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dimanche 13 septembre 2009

Ecole, entreprises, fiscalité: leçons de rentrée... et devoir de socialistes!


Les élections européennes de juin dernier avaient, à peu de choses près, coïncidé avec la fin de l’année scolaire. En cette période de rentrée, on voit se confirmer l’enseignement principal que l’on pouvait alors, par-delà les chiffres “bruts”, retirer de ce scrutin. La capacité à innover tout en redonnant à l’humain une place centrale dans la pensée et l’action politiques étaient apparues comme les exigences du temps nouveau qui, comme on pouvait le pressentir depuis quelque temps déjà, était en train de s’ouvrir. De cet humanisme créatif, l’actualité des deux dernières semaines a rappelé avec force - parfois violence - la nécessité.


Rentrée scolaire : derrière les chiffres, des espérances... et des êtres !

Je ne dresserai pas ici le "bulletin de notes" de cette rentrée scolaire. D’autres déjà l'ont fait. Je dois au passage mentionner l’initiative prise mardi dernier dans ce domaine par la majorité municipale (PC) de Valenton. Mardi soir se tenait en effet à l’école Henri Wallon un Conseil municipal extraordinaire sur la défense de l’école publique, organisé de manière à ce que les personnes de l’assistance puissent participer au débat. Compte tenu de l’appel que, de retour du Plessis-Trévise, je lançais à nos élus locaux le 3 juillet dernier (“écoute, exigence, imagination” dans l’organisation du débat public), je ne peux que saluer cette initiative !
En tendance, on sait comment les choses évoluent : toujours moins de moyens pour l’enseignement primaire et secondaire, et des faux-semblants dangereux en matière de petite enfance. Un chiffre quand même : à la date du 5 septembre, environ 800 élèves parisiens du secondaire n’avaient toujours pas d’établissement (soit parce qu’ils estimaient avoir été affectés dans un établissement trop loin de chez eux ou ne proposant pas les options demandées et avaient refusé de s’y inscrire ; soit parce qu’ils avaient déménagé pendant l’été et n’avaient toujours pas de place).

De mon point de vue, l’éducation fait partie des quelques “secteurs stratégiques” qui constituent, de fait, le creuset de notre avenir. Elle détermine en grande partie la qualité de celui-ci, pour chacun et pour la collectivité. À ce titre, compte tenu de l’aggravation des inégalités d’origine sociale et des nécessaires adaptations (voir mon post du 26 décembre dernier), elle mériterait pleinement - en particulier en matière d’accueil dès la petite enfance - de bénéficier d’innovations adossées au “grand emprunt” annoncé par le Président de la République. Un besoin d'innovation d’ailleurs souligné le 4 septembre dernier, dans la déclaration commune du collectif Un pays, une école, notre avenir, rassemblant syndicats d'enseignants, parents d'élèves, organisations étudiantes et lycéennes, associations pédagogiques (FCPE, FSU, Unsa, Unef, UNL, Ligue de l'enseignement...).

Quoi qu'il en soit, ce domaine de la vie nationale ne paraît pas compter parmi les secteurs stratégiques aux yeux du président de la République (voir mon post du 26 août dernier). Reste le combat pour faire entendre le caractère inquiétant de certaines situations ou modes de gestion. Austère labeur, digne d’un Sisyphe, tant le gouvernement demeure obstinément aveugle et sourd aux avertissements de ceux qui les vivent quotidiennement.
Un seul exemple, symbolique de cette cécité. Conformément à la loi "pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" (du 11 février 2005), de plus en plus de collèges accueillent en leur sein des “Unités pédagogiques intégrées”. Aux termes des textes qui les définissent - et en réalité -, “les élèves admis dans les UPI sont des pré-adolescents ou des adolescents présentant différentes formes de handicap mental qui ne peuvent être accueillis à temps complet dans une classe ordinaire et pour lesquels l'admission dans un établissement spécialisé peut être différée.”
Des élèves, donc, dont le profil appelle une adaptation du travail scolaire et un environnement scolaire permettant de compenser, autant que possible, la “discontinuité éducative” liée notamment à leur suivi médical (SESSAD). Au collège par exemple, ces élèves sont intégrés pour l’année entière dans une classe déterminée. Or, ils ne sont pas... intégrés aux effectifs de cette classe ! En clair, ils n'en font pas officiellement partie ! Une sorte de “déni d’existence” que nombre d’enseignants, choqués, dénoncent.
Et tandis que le rocher de plaintes monte - en attendant, infailliblement, de retomber -, de jeunes concitoyens vivent leur scolarité. Le combat doit donc se doubler d’une attitude active envers eux. Les chiffres à la baisse ne doivent pas détourner notre regard de leurs talents, ni de ceux - les parents d’élèves - qui s’efforcent de les accompagner dans leur maturation.

