lundi 23 mars 2009

Un “Printemps” timide qui invite à “changer de braquet”


Au lendemain du “Printemps des libertés” organisé hier au
Zénith par Martine Aubry, on aura presque plus "entendu" (médias aidant !) Manuel Valls que la Première secrétaire du PS! Au risque de susciter la critique (doublement, car il anticipait sur la tenue de l’événement), le député-maire d’Evry a mis en garde samedi (sur son blog) contre les risques d’un “antisarkosisme obsessionnel”. Une disposition d’esprit dont il voit se dessiner en filigrane le spectre dans la manière dont l’actuelle direction du PS commence d’attaquer l’exécutif sous l’angle des atteintes qu’il porte aux libertés publiques.


J’ai dit combien, pour ma part, je trouve sain que le PS s’efforce de se réapproprier le combat pour les valeurs républicaines (voir mon post du vendredi 13 mars). Qu'il refuse de “sous-traiter” ce pan essentiel du débat - et de l’action - politique. Moins heureuse, à l’évidence, la façon qu’a eu la direction socialiste de préparer (ou plutôt, reconnaissons-le, de ne pas préparer) une mobilisation large et profonde autour de cette initiative.
Sous ce relatif échec, je vois en partie les mêmes ressorts que sous l'accueil tiède du “Contre-plan de relance”. En particulier : le manque d’une “passion du projet” - et de l’élan qu’elle sait susciter ; l'insuffisance actuelle de lien humain et d'esprit participatif au sein du PS - qu’il reste certes du temps pour combler, comme il faut bien reconnaître que Ségolène Royal avait su le faire, témoin l’affluence massive suscitée par le rassemblement de la Fraternité qu’elle avait organisé au même Zénith il y a quelques mois.

Martine Aubry et ses proches incarnant une autre approche, il n’est pas anormal que les choses se fassent d'une manière et sur un rythme différents. Manuel Valls, avec nos camarades du pôle “L’Espoir à Gauche”, aspire à une revitalisation radicale du PS dans sa pensée comme dans sa force militante. Si l’on ajoute à cela un goût certain pour la provocation (parfois utile pour se faire entendre), on comprend facilement la “vigueur” de sa mise en garde - comme d’ailleurs les grincements de dents qu’elle a suscités.

Quoi qu’il en soit, sur un point important je partage totalement l’analyse de Manuel Valls : pour être fécond, le combat pour les libertés ne doit pas se réduire à une mise en accusation de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. Je l’ai écrit dans mon post du 21 janvier : le triptyque liberté-indépendance-autonomie doit fait l’objet d’une réflexion athentiquement créatrice de notre part. C’est ce qui me fait y voir une “nouvelle frontière” pour le PS.
Partir à la conquête de cette frontière avec de réelles chances de succès, cela exige un “changement de braquet”. Un effort pour se doter des outils (techniques, intellectuels, pratiques) nécessaires pour penser ces notions, et leur donner tout leur contenu, dans le contexte offert par le XXIe siècle commençant. Un contexte marqué - depuis presque une décennie déjà - par des évolutions profondes et rapides dans de nombreux domaines qui finissent par travailler notre vécu quotidien. Un contexte dans lequel nous ne devons plus craindre (nous n’en avons plus le temps !) d’enraciner notre réflexion, et pas seulement en y affichant notre présence.

Une suggestion pour commencer : n’opposons pas combat pour les libertés et politique de sécurité (Manuel Valls ne le fait d'ailleurs pas). Car la sécurité des personnes, c’est celle dont ils bénéficient dans l’espace public, comme personnes physiques, ou encore comme agents économiques (propriétaires de biens, force de travail et porteurs de savoir-faire...), aussi bien que comme citoyens membres d’une communauté (la République) au nom de laquelle leurs droits doivent être respectés, leurs devoirs honorés.
De même les libertés, c’est une réalité qui revêt plusieurs dimensions concrètes. Un territoire vaste, composé de plusieurs régions. Chacune d’elles appelant, pour être garantie, des moyens spécifiques. Perdre de vue une partie de ce territoire, c’est déjà s’exposer à le voir s’étrécir.

