimentaire : au moins 5 fruits et légumes par jour ; de la viande, du poisson et des œufs, 1 à 2 fois par jour ; des féculents à chaque repas ; 3 ou 4 produits laitiers par jour ; de l’eau ; consommer sucre, matières grasses et sel en quantité limitée ; une heure d’activité physique pour les enfants.
Or, avec l’augmentation du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages (accentuée par la crise économique actuelle), il peut paraître de plus en plus difficile de respecter les conseils de nutrition élémentaires (composition, voire fréquence des repas).
Cependant, il existe des moyens de limiter le coût de l’alimentation tout en veillant à la qualité de celle-ci sur le plan nutritionnel. Par exemple en misant sur des fruits et légumes de saison, ou encore en conserves ou en surgelés (aussi valables sur le plan nutritionnels, et en général moins cher). Ou, autre exemple, en « redécouvrant » des féculents comme les lentilles. L’information, la mutualisation des savoirs (y compris entre des générations aux cultures alimentaires différentes) dans ce domaine apparaissent aujourd’hui comme des priorités pour faire reculer l’obésité y compris dans les milieux sociaux défavorisés. Dans les établissements scolaires, des « forums santé » organisés par exemple dans les endroits où les parents d’élèves attendent d’être reçus par les enseignants le jour de la remise des bulletins, y contribuent avec succès.

3.3. Pour mieux « neutraliser » les disparités sociales et géographiques, et les vulnérabilités spécifiques des enfants et des adolescents, oser recourir aux mesures fortes que cela exige.

Trois exemples.
Pour les entreprises vendeuses de produits avec ajout de sucre, le rapport propose d’augmenter la taxe sur ces publicités (en la portant de 1,5% à 5%) et de supprimer l’exonération dont ces produits peuvent profiter.
Autre exemple : supprimer les confiseries disposées au niveau des caisses dans les supermarchés, et qui exercent sur les enfants une tentation très forte quand celles-ci sont surchargées.
Enfin, comme le propose le rapport, la publicité pour les produits de « grignotage » et les boissons sucrées devrait être interdite dans les programmes télévisés largement regardés par les enfants et par les adolescents. En effet, 60 % des enfants regardent le petit écran tous les jours en rentrant de l’école, et 3⁄4% d’entre eux avouent préférer les produits promus à la télévision plutôt que ceux ne bénéficiant d’aucune pub. Les parents sont plus de 80 % à acheter les produits vus à la télévision et réclamés par les enfants. Comme le souligne la Société française de nutrition, la publicité pour les boissons et produits alimentaires trop gras, trop sucrés ou trop salés contribue ainsi à l’obésité infantile.
C’est le sens de l’amendement 552 à la loi sur l’hôpital : renforcer la protection des enfants et des adolescents par l’encadrement strict de la publicité en faveur des produits à forte teneur en sucres ou en matière grasse et d’édulcorants de synthèse et en donnant au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) le soin de définir les émissions qui seront concernées. En Angleterre par exemple, cela se fait depuis déjà un an et demi.


Agir pour faire reculer l'obésité infantile, c'est prendre à bras le corps des enjeux aujourd'hui au coeur de l'action politique. La solidarité entre les générations, la santé des générations « montantes » et à venir, la qualité de leur environnement (y compris, en l'occurrence, télévisuel) et du rapport qu’ils entretiennent avec lui (accepte-t-on que cet environnement mette en danger leur santé ? ou même, à terme, les ampute d'une partie de leur capacité à s'y déplacer ?)… Autant d'enjeux qui relèvent du combat pour le pouvoir-vivre !
C’est pourquoi, les députés étant appelés à discuter l'amendement 552 la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, j’ai écrit aujourd’hui au député de notre circonscription, M. Patrick Beaudouin, pour lui demander quelle est sa position sur cette importante question de santé publique. Et en particulier, pour m'associer à l'appel des 40 associations signataires et lui demander de voter pour la suppression, au cours et autour des « émissions dont une partie importante du public est constituée d’enfants et d’adolescents », des publicités portant sur « des boissons et des produits alimentaires manufacturés avec ajout de sucres, matières grasses, ou édulcorants de synthèse ».
Sur des questions de cette nature, qui doivent échapper aux clivages partisans, nos concitoyens doivent plus que jamais pouvoir trouver chez leurs élus réceptivité et fermeté!