À côté de la promotion d’un système éducatif renouvelé - il en a incontestablement besoin -, la créativité s’impose donc. Elle s’impose d’autant plus qu’un contexte de crise réduit les marges de manoeuvre budgétaires - d’une manière encore aggravée par les choix économiques et fiscaux du gouvernement Fillon.
Elle passe par une meilleure prise en compte des êtres dont l’avenir s’invente ici, mais aussi de ceux qui peuvent les accompagner dans cette odyssée quotidienne. Il y a quelques jours (mardi 8 septembre), le "supplément Val-de-Marne" du Parisien saluait le beau - et utile - projet intitulé “La mallette des parents”. Une initiative au lancement de laquelle j’ai eu la chance de participer l’année dernière (voir article du NouvelObs ci-contre). À présent, elle concerne 52 établissements, 13 dans le Val-de-Marne (dont Joliot-Curie à Fontenay-sous-Bois). Penser de façon nouvelle, plus concrète, la participation des parents d’élèves à la scolarité de leurs enfants est aussi une façon de réformer l’éducation nationale. Avec de premiers résultats semble-t-il prometteurs.

Reste qu’on peut s’interroger sur l’avenir de ces “promesses”, dans un contexte de discontinuité éducative croissante (remplacements tardifs faute d’un nombre d’enseignants suffisants, courts amputés faute d’une discipline qui vole régulièrement en éclats dans des classes surchargées...). Car les parents d’élèves sont aussi des personnes et des travailleurs. Des personnes usées, pour certaines, par les effets de la... non-mise en oeuvre du “Plan espoir banlieues” - dont l’intitulé semble avoir vocation à compenser, telle une formule magique, l’incapacité à susciter le moindre espoir sur le terrain. Des travailleurs aussi, dont la disponibilité pour leurs proches n’est guère, c’est le moins que l’on puisse dire, favorisée par la politique de l’actuel gouvernement en matière d’organisation du travail.
Il y a donc là pour le PS matière à réflexion. Espérons que le groupe de travail mis en place il y a quelques mois par la direction du PS fasse sien l’ “esprit de projet” qui semble vouloir faire son retour rue de Solférino !


Entreprises : "Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs !"

Cette semaine a été marquée par l’annonce, coup sur coup, de deux tentatives de suicide de la part d’employés de France Télécom. Déjà bouleversantes en elles-mêmes, ces nouvelles le sont plus encore quand on entend le témoignage des salariés de l’entreprise, qui visiblement accusent le coup. Ces drames s’inscrivent dans un contexte de restructuration à marche forcée de l’entreprise, vécue de façon brutale par des employés victimes à la fois d’une pression écrasante et d’un management ressenti comme inhumain (travailleurs déplacés comme de véritables pions, ce qu’on appelle pudiquement la “mobilité subie”).
Il y a plusieurs mois déjà, la crise économique laissait craindre de telles épreuves pour les travailleurs de nombreuses entreprises. De ces inquiétudes, je m’étais, parmi d’autres, fait l’écho (voir mes posts des 20 et 24 décembre derniers). Notre devoir, comme socialistes, est de redonner au monde de l’entreprise une place centrale dans notre travail de réflexion. C’est notamment ce que j’appelais de mes voeux dans le mémoire remis à notre secrétaire national à la formation au printemps 2008, intitulé Pour une politique du pouvoir-vivre.
Écouter, réfléchir, innover. Dans quel sens ? Dans une partie de mon travail (“Pour que vive le travail, faire toute leur place aux travailleurs”), partant du constat d’une véritable “montée organisée de la mal vie au travail”, je proposais comme priorité de “lutter contre la précarisation de la santé, physique et mentale, au travail”, en soulignant que déjà dans notre pays “tous les indicateurs [étaient] actuellement au rouge” en matière de risques psychosociaux au travail.
Citant Patrick Légeron, co-auteur en 2008 du Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, je soulignais qu’entre “pressions et exigences constantes”, “changements incessants”, “frustrations très fortes”, ou encore mise en compétition systématique des individus les uns avec les autres, toutes les causes de stress étaient aujourd’hui en croissance dans notre pays. Une réalité, à l’époque déjà, venait de trouver une tragique illustration dans la série de suicides survenus au cours des mois précédents parmi les employés du Technicentre Renault à Guyancourt.
Parmi les pistes d’action innovante proposées : investir massivement dans le soin des maladies mentales, en mettant notamment en oeuvre d’autres moyens que les anti-dépresseurs ; développer les possibilités d’expression, ainsi que le pouvoir d’action et de décision des travailleurs dans leur environnement professionnel - dont ils sont parmi les meilleurs connaisseurs -, en particulier dans le domaine de la gestion du temps de travail et dans le sens d’une réduction des mobilités subies.
C’est pour prolonger et nourrir cette réflexion que je participais à la journée PME organisée en juin dernier rue de Solférino. Dans cet esprit encore que j’étais présent à l’Agence de développement du Val-de-Marne peu avant (voir "Val-de-Marne : TPE et PME, des acteurs clé du territoire à ne pas "laisser tomber"). Notre travail en la matière est loin d’être fini... les socialistes sont les premiers à en convenir !