Or, c’est bien à cette forme risquée de diversion que nous exposent certaines approches de la question des sécurités. Un exemple : l’utilisation quelquefois irrationnelle des caméras. En matière de présence de ces équipements sur notre territoire, un cap est actuellement en train d’être franchi. Rappelons qu’en juillet dernier, un courrier préfectoral invitait les maires du Val-de-Marne à réfléchir à la question. Cela en cohérence avec l’objectif, annoncé en 2007 par Michèle Alliot-Marie, de tripler en deux ans le nombre de caméras installées sur notre territoire. À cela s’est ajoutée, il y a quelques semaines, la demande de Nicolas Sarkozy au Ministre de l’Intérieur d’établir un plan contre les violences de bandes. Parmi les premières pistes évoquées : équiper les établissements scolaires de caméras de surveillance.

Une limite évidente : comme le souligne William Geib, élu PS à Nogent-sur-Marne, filmer un endroit précis - en l’occurrence une sortie de collège - risque surtout de déplacer les actes de délinquance un peu plus loin. Or on ne peut installer des caméras de surveillance à l’infini, parce que cela poserait des problèmes éthiques (quid de la liberté individuelle ?), techniques et économiques (les caméras coûtent cher, et les images filmées dans le cadre de la vidéosurveillance doivent être conservées dans des conditions très strictes). Cela n’empêche cependant pas certains “exploits” : la commune de France la “mieux” (en tout cas la plus) équipée à cejour est le village de Baudinard-sur-Verdon (dans le Var), avec 12 caméras pour... 156 habitants !

Un risque : sacrifier une sécurité à une autre. Dans les quartiers sensibles, équiper les établissements scolaires d’outils de surveillance (a priori tournés vers l’extérieur) au moment même où les conditions de travail des élèves (et dans bien des cas, leur environnement quotidien) ne cessent de se dégrader, c’est s’enfoncer un peu plus dans un processus qui est en grande partie à la source des violences dans les quartiers sensibles. Un processus sur lequel on commence à mettre un nom : “ghettoisation” (voir mon post du 29 décembre).
Renforcer la surveillance “mécanique” sans que cela aille pair avec une politique (de la ville notamment) réellement désenclavante et une politique (notamment scolaire) qui redonne aux jeunes concernés toutes leurs chances de mobilité professionnelle et sociale, c’est habiller le renoncement d’une armure ! Il serait à l’évidence malsain - et dommageable pour notre pays ! - qu’une “bunkerisation” des établissements scolaires en zone sensible prenne le pas sur l’ambition d’en faire un espace où l’on acquiert un socle irréductible de liberté et de sécurité face aux exigences de la vie (capacité à penser par soi-même, à se former, à découvrir et affirmer ses propres goûts et talents...).

Une politique authentiquement républicaine ne consisterait-elle pas, plutôt, à garantir la sécurité des citoyens sans jamais oublier de l’articuler avec les principes fondamentaux de notre république ? Traduction : que vaut de sécuriser les environs d’un collège ou d’un lycée, si une fois les grilles franchies les élèves se sentent mis en danger sur le plan scolaire, et sentent menacée leur liberté de développer assez leurs capacités pour se frayer un chemin dans la vie ?
Insécurité, effets d’entraînement, effets de contexte... c’est ensemble, que ces obstacles à leur liberté doivent être pris à bras le corps. Sinon, les logiques de “marketing politique” (affichage d’un nombre croissant de caméras) l’emportent sur le service réel des citoyens. Ces derniers perdent alors une partie de leurs chances, en même temps que l’action publique une partie de son sens.


En un mot : pour être efficaces sur la question des libertés et des sécurités, bien sûr ne cédons pas à l’angélisme, refusons tout autant la monomanie... mais surtout autorisons-nous à penser ! Et dans ce travail, dès lors que cela s’impose, osons "changer de braquet"!

dimanche 22 mars 2009

Un week-end “local”... entre évasion et réflexion


Semaine chargée, envie de profiter de ceux que j’aime, et aussi du retour (encore un peu timide...) du soleil : j’avais trois bonnes raisons de ne pas trop avoir envie de bouger ce week-end! Du coup, la politique est passée au second plan... ce qui ne fait pas de mal !