Fiscalité écologique : inventer une fiscalité écologique... et humaine !

Innover en donnant toute sa place à l’humain. Une ambition qui apparaît aussi d’une actualité criante en matière fiscale, avec le débat autour de la “taxe carbone”.
Sous peine de perdre tout son sens, l’idée - excellente sur le principe - d’une fiscalité écologique ne doit pas faire abstraction des réalités humaines. L’humain ne fait-il pas partie du vivant ? Cette fiscalité ne doit donc pas servir de cheval de Troie à une aggravation des injustices sociales, par l’écrasement des revenus modestes qui en seraient frappés parmi les premiers. De ce point de vue, Ségolène Royal a socialement raison quand elle met en garde contre une mise en oeuvre “brutale” et indifférenciée, façon TVA, de la “taxe carbone”.
Pour échapper à cet écueil, c’est une réforme globale de la fiscalité qui s’impose pour permettre, sans en trahir l’esprit, un “impôt écologique” tel que la taxe carbone. Dans ce domaine aussi, assumer son rôle c’est pour le PS se montrer capable d’un humanisme créatif. En concevant un tel projet de réforme fiscale, qui n’ “écrabouille” pas les réalités humaines.
Un effort que certains, au sein de notre famille politique, appellent de leurs voeux depuis quelque temps déjà. Je pense notamment à Gaëtan Gorce (voir "L'Espoir à gauche : l'esprit de projet !", post du 14 avril dernier).


Le temps me manque pour dire quelques mots de la vie associative (c'était le 5 septembre la "Journée des associations" à Vincennes). Ces jours-ci pourtant, j’assiste - et je participe modestement - aux premiers pas d’une initiative locale qui me tient à coeur, généreuse dans son principe et innovante dans sa forme. À cette initiative dont j’aurai l’occasion de reparler, et qui pour moi incarne cet humanisme créatif dont la nécessité se lit de toutes parts, je souhaite amicalement bonne chance et longue vie !

mercredi 24 décembre 2008

Crise de l’économie réelle : témoignages édifiants de salariés et de sous-traitants du secteur automobile

En complément à mon “billet” du 20 décembre (où il était notamment question du risque de "se perdre" qui guette les travailleurs et contre lequel il faut d'urgence nous prémunir), ce panel de témoignages trouvé depuis sur le site lemonde.fr. Des travailleurs et des sous-traitants du secteur automobile y racontent comment ils vivent la crise au quotidien, et en quoi leurs conditions de travail se durcissent. (Les témoignages ont été adressés par courrier électronique, d’où le nom quelquefois étrange des intéressés !)
En les “entendant”, on comprend combien dans la période actuelle, les mesures strictement économiques n’ont aucun sens - et risquent fort de n’être pas durablement efficaces - si elles ne s’accompagnent pas d’un combat pour préserver la qualité de vie au quotidien - ce qui passe notamment par la préservation d’un temps à vivre suffisant en dehors du temps travaillé.
J’avais également été amené, dans le cadre de mon travail pour l’Université permanente du PS, à réfléchir sur la place et les conditions faites aux travailleurs dans leur espace de travail. Cet embryon de réflexion (intitulé dans mon mémoire “Pour que vive le travail... faire toute leur place aux travailleurs”) appelle sans aucun doute approfondissement : il est au coeur de la problématique du pouvoir-vivre, indispensable point d’appui pour faire face à la crise actuelle. Dont acte !