Deux événements intéressants, et même, chacun à leur façon, passionnants m’y ont tout de même un peu ramené.

Invité par des amis, j’ai assisté samedi au spectacle “The Golden Vanity” donné par les jeunes (tout jeunes même, pour certains !) artistes de la filière chant du Conservatoire de Vincennes. Une fable poétique remarquablement servie par la qualité (impressionnante) des chants, et l’originalité de la mise en scène... et qui réussit à emmener ses spectateurs très loin !
Un spectacle qui renforce aussi mon sentiment que, pour une personnalité en train de se construire, vivre de telles expériences artistiques (comme acteur, et pas comme simple spectateur) est un coup de pouce extraordinaire. Ce coup de pouce, il devrait vraiment être à la portée du plus possible de nos (tout) jeunes, dans leur commune comme dans leur école... Veillons-y !

Changement de registre pour cet après-midi... J’étais au Foyer Matteraz, à Fontenay-sous-Bois, où se tenait un atelier-débat intitulé “60 ans après, où est la Palestine ?” Parmi les intervenants, outre un de mes amis qui représentait Amnesty International, Bernard Ravenel (président de l’Association France Palestine Solidarité), Jean-Guy Greilsamer (de l’Union Juive Française Pour la Paix), Bernard Flichy (Secours catholique/Plateforme des ONG pour la Palestine)...
Au lendemain du drame de Gaza, de nombreuses facettes de la question ont été abordées : enjeux sur le plan des relations internationales (responsabilités des Etats Unis, de l’Union européenne...) aux ressorts de la situation actuelle (histoire, situation politique en Israël et dans les territoires palestiniens), en passant par des réalités plus techniques (questions du “mur” et du tramway, moyens d’action actuellement à l’oeuvre et à notre portée)...
Présentés de façon claire et posée (avec tout de même certains témoignages impressionnants), ces questions ont suscité des échanges nombreux et vivants. Au total, de quoi nourrir notre réflexion collective sur les réalités travaillant cette région du monde. Une réflexion qui pour avancer autant que de besoin, comme je l’écrivais il y a quelques semaines (voir mon post du 21 janvier), a vocation à se construire non seulement "à chaud", mais au-delà, sur la durée.

jeudi 19 mars 2009

Manifestations du 19 mars : mobilisation record !


Entre 1,2 million et 3 millions de personnes ont défilé dans les 219 manifestations qui se sont déployées aujourd’hui, à l'appel des huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU, Unsa).

Une mobilisation en hausse, donc, par rapport au 29 janvier (entre 1,08 million et 2,5 millions de personnes avaient alors battu le pavé). Des catégories socio-professionnelles très diverses étaient représentées : salariés du privé en masse (cadres compris), notamment d'entreprises touchées par des plans sociaux ou du chômage partiel (Total, Carrefour, Molex, Caterpillar), personnel enseignant, agents hospitaliers, cheminots, handicapés, retraités, chômeurs...

Ces manifestations (qualifiées de "réussite" par les syndicats et soutenues par les différents partis politiques de gauche), égalent les pics de mobilisation de 2006 contre le Contrat première embauche (CPE) et constituent un nouveau record depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

La mobilisation a été très forte à la fois dans les grandes villes comme Rennes, Marseille ou Bordeaux, et dans les villes moyennes (Le Havre, Tarbes...). À Paris, entre la place de la Bastille et la Nation, le cortège a rassemblé entre 85 000 et 350 000 personnes (il a même fallu ouvrir un second itinéraire pour désengorger le parcours).

Des militants socialistes venus de plusieurs fédérations (dont celle du Val-de-Marne) se sont rassemblés aux abords du Cirque d’hiver, et se sont placés sur le trajet des manifestants pour marquer le soutien du PS au mouvement.



dimanche 15 mars 2009

Un sondage qui doit "booster" le PS !


Il y a trois jours, était rendu public un sondage IFOP pour le Journal du dimanche. Ce sondage - en particulier à quelques mois des élections européennes - sonne pour le PS comme un avertissement, mais aussi comme un encouragement vigoureux à agir concrètement!