<< "Dans l'automobile, nous vivons la peur au ventre"

Les internautes du Monde.fr travaillant dans des entreprises du secteur ou des sous-traitants racontent la crise au quotidien.

"Les prestataires, principale variable d'ajustement" par Melvyn
A chaque fois qu'il est question de la crise du secteur automobile, on fait référence aux situations des constructeurs (Renault, PSA) et de leurs fournisseurs (par exemple Valeo, Faurecia, Magnetti Marelli, etc). Mais quid du cas des milliers d'employés des sociétés de prestations auxquelles les constructeurs ont largement recours ? Pour le site du Technocentre, nous ne sommes pas loin de 30 %. Aujourd'hui, ces prestataires ne sont plus qu'une variable d'ajustement pour venir au secours de la trésorie des grands groupes de l'industrie automobile. Les non-reconductions de contrat en 2009, souvent annoncées à la dernière minute, nous rappellent douloureusement l'aspect précaire de notre travail.

"Tous nos contrats prennent fin au 31 décembre" par Thaddée
Je suis prestataire pour un grand constructeur automobile français dans le secteur de l'ingénierie. Il y a trois semaines, nous avons appris que tous nos contrats prenaient fin au 31 décembre. De quoi passer de bonnes fêtes... Etant jeune ingénieur, j'ai bon espoir de retrouver du travail dans un autre secteur, mais la majorité de mes collègues n'ont pas cette chance. Beaucoup n'ont d'expérience que dans ce secteur. Quelles perspectives d'avenir ont-ils ? A l'aube d'une crise absolument monumentale, nous avançons malheureusement dans une obscurité absolue.

"Nous sommes en chômage technique tous les vendredis" par Guillaume
Je suis chef de projet chez un sous-traitant de premier rang. Mon secteur est l'un des moins touchés pour le moment, et pourtant nous sommes en chômage technique tous les vendredis, et un jeudi sur deux. Pendant les vacances de Noël, nous serons fermés plus de quatre semaines. Nous savons qu'il va y avoir des licenciements et les personnes concernées l'apprendont en janvier. On nous a annoncé une année 2009 très difficile : le volume de travail ne diminuera pas, à l'inverse des personnels, et pourtant, nous sommes déjà en sous-effectif.

"L'entreprise se sépare des intérimaires et des CDD" par Gilles
Je travaille pour le groupe SANDEN, le numéro deux de climatisation automobile. Depuis quelques mois, l'entreprise se sépare a vitesse grand V des intérimaires et des CDD. On ne parle pas encore de plan social mais nous y pensons tous. Nous sommes très inquiets de l'avenir. Pour ma part, à 44 ans, je ne sais pas si je pourrais retrouver du travail.

"Le maître mot c'est : passer l'hiver !" par Nurieta
Je travaille chez un équipementier automobile, basé en région parisienne. La crise, nous la vivons la peur au ventre. Chaque jour les nouvelles sont pires que celles de la veille. Le maître mot c'est : passer l'hiver ! Ceux qui survivront en sortiront renforcés. J'espère que passer l'hiver suffira, car le quotidien devient très difficile à vivre.

"La production a baissé de 30 % entre septembre et octobre" par Ptitkon
Je travaille chez un fournisseur de premier rang dans la branche automobile. Nous subissons de plein fouet les conséquences de cette crise : la production a baissé de 30 % entre septembre et octobre, une diminution de 25 % est attendue pour l'an prochain. Tous les intérimaires, soit une centaine de personnes, ont été renvoyés chez eux. Les consultants vont bientôt subir le même sort. L'équipe de nuit est supprimée.
Mon poste n'est pas directement lié à la production : chef de projet, je travaille sur les futurs produits de l'entreprise. A mon niveau, j'observe un gel de projets, une diminution drastique du plan d'essai par nos clients (moins de prototypes, réduction du kilométrage des essais de validation) et une réduction des échanges directs (annulation de nombreuses réunions, pour ne pas payer l'avion). Je constate également un intérêt croissant des constructeurs pour les moteurs de petite et très petite cylindrées, éventuellement couplés en hybridation. En matière de nouvelles technologies, la tendance va vers des produits basiques et peu chers. Le plus terrible, c'est que personne ne sait à quoi ressemblera cette industrie dans cinq ans.