D’après cette enquête :
- 76 % des Français jugent que le PS n'a pas de réponses à la crise économique ;
- 69 % des personnes interrogées estiment qu'il ne ferait pas mieux que le gouvernement actuel s'il était au pouvoir ;
- 39 % considèrent qu'il a "des dirigeants de qualité" ;
- 53 % estiment que le PS ne s'oppose pas suffisamment ;
- pour 74% des personnes interrogées, la situation du PS "n'a pas changé" depuis l'arrivée à sa tête de Martine Aubry ;
- 55 % considèrent qu'il est "en phase avec les mouvements sociaux" ;
- 52% (contre 48%) le voient "proche des préoccupations des Français".


Passée la première réaction de déception, et mettant de côté l’inquiétude que ces résultats ne peuvent que nous inspirer, quelques éléments d’appréciation personnels.

Sur l’ “absence” de réponse à la crise économique, on peut y voir un contre-coup du relatif échec qu’avait été la publication du “Contre-plan de relance”. Cela confirme la nécessité d’une ligne claire et homogène, qui pour être perçue comme pertinente doit s’élaborer à partir d’une réflexion au plus près des réalités. Pour cela, il serait aberrant de ne pas mettre notamment à profit les ressources de la démarche participative, mise en avant aussi bien par Ségolène Royal que par Pierre Moscovici.

Sur le doute quant à notre capacité à faire mieux que l’actuel gouvernement. J’y lis l’appel à une opposition “par la preuve”. C’est-à-dire consistant à montrer par des initiatives concrètes et des actions durables notre capacité à aider nos concitoyens face aux difficultés nées de la crise (ou accentuées par elle).

Le jugement sur la qualité des dirigeants socialistes me paraît, en toute franchise, d’une sévérité excessive. Pour autant, fort de mon (mes) expérience(s) locale(s), comme militant socialiste et associatif, j’y vois le rappel de cette réalité : désormais, nos concitoyens sont beaucoup plus exigeants sur la qualité d’écoute et la qualité de présence dans l’espace public des acteurs politiques.
Sont en cause, la capacité à tisser dans la durée un lien avec nos concitoyens, la capacité à susciter et à nourrir - y compris au-delà des “frontières” du PS - une réflexion et une action collectives, en particulier dans la période actuelle des actions collectives contribuant tant soit peu à amortir concrètement les effets de la crise sur les Français... Argument supplémentaire, à mes yeux, pour une pratique plus stricte du non-cumul des mandats.

Cette nouvelle réalité explique aussi sans aucun doute le sentiment majoritaire que le PS “ne s’oppose pas suffisamment”. La présence accrue des socialistes au côté ou à l’intérieur des mouvements sociaux ne suffit visiblement pas à convaincre sur ce plan.
Le sentiment de nos concitoyens devrait en partie s’améliorer avec le retour (enfin !) du PS à une saine combativité dans la défense des valeurs républicaines et en particulier des libertés publiques (voir mon post du vendredi 13 mars).
Mais aussi, on peut penser que ce qu’on met aujourd’hui dans le mot “s’opposer” a changé, là aussi dans le sens d’une exigence plus forte. S’opposer, c’est non seulement dénoncer les erreurs et les limites de la majorité, mais aussi proposer une politique alternative clairement identifiée (un "cap", en quelque sorte) ; et surtout, au-delà, lui donner un début de traduction en actes - sans attendre d’être “aux manettes” ! À nous - y compris “militants de base” - d’en inventer les moyens.

Enfin, le constat fait par 74% des personnes interrogées que la situation du PS “n’a pas changé” depuis l’arrivée de Martine Aubry à sa tête. J’y vois trois explications.
Le travail pour moderniser le PS se met à peine en marche - des efforts sont d’ailleurs faits pour le mettre en lumière -, il est donc trop tôt pour qu’il commence à porter ses fruits.
D’autant plus que la majorité constituée à l’occasion du Congrès de Reims réunit des conceptions parfois très différentes dans ce domaine, et que Martine Aubry elle-même n’abordait ce travail qu’avec un enthousiasme et une audace modérés (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’avais décidé de soutenir la motion E). À cet égard, on peut espérer que l’arrivée au sein de la direction de représentants du pôle “l'Espoir à Gauche” muscle l'effort collectif dans ce sens.
Deuxième explication : les “bisbilles” à répétition, qui ont pu donner le sentiment que le PS continuait à être davantage tourné vers lui-même, que vers les Français.
Autre explication : l’héritage de l’ “ère Chirac” et, déjà, de la “méthode Sarkozy”. Autrement dit, une défiance de nos concitoyens vis-à-vis de tout ce qui ressemble à un marketing politique fait d’effets d’annonce et de “slogans”. L’intuition qu'en matière de “changement” ou de “renouvellement”, comme dans d'autres domaines, plus on en parle et... moins les choses avancent concrètement ! À nous de démontrer le contraire avec des résultats concrets, et vite !