"Ma société a été mise en vente" par Anonyme
Je suis ingénieur études dans une société de prestation pour l'automobile qui compte 300 personnes en relations publiques. Cette entreprise, détenue par une société étrangère, a vu son carnet de commandes fondre vers un zéro prévisionnel pour 2009. Notre client principal réduit le panel de ses "partenaires" et ma société n'en fait plus partie. "Le marché français n'est plus porteur", et la société mère fait face à de grandes difficultés financières. Résultat : nous sommes mis en vente. L'incertitude règne concernant un éventuel repreneur. Pour assurer mes arrières au cas où la société fermerait, j'ai déjà passé trente entretiens d'embauches. Au bout du compte, je reçois toujours la même réponse : on attend les budgets 2009.

"Le système politico-médiatique a tendance à exagérer cette crise" par Chris
Je suis ingénieur dans une société de prestation travaillant pour le constructeur au losange, et je ne me sens pas du tout menacé par la crise automobile. En effet, même si j'admets être dans un position favorable (en CDI, environ 2 000 € net par mois à 24 ans), je pense que le système politico-médiatique a tendance à exagérer cette crise, provoquant ainsi un vent de panique très néfaste pour la Bourse. Dans mon entreprise, personne n'a été licencié, et les embauches se poursuivent puisqu'il y a plus de projets disponibles que de ressources humaines. Pour certains patrons la crise n'est qu'un pretexte à justifier des plans sociaux qui auraient eu lieu de toutes facons.

"L'industrie automobile est un des plus gros clients de la branche FRET de la SNCF" par Abdel Hakim
Je suis conducteur de train, affecté au FRET SNCF. Plusieurs grands groupes de l'industrie automobile ayant passé des contrats avec la SNCF ont supprimé des trains de marchandises en raison d'une baisse de la production. Conséquence pour moi : une baisse de ma rémunération car une bonne partie de mon salaire varie en fonction de la charge de travail. En effet, l'industrie automobile est un des plus gros clients de la branche FRET de la SNCF. C'est pareil pour la sidérurgie, où les baisses de production influent sur le nombre de trains commandés ensuite à la SNCF.

"Le marché allemand n'est pas épargné" par Geoff
Je travaille en Bavière pour un important fournisseur des constructeurs allemand. Ici, les arrêts de chaîne sont adaptés en fonction de la production des clients. Dans ma branche, le design, les projets dits secondaires ou moins prioritaires (et moins rentables) sont laissés à l'abandon. Les postes d'externes se raréfient, les embauches également. Seuls quelques postes stratégiques font exception. Le marché allemand n'est pas épargné : les ventes chutent, les stocks augmentent et il faut faire le dos rond. L'ambiance est plutot maussade, même si les plans sociaux ne sont pas encore à l'ordre du jour. >>

samedi 20 décembre 2008

Temps de travail : dissiper les séductions brumeuses du “pragmatisme”, assumer les exigences réelles du progressisme

Cet été, je proposais à mon camarade Akli Mellouli d’adresser au journal Le Monde une tribune, pour dénoncer l’aberration que constituait la décision du gouvernement Fillon de relever le plafond du nombre de jour travaillés pour les “cadres”. Aberration au regard des aspirations croissantes et légitimes des individus dans la société française - et que cette société a besoin de faire vivre pour bien et durablement fonctionner. En particulier, l’aspiration croissante à avoir du temps pour soi, et du temps à passer avec ses proches. À “pouvoir se réaliser aussi, jour après jour, à travers une vie sociale et affective épanouissante, où la part humaine reprenne pleinement ses droits”.
Tandis que le choc de la crise se se propage, et que la crise financière internationale se fait crise de l’économie réelle, on prend progressivement la mesure de cette aberration. (Les ambitions affichées par le Président de la République en matière de diversité du recrutement dans les grandes écoles contribuent d’ailleurs à la mettre en évidence, j’y reviendrai prochainement.)
En effet, la “crise de l’économie réelle”, qu’est-ce que cela signifie ? Entre autres choses, un durcissement des conditions de travail au quotidien (y compris du fait des incertitudes accrues sur leur avenir professionnel pour les salariés, ouvrant la voie à des pressions accrues). Les bonnes résolutions et les engagements prometteurs suscités par la crise financière n’ont évidemment pas pu, à ce jour, se traduire par une transformation des pratiques qui régissent nos économies, et le quotidien des acteurs économiques (entreprises, travailleurs). Ce sont donc ces pratiques qui vont s’appliquer, avec une brutalité proportionnelle à la gravité de la situation (dès fin octobre le Bureau international du travail avait prévenu que la crise financière risquait d'accroître de 20 millions le nombre de chômeurs dans le monde, qui pourrait atteindre un record historique de 210 millions de personnes fin 2009).
Le risque ? Que ces acteurs économiques, c’est-à-dire tout simplement pour la plupart des hommes et des femmes qui travaillent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, se perdent. Perdent leur travail. Soient dépossédés de tout pouvoir de trouver un sens à leur travail - qui sans cela devient abrutissant. Se voient arracher la disponibilité nécessaire pour “se reconstituer”, récupérer de l’usure du travail et exister autrement que par celui-ci (avoir une vie de famille, se cultiver, avoir une vie sociale, “faire le point” quand le besoin s’en fait sentir...). Autrement dit ? Que la vie se fasse sans eux, que d’autres transforment la société sans qu’ils aient la moindre chance d’y jouer pleinement leur rôle, ou d’y vivre leurs aspirations légitimes. Sauf à “tout casser” pour refuser qu’on les casse, et qu’on casse ce qu’ils veulent construire - parce qu’un acteur économique c’est aussi un citoyen, et une personne.
Fréquemment oubliée, cette évidence s’impose aujourd’hui avec force. Et sa prise en compte s’impose parmi les règles de l’économie. Ainsi, il y a quelques jours, le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn a souligné que les gouvernements doivent rapidement empêcher la récession économique de laisser les troubles sociaux se généraliser. En clair : les marchés vont devoir à nouveau pleinement intégrer la variable politique, sociale et humaine dans leur évaluation des risques.
Comment faire ? Une piste parmi d’autres : refuser la “privation de l’intime” (pour reprendre la notion-titre du philosophe Michaël Foessel), et faire résolument à celui-ci toute la place qui lui revient. Pour commencer, dans notre vie jour après jour. L’intime, c’est un ensemble de relations (y compris avec soi-même) où chacun exerce sa liberté de choix et expérimente sa capacité à créer des relations singulières, enchevêtrées dans une histoire, “en dehors” des mécanismes socio-économiques prédominants. C’est d’ailleurs une conquête des Lumières, l’invention de l’intime au XVIIIe siècle s’étant faite contre la toute-puissance de la religion sur les vies. C’est aussi ce terreau des expériences affectives, amoureuses, amicales, où germent les nouvelles normes que ses membres adressent à une société au fil de son histoire, la faisant ainsi progresser, se “moderniser”. Or, ainsi que l’analyse très bien Axel Honneth dans son ouvrage La Société du mépris, les évolutions néolibérales sont largement porteuses d’une dissolution de l’intime, en associant à la vie professionnelle “des exigences accrues en temps et en mobilité”, “des attentes constantes de responsabilité propre et d’engagement émotionnel plus conséquent”.
Concrètement, cela commence par refuser l’instauration insidieuse du travail dominical. Comme d’ailleurs les députés européens l’ont fait cette semaine pour l’augmentation du plafond de l’horaire de travail hebdomadaire. Mercredi 17 décembre, ils ont refusé la semaine de plus de 48 heures pour les travailleurs européens. Les Verts, les socialistes, un tiers des libéraux et une partie des chrétiens-démocrates unissant leurs voix, par 421 voix contre 273 (et 11 abstentions), ils ont imposé un amendement supprimant la possibilité laissée aux gouvernements européens de déroger, sous certaines conditions, à la limite du temps de travail hebdomadaire de l’UE (actuellement fixée à 48 heures). C'est un revers pour Xavier Bertrand, qui espérait un accord sur cet allongement.
Quittant la présidence de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy affirmait il y a quelques jours devant le Parlement européen qu’il sortait de cette expérience “plus européen”. Au point de reconnaître quelque pertinence aux députés européens et à leurs analyses sur les priorités et le sens de l’histoire en matière de temps de travail ? Après avoir tourné en dérision la réduction du temps de travail mise en oeuvre par le gouvernement Jospin, Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon ont montré des velléités de repousser le plafond de ce temps... très loin. Nous verrons bien en janvier (le débat sur le travail dominical ayant été repoussé à cette date) ce qu’il reste du respect affirmé de M. Sarkozy pour les Européens et les analyses de leurs représentants.
Quoi qu’il en soit, les socialistes que nous sommes peuvent en tirer un encouragement à être eux-mêmes - tout en continuant de scruter les aspirations légitimes et fécondes de nos concitoyens, et en pensant soigneusement les moyens de les concrétiser. C’est à ce prix que nous dissiperons les séductions brumeuses du “pragmatisme”, et que nous redonnerons ses chances au progressisme.