Voyons le bon côté des choses : nos concitoyens attendent beaucoup de nous. On peut donc penser que, si nous savons être à la hauteur des défis concrets qui aujourd'hui se présentent à nous dans l’espace public - et sur lesquels nous sommes attendus - ce travail ne restera pas vain!


samedi 14 mars 2009

Diversité : Patrick Weil refuse de participer au "Comité pour la mesure et l'évaluation des discriminations et de la diversité" nommé par Yazid Sabeg

Source : "Hexagone", le blog de Catherine Coroller, journaliste à Libération.
http://immigration.blogs.liberation.fr


Ci-dessous, la lettre qu'il a envoyée à Yazid Sabeg:

Monsieur le Commissaire,

J'ai bien reçu votre invitation à participer à un «comité pour la mesure et l'évaluation des discriminations et de la diversité» et vous en remercie.

J'ai toujours pensé que pour un chercheur, accepter de faire partie d'un comité, d'une commission nommée par le pouvoir politique, c'était faire de la politique. En faire avec la formation et l'information du scientifique, mais en faire tout de même puisqu'il s'agit de faire des propositions politiques ce qui implique, non pas un accord complet, mais un minimum d'accord avec le cadre général de la politique suivie dans le domaine de la mission ou de la commission.

Or dans des domaines qui sont particulièrement de ma compétence, ceux de l'immigration et de la nationalité, qui ne sont pas étrangers à la mission de votre commissariat, le gouvernement qui a vous a nommé mène une politique discrètement et objectivement discriminatoire, à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale, sous l'impulsion d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, inédit dans notre histoire politique.

Je ne me vois pas travailler aux outils de la lutte contre la discrimination dans le cadre d'une commission nommée par vous, pendant que les naturalisations et l'accès à la nationalité par mariage, le regroupement des conjoints de Français, pour ne citer que quelques exemples, continueront de s'effectuer de façons de plus en plus discrétionnaire et discriminatoire.

Je ne saisis pas non plus très bien l'objectif de cette commission et il m'inquiète même pour le moins. S'agit-il mettre en oeuvre une politique de lutte contre les discriminations en raison de l'origine réelle ou supposée? Si c'est le cas, les instruments existent, ils ont été rappelés clairement par la commission présidée par Madame Simone Veil dont j'approuve l'excellent rapport.

Au mois de juin dernier Patrick Simon et moi-même rappelions que dans le cadre constitutionnel existant, une meilleure connaissance des nationalités et lieux de naissance des ascendants, croisée avec des données socioprofessionnelles permettraient dans les statistiques publiques et au niveau des grandes entreprises privées de mieux approcher les phénomènes discriminatoires et d'ainsi mieux les combattre.

De façon ponctuelle, pour permettre notamment de relier les informations recueillies à partir de ces données objectives à la perception ou la réalité des discriminations, sur échantillon anonyme et sous le contrôle de la CNIL, des enquêtes conduites par la statistique publique pourraient contenir des questions faisant référence à la religion, aux origines ou à la couleur de la peau.

Mesurer la diversité dans la société française est un objectif différent, qui ne me paraît ni prioritaire ni de même de la compétence légitime des pouvoirs publics, contraire en réalité à l'article 1 de notre Constitution.

Pour toutes ces raisons, je ne peux accepter votre proposition.


Je vous prie d'agréer, Monsieur le Commissaire, l'expression de mes sentiments les meilleurs.


Patrick WeilCitation